Audur Ava Olafsdottir

Audur Ava Olafsdottir
Audur Ava Ólafsdóttir est née en 1958 à Reykjavík et est professeur d'histoire de l'art et directrice du Musée de l'Université d'Islande. Après l'immense succès de Rosa candida, elle nous offre l'Embellie, traduit pour la première fois en français.

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  • L’Exception d'Audur Ava Olafsdottir
    L’Exception d'Audur Ava Olafsdottir

    Cela s’appelle mal commencer l’année : le soir de la Saint Sylvestre, Maria apprend de son mari qu’il la quitte. L’Exception (ed. Zulma) commence comme une histoire affreusement banale, si ce n’est la manière dont l’écrivaine islandaise Audur Ava Olafsdottir s’emploie à raconter la chute d’une jeune femme.

Avis sur cet auteur (76)

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    Couverture du livre « Miss Islande » de Audur Ava Olafsdottir aux éditions Zulma

    Les Lectures de Cannetille sur Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir

    Hekla a vingt ans, du talent, et ne rêve que d’écrire. Née en 1945 dans une Islande patriarcale et conservatrice, la jeune femme aura besoin de tout le tempérament suggéré par son prénom, choisi d’après un volcan de son pays, pour s’extraire de la gangue dans laquelle sa vie menace de s’enliser....
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    Hekla a vingt ans, du talent, et ne rêve que d’écrire. Née en 1945 dans une Islande patriarcale et conservatrice, la jeune femme aura besoin de tout le tempérament suggéré par son prénom, choisi d’après un volcan de son pays, pour s’extraire de la gangue dans laquelle sa vie menace de s’enliser. L’impulsion nécessaire viendra de son ami d’enfance, un homosexuel qui ne trouve pas non plus sa place dans la société de l‘époque.

    A travers Hekla et son ami Jon John, l’auteur pose la question du droit à être soi-même, de l’ouverture à la différence, et de la liberté de faire ses propres choix. Racisme – dans les années soixante, l’Islande s’est opposée à la présence de noirs sur la base américaine installée sur place –, sexisme, homophobie, sont trois thèmes que le livre évoque avec pudeur, loin du cynisme parfois cru des Fureurs invisibles du coeur de John Boyne, auquel on pense d’autant plus facilement qu’Islande et Irlande opèrent déjà un phonétique et insulaire rapprochement entre les deux romans. En Irlande, l’histoire de John Boyne est marquée par la forte imprégnation catholique du pays, en Islande, celle d’Olafsdottir fait une large place à l’âpreté du climat, aux rudes splendeurs de la nature, et à des références culturelles dépaysantes pour les non-autochtones.

    Les aspirations littéraires d’Hekla et de son amie Ivey sont aussi émouvantes les unes que les autres : tandis que la seconde s’escrime tant bien que mal à voler des moments d’écriture à une existence par ailleurs conforme à celle dévolue aux femmes d’alors, rythmée par d’incessantes maternités, la première ose le non-conformisme et la rupture totale avec son monde, sacrifiant tout pour que son œuvre puisse être publiée, fut-ce en ayant recours à des pseudos masculins ou à des prête-noms.

    Hommage à l’écriture, protestation contre les préjugés sexistes et immersion dans la société islandaise, ce roman exprime en douceur, et avec beaucoup de tendresse pour ses personnages, un engagement féministe résultant, on s’en doute, des propres et injustes difficultés de l’auteur à trouver sa place dans le monde littéraire masculin islandais.

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    Couverture du livre « Rosa Candida » de Audur Ava Olafsdottir aux éditions Points

    hanae sur Rosa Candida de Audur Ava Olafsdottir

    Avis issu de : https://hanaebookreviews.wordpress.com/2019/07/01/rosa-candida-audur-ava-olafsdottir/

    Quoi de mieux qu’un livre au nom d’une rose pour butiner un printemps regretté au sein de cet été caniculaire ?
    « Rosa Candida » ou la rose à huit pétales. Fleur rare à l’équilibre aérien et...
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    Avis issu de : https://hanaebookreviews.wordpress.com/2019/07/01/rosa-candida-audur-ava-olafsdottir/

    Quoi de mieux qu’un livre au nom d’une rose pour butiner un printemps regretté au sein de cet été caniculaire ?
    « Rosa Candida » ou la rose à huit pétales. Fleur rare à l’équilibre aérien et à la tige douce et sans épine.
    Si le roman n’a pas 8 pages, les aromes qu’il exalte à son ouverture enivrent autant que ceux dégagés par l’éclosion d’une fleur.
    Effeuillé avec délicatesse, ses pages sont des pétales aux parfums enveloppants dont la finesse des émotions m’a émue sans chichis. Rare et pur, sans mièvrerie ni naïveté, j’y ai lu la beauté et simplicité du monde – tout simplement, à l’image de la fleur.

