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Camille De Toledo

Camille De Toledo
Camille de Toledo est né à Lyon. Il s'est fait connaître par la parution en 2002 de Archimondain, jolipunk (Calmann-Lévy), Il a publié dans la même collection, Le Hêtre et le Bouleau. Essai sur la tristesse européenne (2009). Sous d'autres noms, Alexis Mital, Oscar Philipsen, il est également ré... Voir plus
Camille de Toledo est né à Lyon. Il s'est fait connaître par la parution en 2002 de Archimondain, jolipunk (Calmann-Lévy), Il a publié dans la même collection, Le Hêtre et le Bouleau. Essai sur la tristesse européenne (2009). Sous d'autres noms, Alexis Mital, Oscar Philipsen, il est également réalisateur et musicien.

Avis sur cet auteur (5)

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    Couverture du livre « Thésée, sa vie nouvelle » de Camille De Toledo aux éditions Verdier

    Jean-Paul Degache sur Thésée, sa vie nouvelle de Camille De Toledo

    Profondément marqué par le suicide de son frère, Jérôme, Camille de Toledo, Alexis Mital pour l’état-civil, écrit sous le nom de famille de sa grand-mère paternelle : de Toledo.

    « Espagnols, puis Ottomans,
    reconnus comme Français, dénoncés comme Juifs
    emportés tout au long de ce vingtième...
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    Profondément marqué par le suicide de son frère, Jérôme, Camille de Toledo, Alexis Mital pour l’état-civil, écrit sous le nom de famille de sa grand-mère paternelle : de Toledo.

    « Espagnols, puis Ottomans,
    reconnus comme Français, dénoncés comme Juifs
    emportés tout au long de ce vingtième siècle désastreux
    dont nous sommes les descendants »

    Ces quelques mots résument à eux seuls une destinée familiale. Thésée, nom choisi pour le narrateur parce que cherchant à se libérer d’un labyrinthe encombré de destins tragiques, se débat dans beaucoup de souvenirs, retrouve des documents, des lettres, des photos dont certaines sont jointes au texte. Tout cela à partir de la mort tragique de ce frère qui s’est pendu le premier mars 2005.
    Ensuite, c’est leur mère qui est retrouvée morte dans un bus, au terminus, puis leur père qui décède après une longue maladie. C’est alors que Thésée décide de partir pour Berlin qu’il nomme « la ville de l’Est » avec ses enfants et trois cartons contenant tous ces souvenirs qu’il devra explorer.
    Ainsi, il remonte dans l’histoire familiale avec ces deux frères, Nissim et Talmaï, qui ont quitté Andrinople (Edirne aujourd’hui), en Turquie, pour devenir Français. Nissim se bat pour la France sur le front de la Première guerre mondiale et ses longues lettres adressées à son plus jeune frère, Talmaï, sont d’une lecture impressionnante et terriblement émouvantes. Nissim est tué par une bombe allemande le 16 juillet 1918.
    Talmaï perd son fils, Oved, à l’âge de onze ans. Désespéré, ce père se tire une balle dans la tête le 30 novembre 1939.
    La Seconde guerre mondiale apporte les dénonciations, la déportation, cette haine anti-juive qui ne semble jamais s’éteindre. Reste Nathaniel, autre fils de Talmaï, devenu « patron de gauche », qui marie sa fille, Esther, à celui que l’on surnomme Gatsby, en 1969, futurs parents de Jérôme et Thésée. Si l’auteur parle des Trente Glorieuses dont ses parents disent avoir bien profité, il faut quand même préciser que tous les Français ne vivaient pas dans un milieu aussi privilégié.
    Ainsi, Thésée, sa vie nouvelle pourrait sembler être une saga familiale. Pas du tout. Dans ce livre hors normes, sans majuscule, sans point, avec une mise en page originale réussie par les éditions Verdier, de Lagrasse, merveilleux village de l’Aude, Camille de Toledo se livre à une introspection très poussée sur la mort, le suicide, l’histoire familiale et notre lien avec la matière.
    Son écriture très originale m’a surpris au début puis je m’y suis fait rapidement, aimant lire ces références historiques, souffrant avec lui lorsque, à Berlin, il est marqué, dans son corps, par toutes les questions qu’il se pose. Parlant de Thésée à la troisième personne, cela ne l’empêche pas de s’exprimer régulièrement en utilisant le « je ». J’ai aussi été très impressionné par son dialogue avec son frère lorsqu’il vient s’asseoir près de sa tombe.
    Thésée, sa vie nouvelle, Camille de Toledo nous l’avait présenté aux Correspondances de Manosque 2020 et voici ce que j’écrivais sur http://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/ :
    Place Marcel Pagnol, nous découvrons un auditoire impressionnant pour écouter un Camille de Toledo captivant. Si son vrai nom est Alexis Mital, il publie sous ce nom de plume aux consonances ibériques : Camille de Toledo.
    Yann Nicol le questionne à propos de Thésée, sa vie nouvelle et il suffit de lancer Camille de Toledo pour être subjugué. Un homme, son narrateur, se rend en train à Berlin avec un carton d’archives. Faut-il l’ouvrir ou pas ? Ainsi la question est posée : Quelle histoire de l’avenir écrivons-nous au nom du passé ? L’auteur veut qu’à la fin de notre lecture, nous nous demandions : qu’ai-je appris en allant au bout de cette histoire ? Qu’est-ce que j’ai partagé ?
    Il y a d’un côté, les promesses non tenues du passé. Qu’en faire ? Mais aussi qu’avons-nous fait ? C’est la question de ce début de siècle et nous sommes en plein mythe de Thésée avec une dette à payer à un monstre. Nous devons nettoyer les eaux mortes du temps pour nos enfants, savoir exactement ce qui s’est passé à propos des colonies, de l’esclavage, de cette économie mise en place et pour cette écologie qui tarde à s’imposer.
    Toutes ces questions sont essentielles et nous avons vraiment été impressionnés par cet auteur que nous avons découvert en cette fin d’après-midi, à Manosque.

