Dino Buzzati

Dino Buzzati
Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 et meurt le 28 janvier 1972. Journaliste pendant plus de quarante ans au Corriere della Sera, où il est passé avec aisance du rôle de chroniqueur à celui de critique d'art ou de correspondant de guerre, il a laissé une ?uvre littéraire qui compte parmi les plu... Voir plus
Dino Buzzati naît le 16 octobre 1906 et meurt le 28 janvier 1972. Journaliste pendant plus de quarante ans au Corriere della Sera, où il est passé avec aisance du rôle de chroniqueur à celui de critique d'art ou de correspondant de guerre, il a laissé une ?uvre littéraire qui compte parmi les plus importantes du XXe siècle. Devenu célèbre avec Le Désert des Tartares (1940), il a écrit quatre autres romans et de très nombreuses nouvelles (« Le K », « Panique à la Scala »), pour la plupart fantastiques, mais également des poésies, des contes pour enfants, des livrets d'opéra, ainsi qu'un grand nombre de pièces de théâtre. Dessinateur et peintre, enfin, il a illustré certaines de ses ?uvres, créé des décors de théâtre et peint de multiples tableaux. Dino Buzzati est un auteur majeur de la collection « Pavillons », où il publia en 1949 Le Désert des Tartares, suivi d'une quinzaine d'autres titres.

Avis sur cet auteur (21)

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    Couverture du livre « Amour » de Dino Buzzati aux éditions Robert Laffont

    Claire B. sur Amour de Dino Buzzati

    Un classique.
    Je n'ose pas donner un avis sur le GRAND Dino Buzzati.
    J'ai adoré. L'auteur n'a pas son pareil pour décrire les spirales infernales dans lequel l'être humain peut plonger.
    Si vous avez aimé le "désert des tartares",vous aimerez sûrement "Un amour"

    Un classique.
    Je n'ose pas donner un avis sur le GRAND Dino Buzzati.
    J'ai adoré. L'auteur n'a pas son pareil pour décrire les spirales infernales dans lequel l'être humain peut plonger.
    Si vous avez aimé le "désert des tartares",vous aimerez sûrement "Un amour"

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    Couverture du livre « Le désert des Tartares » de Dino Buzzati aux éditions Pocket

    Dominique JOUANNE sur Le désert des Tartares de Dino Buzzati

    Parmi les grands textes du XXe siècle, « Le désert des Tartares » est un roman magistral dont se sont inspiré et continue à s’inspirer maints écrivains.

    Roman d’atmosphère tendue, relatant la vie d’un soldat au sein d’une garnison isolée dans un vieux fort construit au sommet d’une crête...
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    Parmi les grands textes du XXe siècle, « Le désert des Tartares » est un roman magistral dont se sont inspiré et continue à s’inspirer maints écrivains.

    Roman d’atmosphère tendue, relatant la vie d’un soldat au sein d’une garnison isolée dans un vieux fort construit au sommet d’une crête montagneuse sise sur la frontière d’un désert avec pour fond la notion d’espace-temps brossé avec un rare talent d’écriture.

    Une mise en haleine de l’Homme dans son espace-temps sous-tendu par une quête initiatique.

    « Ce fut un matin de septembre que Giovanni Drogo, qui venait d’être promu officier, quitta la ville pour se rendre au fort Bastiani, sa première affectation. (…) C’était là le jour qu’il attendait depuis des années, le commencement de sa vraie vie. »

    Jeune officier, Drogo rêve de gloire, d’argent, de jolies femmes, de faste. Le fort Bastiani doit être grandiose mais se révèle être une très vieille bâtisse de seconde catégorie bordant un désert au bout d’une frontière morte qui ne donne pas de souci, le désert des Tartares nourrissant une légende du temps jadis. Un fort qui ne sert à rien.

    A son arrivée Drogo écrit à sa mère.
    « (…) ‘Je suis arrivé épuisé après deux jours de route. (…) Le fort est lugubre, il n’y a aucune localité à proximité, il n’y a aucune distraction et aucune gaieté.’ Voilà ce qu’il allait lui écrire. Mais Drogo se souvint de sa mère : à cette heure-ci elle pensait justement à lui et se consolait en songeant que son fils passait agréablement son temps au milieu d’amis sympathiques et, peut-être, sait-on jamais ! en aimable compagnie. Elle se l’imaginait certainement satisfait et serein. ‘Chère maman (…) Je suis arrivé avant-hier après un excellent voyage. Le fort est grandiose…’ Oh ! lui faire comprendre la désolation de ces remparts, cette vague atmosphère de punition et d’exil, ces hommes étrangers et absurdes. Au lieu de ça : ‘Les officiers d’ici m’ont accueilli affectueusement’, écrivait-il. ‘L’adjudant-major lui-même a été très gentil (…). Et sa chambre, le bruit de la citerne, la rencontre avec le capitaine Ortiz, et la terre du Nord si désolée ? Ne fallait-il pas expliquer à sa mère les règlements de fer de la garde, la redoute dénudée dans laquelle il se trouvait ? Non (…) même à elle il ne pouvait avouer les craintes obscures qui ne le laissaient pas en repos.»