    Tout commence dans un paysage volcanique et hostile où des déserts de laves refroidies entravent la nature et où la floraison n’a pas sa place. Pourtant, la mère d’Arnljótur a réussi à y maintenir une serre et à y cultiver une variété de roses rares, Rosa Candida. Arrachée trop tôt à la vie, elle laisse à son fils, alias Lobbi, cette serre dont ils partagent la passion.
    C’est en ce lieu vénéré que le jeune homme découvre les plaisirs de la chair et où est conçue Flora Sol, sa fille, qu’il appelle « l’enfant ».

    Bouleversé par la mort de sa mère et face à une paternité trop brusque dont il semble étonnamment détaché, Lobbi quitte l’Islande pour rejoindre un monastère dont il réhabilitera le jardin mythique à l’abandon.
    Avec pour seul bagages trois boutures de Rosa candida, il abandonne « l’enfant », « la femme », son père anxieux et son frère autiste pour un long périple vers cette roseraie dont le lecteur ne connaitra jamais le lieu exact.
    La longueur du voyage et l’inconnu du lieu nous font ressentir le même dépaysement que notre personnage. Le lecteur se sent lui aussi déraciné dans ce pays à la langue et aux coutumes étrangères et seul le « Merveilleux Jardin des Roses Célestes », lieu clos à l’abri du monde protège du monde extérieur et des réalités terrestres.
    Peu pressé de grandir, notre jeune homme aux deux passions, les roses et le corps, y renouvelle l’Eden végétal maternel et cultive ainsi une insouciance vendue trop tôt.

    La roseraie semble paradisiaque et Lobbi passe ses journées entre les fleurs et les films qu’un moine cinéphile lui projette pour l’éduquer aux réalités du monde : la cuisine, l’amour, la chair… Mais le filtre du 7ème art et ce parfum d’Eden envoutant ne pourront durer éternellement et, un mois après son installation chez les moines, la « femme », Anna le rejoint avec « l’enfant ».

    L’initiation vers la maturité, la lente évolution des sentiments et l’apprivoisement du rôle paternel sont traités de manière tendre, presque poétique.

    Lecteurs de livres à suspens, passez votre chemin.
    Comme la rose fragile demande du temps avant d’éclore, notre héros et notre histoire évoluent avec lenteur et délicatesse.
    Une écriture tendre décrit le monde avec simplicité et évidence, comme s’il suffisait d’en assimiler sa beauté pour accepter de ne pas le compliquer.
    En résulte un apaisement envoûtant, comme un parfum de rose enveloppant où les personnages principaux sont plus secondaires que les sentiments et les émotions qu’ils transmettent.

    Un très beau roman dont on se délecte comme on admire un jardin.

    « Au moment où je m’apprête à partir pour le jardin, le lendemain matin, frère Thomas frappe à ma porte. Il me dit être parvenu à une conclusion dans l’affaire qui nous occupe.
    « On parle du corps à cent cinquante-deux reprises dans la Bible, de la mort à deux cent quarante-neuf et de roses et autres végétations terrestres à deux cent dix-neuf. J’ai recensé cela pour toi : ce sont les plantes qui m’ont pris le plus de temps : figuiers et vignes se cachent partout et il en est de même pour les fruits et toutes sortes de semences. » Il me tend une demi-page quadrillée comportant trois colonnes de chiffres, puis il pointe vers le total souligné deux fois au bas de chaque colonne, comme preuve à l’appui. Il y a là trois chiffres qui répondent à toutes mes questions que j’avais sur le cœur.
    « C’est là, noir sur blanc », dit-il. Le corps, la mort et les roses, comme s’il me citait le titre d’un vieux roman de gare. »

