Denis Diderot

Denis Diderot

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Avis (12)

  • Couverture du livre « La religieuse » de Denis Diderot aux éditions Gallimard

    Mumu Dans le Bocage sur La religieuse de Denis Diderot

    Je continue ma découverte (ou parfois relecture) de classiques de la littérature : livres que j'ai lus il y a très longtemps, livres que je n'ai jamais lus, livres qui me paraissaient inaccessibles ou qui ne se sont jamais trouvés à passer sous mes yeux ou entre mes mains.....

    La Religieuse...
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    Je continue ma découverte (ou parfois relecture) de classiques de la littérature : livres que j'ai lus il y a très longtemps, livres que je n'ai jamais lus, livres qui me paraissaient inaccessibles ou qui ne se sont jamais trouvés à passer sous mes yeux ou entre mes mains.....

    La Religieuse de Denis Diderot : celui-ci n'a jamais croisé ma route en tant que livre ou en tant qu'auteur. Le titre ne m'était pas inconnu, bien sûr, le sujet non plus, mais un livre d'un écrivain philosophe, encyclopédiste, il y a des cartes de visite qui peuvent effrayer. Je pensais découvrir une écriture hermétique, un texte ardu sur un sujet austère et finalement j'ai pris un plaisir fou à lire ce roman publié après la mort de l'auteur.

    A regarder sa biographie, j'ai découvert qu'il avait fait des études de théologie, qu'il a séjourné dans un monastère où il avait été cloîtré par son père suite à un mariage secret qu'il avait contracté. D'autre part, dans les notes en fin d'ouvrage, on apprend que sa propre sœur Angélique Diderot est morte folle dans un couvent d'ursulines.....  Il sait de quoi il parle, il a fort à dire et je pense qu'il avait un regard très critique vis-à-vis de la religion et des communautés religieuses.

    Dans ce roman, à travers le parcours (je devrais dire chemin de croix) de cette jeune fille, on évoque la condition de la femme bien sûr, le poids de la famille,  son destin quand le mariage est impossible, la vie dans les couvents qui peut être bien différente : austérité, dureté mais aussi douceur, amitié jusqu'à la folie parfois

    L'acharnement à tourmenter et à perdre se lasse dans le monde ; il ne se lasse point dans les cloîtres. (p56)

    mais aussi la solitude, la privation de liberté, de pensée, de destin mais il y a aussi de l'espoir par les êtres (peu) attentionnés qui croiseront sa route : Ursule, l'avocat Mr Manouri.

    Diderot donne à son personnage central une force de caractère : elle résiste, elle tient, elle refuse dans un premier temps d'aller contre sa volonté, même si son éducation prend le dessus et  se résigne au destin qu'on lui assigne. On peut la trouver parfois naïve, mais jamais soumise. N'oublions pas que nous sommes au milieu du XVIIIème siècle, que ce récit est emprunt de la culture de l'époque, qu'une jeune fille de bonne famille n'avait pas le choix de sa vie, qu'elle pouvait être presque qu'une marchandise et qu'il se veut un pamphlet, une critique violente de la religion avec ses excès, son pouvoir, ses doctrines.

    On s'aperçoit que même dans les couvents la vie de celui-ci est à l'image de la supérieure qui le dirige.

    Suzanne sera manipulée par sa famille mais n'aura d'autres solutions que d'obéir, sa mère ayant eu une relation extra-conjugale dont elle est le fruit, l'obligeant à subir les conséquences de ce passé. Pour les femmes et les humains que nous sommes certaines situations décrites, certaines tortures physiques et morales, certaines injonctions nous paraissent immondes, révoltantes. 

    Ce que j'ai particulièrement aimé c'est le contraste entre les ambiances  des communautés où va se trouver Suzanne : la douceur puis la violence et ensuite la folie, ne faisant ainsi pas une généralité. Diderot à plusieurs reprises prend position assez ouvertement contre la religion, son pouvoir et son emprise :

    Il me semble pourtant que dans un Etat bien gouverné ce devrait être le contraire ; entrer difficilement en religion et en sortir facilement (...) Les couvents sont-ils donc si essentiels à la constitution d'une Etat ? Jesus-Christ a-t-il institué des moines et des religieuses ? L'Eglise ne peut-elle absolument s'en passer ? Quel besoin a l'époux de tant de vierges folles, et l'espèce humaine de tant de victimes ? Ne sentira-t-on jamais la nécessité de rétrécir l'ouverture de ces goufres où les races futures vont se perdre ? (p106)

    positions qui font parfois écho encore dans notre présent.