    Le soldat Drogo va subir la force écrasante des hiérarchies. Ses ambitions mourront et, formaté par le règlement, il finira par être heureux en se sentant sécurisé dans une vie rythmée d’habitudes et même s’attacher à cette vieille bâtisse humide et croulante.

    « (…) il y avait déjà en lui la torpeur des habitudes, la vanité militaire, l’amour domestique pour les murs quotidiens. Au rythme monotone du service, quatre mois avaient suffi pour l’engluer. Le tour de garde, qui, les premières fois lui paraissait une corvée insupportable, était devenue une habitude ; peu à peu, il avait appris à bien connaître les règlements, les façons de s’exprimer, les manies des supérieurs, la topographie des redoutes, l’emplacement des sentinelles, les coins abrités du vent, le langage des trompettes. Il retirait un plaisir particulier de la maîtrise du service, appréciant l’estime croissante que lui portaient soldats et sous-officiers…»

    Des habitudes qu’il avait fini par apprécier sans soupçonner « que la vie du fort engloutissait les jours l’un après l’autre, des jours tous pareils, avec une tristesse vertigineuse. Hier et avant-hier étaient semblables (…) Ainsi, se déroulait à son insu la fuite du temps »

    Quatre mois puis quatre ans avant que «(…) d’autres comme vous, (…) ont pris l’habitude d’être au fort, ils y sont restés prisonniers, ils n’ont plus été capables d’en bouger. Vieux à trente ans, en fait. (…) Vous êtes jeune et vous le serez encore longtemps, c’est vrai. Mais moi, je ne m’y fierais pas. »

    Drogo va entendre la mise en garde du capitaine Ortiz. Il va retourner chez lui en ville, chez sa mère. Il va se sentir étranger et s’ennuyer. Avec le temps, ses amis ont changé et une distance s'est installée entre eux. Le fort Bastiani va cruellement lui manquer et il y retournera comme si ces murs jaunes et suintants le fascinant, l’attiraient pour y vivre son destin.

    « Ainsi, une fois encore, Drogo remonte la Vallée du fort Bastiani et il a quinze ans de moins à vivre. (…) le temps a fui si rapidement que son âme n’a pas réussi à vieillir. Et l’angoisse obscures des heures qui passent a beau se faire chaque jour plus grande, Drogo s’obstine dans l’illusion que ce qui est important n’est pas encore commencé. Giovanni attend patiemment, son heure qui n’est jamais venue, il ne pense pas que le futur s’est terriblement raccourci, que ce n’est plus comme jadis, quand le temps à venir pouvait lui sembler une immense période, une richesse inépuisable que l’on ne risquait rien à gaspiller. »

    Un espace intérieur fait de sable et d’eau où seules les brumes s’inviteront inquiétantes et merveilleuses, avec la neige, le soleil et les vents qui rythmeront les saisons de toute une vie…

    On attend l’événement guetté jour et nuit par des sentinelles qui finissent, terrassées par l’ennui quotidien, d’attribuer des lumières lointaines au rang d’illusions jusqu’au moment où on se rend à l’évidence que le pays voisin a construit une route menant au fort.

    « Mais on ne vit pas s’avancer d’armée. Il ne restait à travers le désert des Tartares que le ruban de la route, singulier signe d’ordre humain dans cette séculaire solitude. (…) Ainsi la plaine demeura immobile, et immobiles les brumes septentrionales (…) Et pourtant le temps courait, il allait et venait par le monde, flétrissant les belles choses ; et personne ne parvenait à lui échapper même pas les enfants nouveau-nés qui n’ont pas encore de nom. »

    Drogo est devenu Capitaine. Son visage s’est ridé et ses cheveux ont commencé à devenir gris. Le temps qui s’égrène régulier comme court le courant d’un fleuve sans repos pourrait avoir raison de son immobilisme car, de façon très insolite, la très attendue bataille de tout un chacun sera au rendez-vous.

    Une chute magistrale.