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    Couverture du livre « Miss Islande » de Audur Ava Olafsdottir aux éditions Zulma

    hanae sur Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir

    Avis issu de : https://hanaebookreviews.wordpress.com/2020/01/10/miss-islande-audur-ava-olafsdottir/

    Déjà séduite par Rosa Candida – chef d’œuvre qui a marqué mes lectures – j’ai retrouvé la plume qui m’avait envoûtée.
    Ronronnement d’une berceuse, ou refrain délicat qu’on pourrait croire...
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    Avis issu de : https://hanaebookreviews.wordpress.com/2020/01/10/miss-islande-audur-ava-olafsdottir/

    Déjà séduite par Rosa Candida – chef d’œuvre qui a marqué mes lectures – j’ai retrouvé la plume qui m’avait envoûtée.
    Ronronnement d’une berceuse, ou refrain délicat qu’on pourrait croire naïf, l’écriture n’est pas candide mais spontanée. L’authenticité s’impose comme une évidence et, face à la clarté, l’emphase ou la rhétorique deviennent inutiles. La plume captive à mesure qu’elle nous enveloppe. Fine et habile, elle ne prétend rien ; sa trajectoire directe fuse, touche et charme.

    Nous sommes en 1963. Hekla, vingt et un ans, partage son nom avec un volcan. Comme ces chaudrons géologiques, elle porte en elle l’incandescence d’une énergie créatrice qu’elle traduit dans les mots. Elle veut d’ailleurs devenir écrivain.
    Avec sa machine à écrire et son livre Ulysse de J. Joyce, elle quitte la ferme de ses parents et s’installe à Reykjavik. Elle a déjà écrit plusieurs manuscrits mais, dans l’Islande des années 60, si la Femme peut être muse, peu importe son talent de poète. Le monde littéraire islandais est masculin et la liberté d’expression des femmes se heurte au conformisme d’une société patriarcale.
    On lui conseille de tenter le concours de Miss, elle qui a envie de dire et d’écrire la beauté. Comme beaucoup d’autres femmes, Hekla est réduite à un corps. « Les hommes naissent poètes. Ils ont à peine fait leur communion qu’ils endossent le rôle qui leur est inéluctablement assigné : être des génies. Peu importe qu’ils écrivent ou non. Tandis que les femmes se contentent de devenir pubères et d’avoir des enfants, ce qui les empêche d’écrire. »
    Sa meilleure amie, Ísey, m’a particulièrement touchée. Cantonnée au foyer, elle incarne la femme qui n’a pas pu s’accomplir individuellement. Elle utilise l’écriture comme exutoire et, douée avec les mots, elle montre que la Femme est libre de créer autrement qu’avec son ventre.

    Jón John incarne une autre victime de cette société machiste. Homosexuel qui rêve de devenir styliste, il alterne périodes en mer et retours sur l’ile. Le conformisme islandais le contraint à renier ce qu’il est et lui impose la solitude et le désarroi professionnel.
    Grâce à ses voyages, il apporte à Hekla une ouverture sur le monde. Il lui confie ainsi Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir ou des écrits de la poétesse américaine Sylvia Plath.
    Son personnage ne sert pas juste à dénoncer l’hypocrisie d’une société conservatrice mais souligne aussi l’isolement de l’ile dans un monde en mutation. Kennedy est assassiné, M. Luther King prononce son discours et, alors que le vulcanisme du monde bouleverse l’ordre patriarcal, le volcan islandais Surtsey entre en éruption. L’épisode est décrit à travers les yeux des femmes : elles font la vaisselle, voient le nuage de cendres, s’appellent et répandent la nouvelle. En parallèle des bouillonnements mondiaux, l’Islande forme un personnage à part entière, isolé et replié sur lui-même.

    Comme Hekla, Auður a subi la méfiance des éditeurs islandais et s’est battue pour faire publier ses romans. De plus, on sent dans ce livre l’influence des écrits étrangers qui ont marqué l’auteur vers ses vingt ans. Ses séjours en Italie et en France l’ont ouverte à de nouvelles formes de littérature. Comme une porte ouverte sur d’autres mondes, chaque langue diffuse une culture, une idéologie et une certaine vision du monde.

    Enfin, une diversité d’êtres peuple la nature. La liberté d’être, de créer et de vivre avec ses différences nourrit la création artistique.
    Miss Islande interroge sur la beauté du monde (pas seulement sur celle des concours de beauté) : un parallèle poétique entre « création artistique et création de la nature » (Auður Ava Ólafsdóttir dans France Culture).

