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Alain Henriet

Alain Henriet

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Avis sur cet auteur (4)

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    Couverture du livre « Black squaw T.1 ; night hawk » de Yann et Alain Henriet aux éditions Dupuis

    Bd.otaku sur Black squaw T.1 ; night hawk de Yann - Alain Henriet

    Un an après la fin de la série « Dent d’ours », son trio de créateurs (Yann au scénario, Henriet au dessin et Usagi à la couleur) se reforme pour un nouveau projet : « Black squaw » dont le premier tome « Night Hawk » est paru le 12 juin aux éditons Dupuis. Il met en lumière une aviatrice ayant...
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    Un an après la fin de la série « Dent d’ours », son trio de créateurs (Yann au scénario, Henriet au dessin et Usagi à la couleur) se reforme pour un nouveau projet : « Black squaw » dont le premier tome « Night Hawk » est paru le 12 juin aux éditons Dupuis. Il met en lumière une aviatrice ayant réellement existé, Bessie Coleman, métisse afro-amérindienne, qui fut la première femme noire au monde a obtenir sa licence de pilote (en France qui plus est !). Il nous narre ses exploits, dans les années 1920, sur fond de prohibition, sexisme et ségrégation. Dans ce tome d’introduction on trouve un savoureux mélange d’aventures, de fiction historique mais aussi un récit d’émancipation.


    Une bd d’aventures

    L’album débute « in medias res » : sur une île au large de Terre-neuve, un hydravion noir déjoue la vigilance des gardes côtes et se pose pour prendre livraison de caisses d’alcool de luxe en provenance de France pour le compte d’Al Capone car l’Amérique est en pleine prohibition. Le pilote qui en descend, alors qu’il était présenté masqué par son écharpe jusqu’alors, s’avère être une jeune femme qui n’a pas froid aux yeux comme le montre la séquence suivante où elle monte à cru des chevaux considérés comme sauvages en déclarant au vieux saint-pierrais qui la met en garde contre ces bestiaux qui ruent et mordent : « Parfait ! On est faits pour s'entendre ! ». Elle a aussi choisi de peindre sur la carlingue de son avion personnel son nom en langue cherokee : « corneille obstinée » . Ainsi d’emblée, le personnage est caractérisé dans un portrait en actes.

    Et des actions , il n’en manque pas tout au long de ces 50 pages ! Les séquences et les paysages se succèdent (on passe des territoires terre neuvains à la réserve d’Oklahoma puis aux plaines arides du Texas toutes caractérisées par une palette chromatique différente) ; la variété des cadrages et de la mise en page ainsi que les grandes vignettes immersives du début dépaysent le lecteur. Le rythme est haletant et procède non pas de façon linéaire mais par succession de flash-backs et d’ellipses dans un récit dépourvu de temps morts. On émettra un petit bémol cependant : les monologues de convention parfois un peu envahissants de Bessie qui récite son manuel d’aviation à haute voix fonctionnent moins bien que dans d’autres séries où les héros s’adressent à leur copilote et cassent un peu le rythme.

    Yann fait monter le suspense en mettant en place une gradation des dangers qui guettent l’héroïne : elle doit éviter les garde-côtes ; elle est menacée d’être prise aussi entre deux feux face à la guerre des gangs qui se profile au début de l’album entre « le Balafré », Al Capone son employeur, et « Bugs » ( le branque) Moran son rival et aboutira plus tard au massacre de la St Valentin ; elle doit se battre contre un gigantesque tempête de neige et effectuer enfin un combat aérien qui laissera planer sur elle un ultime danger représenté par le titre énigmatique du premier volume et qu’on ne dévoilera pas ! Le scénario est ainsi d’une grande puissance narrative et déploie la mécanique éprouvée dans la série précédente en alternant le passé et le présent, les moments de pause et les moments d’action, et en mettant en place de nombreux cliffhangers.


    Une fiction historique

    Mais cette fiction rocambolesque est cependant très sérieusement et soigneusement documentée. Qu’il s’agisse des dessins : les avions , le hors-bord d’Al Capone ou même les chevaux , tout est traité dans le style hyper réaliste dont Henriet est coutumier souligné par les couleurs un peu « salies » et sépia d’Usagi qui donnent un côté vintage à l’ensemble . Yann est friand de « parlures » et nous régale d’expressions pittoresques de Saint-Pierre ou des Cherokees. Il choisit d’aborder également des sujets plutôt rebattus en bande dessinée et au cinéma sous un angle inédit : ainsi, il évoque la prohibition en basant son action non pas à Chicago ou New-York mais dans les territoires français de St Pierre et Miquelon , plaque tournante bien moins connue du trafic. Choisir cette localisation lui permet, en outre, d’effectuer un syncrétisme avec un autre événement : la disparition de « l’Oiseau blanc » de Nungesser et Coli lors de sa tentative de traversée de l’Atlantique nord en adoptant l’hypothèse de Bernard Dupré qui soutient que l’avion y aurait été abattu par erreur par des gardes côtes qui pensaient avoir affaire à des trafiquants. On a là typiquement la patte de Yann qui arrive à mélanger des événements réels et en faire la trame même de sa fiction.