    Une lecture qui ébranle, submerge, fait s’ébahir d’admiration et ne peut que rester graver dans la mémoire. Edité en 1940, c’est un livre indémodable. Un uppercut !

    Une joie absolue de ne pas être passée à côté de ce livre.

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    Couverture du livre « Sur le giro 1949 » de Dino Buzzati aux éditions So Lonely

    Ghislaine DEGACHE sur Sur le giro 1949 de Dino Buzzati

    Non seulement, Dino Buzzati fait vivre ce Giro 1949 mais il fait également vivre les paysages parcourus comme les gens lors du passage au Monte Cassino.

    Non seulement, Dino Buzzati fait vivre ce Giro 1949 mais il fait également vivre les paysages parcourus comme les gens lors du passage au Monte Cassino.

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    Couverture du livre « Sur le giro 1949 » de Dino Buzzati aux éditions So Lonely

    Jean-Paul Degache sur Sur le giro 1949 de Dino Buzzati

    Le cyclisme est une passion, il a aussi sa culture car il va au devant des gens. Lorsqu’un écrivain de la trempe de Dino Buzzati qui ne connaît rien à ce sport, est invité à suivre la plus grande course à étapes de son pays par son journal, le Corriere della sera, cela donne des textes...
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    Le cyclisme est une passion, il a aussi sa culture car il va au devant des gens. Lorsqu’un écrivain de la trempe de Dino Buzzati qui ne connaît rien à ce sport, est invité à suivre la plus grande course à étapes de son pays par son journal, le Corriere della sera, cela donne des textes remarquables que j’ai pu lire grâce à Vincent.

    Sur le Giro 1949 (Le duel Coppi-Bartali), m’a plongé dans un pays qui se relève très difficilement de la Seconde guerre mondiale. La course n’est pas négligée comme l’immense rivalité entre les deux campionissimi mais il parle de la vie des gens, de leur passion pour le cyclisme et de leur présence, tout simplement. L’auteur du Désert des Tartares décrit cela superbement.
    Dino Buzzati, comme ses confrères journalistes, rédige son papier le soir puis le communique à son journal qui paraît le lendemain, sauf le lundi, à l’époque. C’est pourquoi ont été incluses, pour combler les vides, les articles de Ciro Verrati, du Corriere d’informazione, qui suit la course dans la même voiture. Ainsi, en lisant ce livre, j’ai eu un panorama complet de la course et surtout un ressenti très intéressant sur l’Italie et les Italiens, quatre ans après la fin de la Seconde guerre mondiale.
    Pour être au départ de ce Giro, l’auteur est monté à bord du Saturnia, à Gênes, avec plusieurs coureurs, des directeurs sportifs, des mécaniciens mais sans les deux idoles. Une escale à Naples et c’est le Ville de Tunis qui traverse tout ce monde jusqu’à Palerme mais toujours pas de Coppi, ni de Bartali qui seront bien au départ, heureusement !
    De Palerme à Catane, c’est la première étape et Dino Buzzati est comme un enfant qui découvre un autre monde : « Les pneus, très minces, sont lisses et tendus comme de jeunes serpents. » Ils sont 102 coureurs et ont 4 070 km à parcourir. Au bout de 2 km, quatre coureurs s’échappent puis Mario Fazio, originaire de Catane les rejoint avec trois autres car il sait que sa mère l’attend : « Elle y était. Exactement à la hauteur de la ligne d’arrivée, derrière le grillage métallique, le visage de sa mère, tout rond, apaisé, plein de bonté et de sérénité, en train de rire. » On la comprend : son fils a gagné !
    Le lendemain, sur la route de Messine, ils passent par l’Etna et l’auteur fait parler le volcan qui retrouve le Giro dix-neuf ans après. Sur le continent ensuite, je ne peux passer sous silence l’étape Naples – Rome durant laquelle les fantômes du vieux Cassino se réveillent : « Comme il y en a (des morts), une armée imposante d’uniformes et de races mélangées, des hommes qui s’égorgèrent les uns les autres et qui à présent vivent l’un près de l’autre dans la sérénité, pacifiés par l’armistice suprême. »

    Ensuite, arrivent les Dolomites et les Alpes après le passage dans Trieste avec des milliers de drapeaux vert-blanc-rouge. La course devient épique et je me suis régalé en lisant les exploits des coureurs et les impressions du suiveur qui rédige une page magnifique pour parler de la bicyclette, des pédales, des jambes du coureur, même le plus modeste, qui, malgré toutes les souffrances endurées, redoute le dernier dossard et la fin de carrière car seule la course est belle et honte à ceux qui la polluent !