    NB : lisez l’interview de l’auteur Auður Ava Ólafsdóttir : Un texte innocent ça n’existe pas

    « Il est plus de trois heures du matin quand il rentre à la maison, avec une bouteille d’eau-de-vie dans un sac en papier.
    Starkadur de Hveragerdi est ivre.
    Il agit le bras, trébuche contre une chaise, la traine, non sans mal, jusqu’au bureau, s’y installe et ouvre son calepin. Il lui faut un temps infini pour ôter le capuchon de son stylo-plume.
    – Je ne suis qu’une coquille vide, marmonne-t-il.
    Je sors du lit pour le rejoindre.
    Après avoir écrit je ne suis qu’une coquille vide sur la feuille, il remet à grand peine le capuchon sur son stylo et boit une gorgée au goulot.
    – Tu l’aimes ?
    – Qui ça ?
    – Ton homo ? Est-ce qu’il te fait des avances ? Il veut aussi coucher avec moi ?
    – Je t’interdis de parler de lui comme ça. De toutes manières, il est parti.
    Il essaie d’enlever son pantalon, mais il se prend les pieds dedans et peine à garder l’équilibre, les bretelles pendantes.
    – Hekla, tu ne veux pas me demander quelle est mon expression préférée ? Si ce ne serait pas humide de rosée ? Tu ne me poses jamais aucune question… On ne sait jamais à quoi tu penses, tu es toujours en train d’écrire, y compris quand tu n’écris pas, je le vois à ton regard, je connais ce regard lointain, tu es là et pourtant tu es ailleurs, mêmes dans nos moments les plus intimes…
    – Ce n’est pas vrai, Starkadur.
    -Tu ne laisses rien affleurer à la surface. Quand on vit avec un volcan, on sait que les profondeurs bouillonnent de lave incandescente. Tu sais, Hekla, tu projettes d’énormes blocs de pierre dans toutes les directions…ils détruisent tout sur leur passae…tu es un rocher imprenable, un buisson de ronces…je ne compte pas pour toi… »

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    Couverture du livre « Miss Islande » de Audur Ava Olafsdottir aux éditions Zulma

    Christlbouquine sur Miss Islande de Audur Ava Olafsdottir

    1963, Hekla, jeune fille de 21 ans a un rêve : devenir écrivain. Pour réaliser ce rêve, elle va quitter la ferme de ses parents et partir à Reykjavik avec une valise contenant sa machine à écrire et ses manuscrits. Elle retrouve là-bas deux de ses amis, Jón John, jeune homme dont l’homosexualité...
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    1963, Hekla, jeune fille de 21 ans a un rêve : devenir écrivain. Pour réaliser ce rêve, elle va quitter la ferme de ses parents et partir à Reykjavik avec une valise contenant sa machine à écrire et ses manuscrits. Elle retrouve là-bas deux de ses amis, Jón John, jeune homme dont l’homosexualité le désigne à la vindicte et Ísey qui a vingt-deux ans et mariée avec un enfant et enceinte du second.

    Audur Ava Ólafsdóttir est une auteure d’ambiance, d’atmosphère. Si elle pose avec efficacité les sujets de la liberté et de la différence au sein d’une société assez peu ouverte d’esprit, elle est aussi particulièrement efficace pour faire percevoir toutes les nuances de ses personnages et la subtilité de leurs caractères.

    Hekla n’entre pas dans les cases définies par la société. Une société qui ne propose aux femmes que de devenir mère au foyer, d’occuper des métiers subalternes ou de devenir Miss Islande quand elles sont belles comme notre héroïne.

    Avec son style particulièrement sobre qui va à l’essentiel et son incroyable sens du détail, l’auteure dresse le portrait d’une jeune femme combative, victime d’une époque qui ne lui correspond pas et contre laquelle elle va lutter avec ses moyens.

    Mais c’est le personnage de Jón John qui m’a fait la plus forte impression, un être tout en fragilité dont Audur Ava Ólafsdóttir dresse un portrait plein de sensibilité.

    C’est aussi toute l’histoire d’une époque que la romancière nous donne à voir et la difficulté à conquérir sa liberté pour devenir ce qu’on souhaite malgré les barrières.