    Chronique illustrée à retrouver sur : https://notre-jardin-des-livres.over-blog.com/

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    Couverture du livre « Le fantôme d'Odessa » de Camille De Toledo et Alexander Pavlenko aux éditions Denoel

    Dominique Jouanne sur Le fantôme d'Odessa de Camille De Toledo - Alexander Pavlenko

    Brillant et remarquable.

    Historique, littéraire, érudit ce roman graphique sous forme de BD aux dessins sépia et couleurs talentueux, se consacre au grand écrivain Isaac Babel en faisant revivre son rapport au judaïsme, (l’album est parcouru par des mots en Yiddish, plaisanteries, chants et...
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    Brillant et remarquable.

    Historique, littéraire, érudit ce roman graphique sous forme de BD aux dessins sépia et couleurs talentueux, se consacre au grand écrivain Isaac Babel en faisant revivre son rapport au judaïsme, (l’album est parcouru par des mots en Yiddish, plaisanteries, chants et coutumes juives), ainsi qu’à la révolution russe et à la société bolchevique de l’ex-URSS.

    Après la présentation de Nathalie Babel, une des filles de l’auteur, qui, réfugiée en France sous l’occupation allemande puis émigrée aux US après la Libération, finit ses jours à Washington en 2005, l’album se compose de cinq parties :

    1/ L’arrestation de Babel et son séjour à la prison de Loubianka où il sera interrogé et torturé. Il se servira des quelques feuilles de papier qui lui ont été données pour qu’il y consigne ses aveux de culpabilité inexistants pour écrire une lettre à sa fille Nathalie alors âgée de 4 ans, qu’il venait de quitter à Paris.

    2/ Les auteurs de la BD animent brillamment sous plumes et pinceaux l’histoire de Babel inspirée par ses écrits quasi tous autobiographiques (sous couvert d'un déguisement obligé), en mettant principalement en scène le personnage créé par Babel dans « Les récits d’Odessa », Bénia Krik, « le Roi », meneur des bandits juifs, sorte de Robin des Bois à la tête d'une pègre des bas-fonds, qui par la force des choses, finit par s’associer aux bolcheviques qui l’assassineront, lui et ses amis, après l’avoir floué et s’être servi de lui.
    S’identifiant à son personnage, Babel avait été visionnaire de son propre destin…

    "Poète, ne fait pas cas de l'amour populaire. Le bruit momentané des louanges passera... tu entendras le jugement du sot et le rire de la froide multitude mais toi, reste ferme, tranquille, farouche." Pouchkine

    3/ Fin de vie et assassinat de Babel dont le corps a été jeté dans un des nombreux charniers sous Staline.

    4/ La lettre retrouvée et l’émotion de sa fille devenue âgée, apprenant la nouvelle.