    L'homme est né pour la société. Séparez-le. Isolez-le. Ses idées se désuniront. Son caractère se tournera. Mille affections ridicules germeront dans son cœur. Des pensées extravagantes germeront dans son esprit comme les ronces dans une terre sauvage. Placez un homme dans une forêt. Il y deviendra féroce. Dans un cloître, où l'idée de nécessité se joint à celle de servitude, c'est pis encore. On sort d'une forêt. On ne sort plus d'un cloître. On est libre dans la forêt. On est esclave dans le cloître. Il faut peut-être plus de force d'âme encore pour résister à la solitude qu'à la misère. La misère avilit. La retraite déprave. Vaut-il mieux vivre dans l'abjection que dans la folie ? 'est ce que je n'oserais décider. Mais il faut éviter l'une et l'autre. (p146)

    Je suis passée par plusieurs phases de lecture : surprise d'une écriture certes par moment un peu  " vieillotte" dans l'utilisation des subjonctifs dont nous n'avons plus tellement l'usage, mais facile, rythmée par les révoltes et colères de son auteur. Je me suis agacée parfois par la naïveté de Suzanne, je l'ai poussée à s'enfuir mais je le fais avec mes pensées de femme du XXIème siècle, de femme libre de ses actes, je me suis révoltée contre ses parents qui l'abandonnent, contre les abus de la religion mais surtout de ceux qui disent la servir.

    La fin du récit est un peu "bâclée" à mon avis dans le sens où le final est digne d'une aventure..... J'aurai aimé savoir le devenir de cette jeune femme à jamais marquée je pense par ce qu'elle a vécu. Comment peut-on en sortir indemne comme elle l'indique d'ailleurs dans les dernières lignes.

    J'ai eu la possibilité de voir hier soir l'adaptation cinématographique de cette œuvre. 
    Certaines modifications ont été faites par rapport au texte et comme souvent j'ai de loin préféré ma lecture au film. Même si l'ambiance y est, il y manque malgré tout les mots de Diderot, ceux qu'il met dans les voix des différents personnages mais aussi les siens, les mots de colère, de révolte, d'indignation....

    C'est une lecture qui laisse des traces, qui reste en tête et qui me pousse à lire d'autres récits de Monsieur Denis Diderot.

    Lire, relire les classiques..... Classiques oui mais tellement riches, construits, des références même dans nos vies actuelles....

  • Couverture du livre « Ceci n'est pas un conte » de Denis Diderot aux éditions Mille Et Une Nuits

    Bill sur Ceci n'est pas un conte de Denis Diderot

    Très court roman de 60 pages, ce conte, qui n'en est pas un, de Denis Diderot raconte en fait deux contes ! 

    Le premier met en scène Tanié, très amoureux de Madame Rayner, femme vénale, qui n'en veut qu'à son argent, argent insuffisant au point qu'il est parti faire fortune au bout du monde...
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    Très court roman de 60 pages, ce conte, qui n'en est pas un, de Denis Diderot raconte en fait deux contes ! 

    Le premier met en scène Tanié, très amoureux de Madame Rayner, femme vénale, qui n'en veut qu'à son argent, argent insuffisant au point qu'il est parti faire fortune au bout du monde ... 

    Le second raconte l'histoire de Melle de La Chaux qui s'est tellement investie auprès de Gardeil, qu'elle en a appris le grec, l'hébreu, l'italien, l'anglais pour lui préparer des traductions. Elle est exploitée professionnellement par Gardeil, mathématicien, helléniste, professeur de médecine et de mathématiques (multitâche donc cet homme du XVIIIème siècle, précurseur des slasheurs d'aujourd'hui !), mais elle l'aime et lui est si dévouée jusqu'au jour où il la quitte et qu'elle se laisse mourir ! 

    Deux contes si remplis de personnages qu'ils en sont confus, mais dont le thème est intemporel ... 

    A lire !

  • Couverture du livre « La religieuse » de Denis Diderot aux éditions Gallimard

    Aurelien Baehl sur La religieuse de Denis Diderot

    Diderot, homme libre par excellence, n'osa pas publier "La Religieuse" de son vivant. L'entreprise aurait été trop risquée, quelques années avant la Révolution Française. Pour qui prend l'initiative de découvrir ce texte, la décision de Diderot ne souffre aucune contestation. Aujourd'hui encore,...
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    Diderot, homme libre par excellence, n'osa pas publier "La Religieuse" de son vivant. L'entreprise aurait été trop risquée, quelques années avant la Révolution Française. Pour qui prend l'initiative de découvrir ce texte, la décision de Diderot ne souffre aucune contestation. Aujourd'hui encore, le parcours de Sœur Suzanne ferait scandale dans de nombreux pays. La modernité de l'écriture de Diderot m'a bouleversé tout au long de ma lecture. Il défend dans ces pages la cause des femmes avec la même force que certains penseurs du vingtième siècle. A contre-courant de l'opinion publique de son époque, il montre le besoin d'égalité entre les femmes et les hommes. Le combat de Sœur Suzanne contre la majorité de ses compagnes d'infortune laisse imaginer l'étendue du chemin à parcourir. Près de deux-cent trente ans plus tard, il nous semble naturel que les femmes recherchent leur bonheur en tant qu'individus libres et indépendants. Relire Diderot est un antidote incontournable pour tous ceux qui seraient tentés de baisser la garde face aux forces aspirant à remettre cette émancipation en cause.

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