    « J’ai grandi en souhaitant qu’un jour, une porte s’ouvre et que mon père entre. » N. Babel

    Lettre miraculeusement retrouvée sous Khrouchtchev en 1960.
    Après la mort de Staline, les prisonniers politiques ont été libérés et la prison rénovée. C’est un peintre qui l’a retrouvée cachée dans un mur et l’a gardée pendant des années chez lui puis a décidé avant son départ de Moscou, de la remettre à l’association «Memorial ».

    5/ Texte de la lettre testamentaire du père à sa fille.
    Témoignage précieux et majeur de l’autobiographie et de la pensée d’Isaac Babel.
    D’une émotion bouleversante…

    Annexes et documentaires riches d’informations :

    Une conversation des auteurs avec la traductrice attitrée des œuvres complètes d’Isaac Babel, enrichie de nombreuses photos documentaires dont celle très désarmante et touchante du regard d’Isaac Babel à sa fille de 4 ans en 1933 à l’occasion de son deuxième séjour à Paris;

    Un repère chronologique, de la mort d’Isaac Babel datée au 27 janvier 1940 aux disparus de l’histoire soviétique jusqu’en 2020 date à laquelle l’association Memorial subit des attaques d’un régime « qui prône une lecture totalement révisée de l’histoire ».

    En quatrième de couverture, citation d’Isaac Babel :

    « Tout est tué par le silence. »

    C’est un album riche, généreux, intelligent, instruit, talentueux, poignant, absolument réussi et saisissant.

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    Couverture du livre « Thésée, sa vie nouvelle » de Camille De Toledo aux éditions Verdier

    Chantal YVENOU sur Thésée, sa vie nouvelle de Camille De Toledo

    C’est sous la forme d’une mélopée, d’un long poème lyrique, soutenue par une sublime musique des mots que Camille de Toledo se penche sur l’histoire d’une lignée, pour tenter d’écarter avec ferveur le poids d’une malédiction qui a conduit les hommes de cette famille à se donner la mort tandis...
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    C’est sous la forme d’une mélopée, d’un long poème lyrique, soutenue par une sublime musique des mots que Camille de Toledo se penche sur l’histoire d’une lignée, pour tenter d’écarter avec ferveur le poids d’une malédiction qui a conduit les hommes de cette famille à se donner la mort tandis que les survivants sont lestés de peurs ancestrales, de celles qui attaquent les corps autant que les âmes.


    Thésée a cru que la rédemption viendrait de l’exode, vers un autre pays, là où personne ne sait les malheurs qui l’ont précédé, mais la fuite n’est pas la solution : autant enterrer une taupe, qui n’en creusera pas moins de multiples galeries qui fragiliseront le sous-sol.

    Alors c’est de regarder l’histoire en face, sans esquive, en parcourant les traces que les ancêtres ont laissées dans l’histoire, sous forme de lettres, de photos, qui guidera l’homme atteint dans son corps, que toutes les médecines du monde ne parviendront pas à soulager. Comprendre pour effacer le poids du silence, pour balayer les peurs tapies dans l’environnement chimique de notre héritage génique.

    C’et ainsi que Thésée questionne les avancées scientifiques qui font de l’épigénétique une des voies d’explication du mal-être qui accompagne certains d’entre nous. Et la charge est si lourde dans cette famille, et tant d’autre, minée par les guerres, les déportations, les suicides, toutes causes qui s’intriquent et trois générations plus tard continuent de blesser ou de tuer.

    On ne redira pas assez l‘élégance la forme, sublime, d’une musicalité émouvante, avec ces phrases qui ponctuent comme autant de refrains le récit. Mais l’esthétique n’est pas la seule force : la dissection minutieuse des processus impliqués dans les ravages des secrets de famille aboutit à une hypothèse scientifique vertigineuse.


    Un texte sublime, indispensable.

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    Couverture du livre « Thésée, sa vie nouvelle » de Camille De Toledo aux éditions Verdier

    Joëlle Guinard sur Thésée, sa vie nouvelle de Camille De Toledo

    COUP DE CŒUR

    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/10/thesee-sa-nouvelle-vie-de-camille-de_11.html

    " Qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ? - " Celui qui survit, c'est pour raconter quelle histoire ?"

    Le texte s'ouvre le 1er mars 2005 par le suicide par pendaison de Jérôme,...
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    COUP DE CŒUR

    https://leslivresdejoelle.blogspot.com/2020/10/thesee-sa-nouvelle-vie-de-camille-de_11.html

    " Qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ? - " Celui qui survit, c'est pour raconter quelle histoire ?"

    Le texte s'ouvre le 1er mars 2005 par le suicide par pendaison de Jérôme, le frère du narrateur Thésée. Leurs parents mourront eux-mêmes peu après. Moins d’un an plus tard après le suicide de Jérôme, leur mère est retrouvée dans un bus, " endormie pour l’éternité ", victime d'une rupture d’anévrisme, le jour de l'anniversaire de Jérôme et quatre ans plus tard, leur père meurt d’un cancer.

    Le frère survivant, Thésée, quitte Paris, la ville de l'Ouest, avec plusieurs cartons d'archives familiales qu'il n'a jamais ouverts, il part vers une ville de l'Est, Berlin qui n'est jamais nommée. Il fuit pour oublier, il quitte sa ville, son pays et sa langue avec ses trois enfants, en colère contre ses morts, assailli de la culpabilité du survivant. Il veut se libérer de sa famille, échapper à la malédiction familiale, rompre la "lignée des hommes qui meurent".

    Mais cette fuite ne résout rien. Treize ans après la mort de Jérôme, Thésée tombe, son corps ne le porte plus, les médecins ne comprennent pas et ne peuvent pas le soulager. Il comprend qu'il porte un poids trop lourd pour lui, "la charge du survivant". Il comprend qu'il doit résoudre l'énigme de ses morts, aller à la rencontre des fantômes qui vivent en lui, s'opposer à la loi familiale, le commandement familial qui impose de " ne pas ouvrir les fenêtres du temps" depuis la mort de son arrière-grand père dont il découvrira l'histoire dans ses archives. Il doit entreprendre le "voyage dans les strates du temps" . Il sent " dans l’effondrement de ses os, de ses reins, de ses dents, qu’il est ça : un frère attaché au frère, relié à une histoire de la peine et de la perte".

    Dès lors, grâce aux archives familiales qu'il a emportées, il n'a de cesse de répondre à ces questions qui ne le lâchent pas, qui reviennent comme un leitmotiv dans le texte : " Qui commet le meurtre d'un homme qui se tue ? - " Celui qui survit, c'est pour raconter quelle histoire ?" Dans les cartons il trouve des photos, le vieux manuscrit d'un ancêtre, des lettres de guerre d'un autre ancêtre... le passé lui révèle ce que la légende familiale a pris soin de cacher : " En déverser le contenu sur le sol, c’est accueillir la mémoire, le passé, et aussi transgresser la loi d’une lignée qui n’eut de cesse de vouloir cacher, cacher tout ce qui tremble, mais "on ne rouvre pas les fenêtres du temps" te souviens-tu, Jérôme ?"

    "Thésée, sa vie nouvelle" n’est pas une autobiographie, ni un récit d’autofiction, c'est un texte qui, selon les propres termes de l'auteur, mêle fiction et enquête généalogique. Camille de Toledo parle de lui à la troisième personne, il se nomme " le frère qui reste, Thésée " et intervient de façon occasionnelle à la première personne mais c'est bien sa propre histoire familiale qu'il tente de remonter dans ce texte avec une mise à distance que l'on retrouve tout au long du récit.
    La forme adoptée par Camille de Toledo pour la quête qu'engage Thésée dans le labyrinthe de ses souvenirs est remarquable. Dans son récit qui allie prière, confession, répétitions incantatoires, dialogue avec les morts il insère des documents, les fragments d'un manuscrit, des lettres de guerre, des photos des visages de ses morts en plan serré mais aussi des phrases répétitives en italique détachées dans le texte comme des poèmes.
    Il aborde la question des synchronies, ces dates qui entrent en résonance de façon troublante, comme celle de la mort de la mère le jour de l'anniversaire du fils suicidé, comme celle de la rédaction du manuscrit de l'ancêtre à la date où Jérôme a mis fin à ses jours. Il aborde ce qui se noue dans une famille après le suicide d'un ancêtre, dans une famille soumise à la loi du silence, embarquée dans l'obsession de la Croissance à l'époque des Trente Glorieuses, soumise à la comédie de la force et de la réussite. Pour mieux trouver un sens à son histoire il fait se côtoyer quatre générations et leurs peurs retrouvant en chemin les racines du judaïsme errant de ses ancêtres.
    La beauté de la langue, la force des questionnements de Camille de Toledo font de ce roman une pépite. Un texte bouleversant, certes un peu exigeant, qui hantera longtemps le lecteur après l'avoir refermé. Un texte qui fait parfois écho au sublime "Saturne" de Sarah Chiche.