    Ajouter cette anecdote à l’histoire de Bessie permet également de dater ce qui ne l’est pas ! Le célèbre avion à la carlingue blanche ornée de l’insigne de Nungesser (un Jolly Roger dans un cœur noir surmonté de deux chandeliers et d’un cercueil) et copiloté par un aviateur borgne comme nous le rappellent les détails des cases , a disparu entre le 8 et le 9 mai 1927. Or, Bessie Coleman est décédée en repérage d’un vol acrobatique en 1926 , ce qui est soigneusement omis dans la biographie du dossier final. On passe donc à une uchronie : le présent de l’album est donc une invention scénaristique fondée sur la question : qu’aurait pu faire Bessie si elle n’était pas décédée prématurément ? Là encore, il n’y a pas d’élucubrations mais un fait historique : l’un des frères de Bessie qui partageait son appartement à Chicago était devenu le cuisinier personnel d’Al Capone. Il aurait donc très bien pu recommander sa petite sœur à son patron qui cherchait des pilotes chevronnés et intrépides pour ses trafics. Comme pour l’héroïne de « Dent d’ours » , Hanna Reitsch, personnage réel, mais rajeuni de dix ans pour les besoins de la série, qui y pilotait des avions ayant été pensés mais pas tous réalisés, Yann brode sur la réalité. Il transforme par exemple le destin des parents qui constitue un véritable cliff hanger. Cela permet d’étoffer le côté aventureux du personnage mais également de transmettre un message .


    Un récit d’émancipation et de lutte contre la discrimination raciale

    L’héroïne est extrêmement séduisante. Henriet voulait qu’elle soit « jolie, agréable et qu’elle dégage quelque chose de sympathique ». Il s’est inspiré de photos de la Bessie réelle mais aussi d’actrices et de mannequins pour créer son idéal féminin. Il l’a rajeunie également : elle avait 34 ans au moment de sa mort en 1926, et dans l’album en 1927, elle semble avoir une vingtaine d’années. Ceci peut favoriser l’identification des lecteurs.

    En effet, l’album a bénéficié d’une prépublication dans « Spirou » et l’on trouve comme une mise en abyme de l’effet escompté sur le jeune lectorat grâce aux pages consacrées aux enfants de Waxahachie. Ceux-ci sont dépositaires des préjugés de l’époque. L‘un des garçonnets décrète « Avec ta peau t'as plutôt la couleur à vivre courbée dans les champs de coton plutôt que d'jouer à saute-mouton dans les nuages ! » ; une fillette ajoute moqueuse « les filles ça peuve pas piloter des avions « (p.38) mais elle est surprise en voyant Bessie s’envoler et finit admirative : « Dis ça existe des anges noirs ? » (p.40). Or « l’ange noir » deviendra l’un des surnoms de l’aviatrice ! Yann a dit que ce qui le faisait rêver, c’était des personnages « bigger than life » : « des êtres qui ont une destinée exceptionnelle, surtout si leur histoire personnelle entre en résonance avec la grande Histoire, ou si elle est emblématique d’une volonté hors du commun et d’une force de caractère incroyable qui leur permet de surmonter les difficultés, les coups du sort, les chausse-trappes, les injustices et les handicaps que le destin leur réserve ». La jeune Bessie Coleman rentre parfaitement dans ce cadre et ne déparerait pas dans « Les Culottées » de Pénélope Bagieu « qui ne font que ce qu’elles veulent ». Elle constitue donc être une figure inspirante et permet aux jeunes lecteurs et lectrices de rêver et peut-être de s’accomplir.

    Cette héroïne suscite également une réflexion, plus adulte cette fois, sur les préjugés et le racisme grâce en particulier aux flashbacks qui soulignent le destin auquel elle était vouée et comment elle en a fait fi , ce que rappelle également la biographie en fin de volume. Elle vit dans un Sud où le Ku Klux Klan, à son apogée, compte plusieurs millions d’adeptes et a les sympathies du président en exercice Woodrow Wilson… Même les immigrés de fraîche date stigmatisent Bessie comme le souligne le dialogue entre deux hommes de mains d’Al Capone : « Comment le boss a-t-il pu faire confiance à cette greluche mal blanchie?/Depuis quand t'es raciste , Kowalsky ?/ moi raciste ? ... Ca va pas ? ...mais quand même, une souris à moitié noire, à moitié rouge ...! » . Or, de tels mots méprisants à l’égard des minorités afro-américaines et amérindiennes acquièrent un relief tout particulier et un écho troublant dans notre société contemporaine avec la résurgence des suprémacistes aux Etats-Unis et le meurtre de George Floyd… Loin d’être seulement un récit d’aventures plaisant, « Black squaw » se mue donc en un récit d’émancipation et délivre un vrai message contre la discrimination.


    « Black squaw » devait être développée en parallèle de « Dent d’ours » avec un autre dessinateur. Mais quand Yann a faire part de son projet à Henriet, celui-ci lui a demandé de l’embarquer dans l’aventure… Sa réalisation a donc été différée pour le plus grand bonheur du lecteur ! Les auteurs projettent d’écrire deux cycles de trois tomes chacun sur le modèle de la série précédente.
    Les différents arcs narratifs mis en place dans ce tome introductif ainsi que le dossier final porteur de tout un tas de possibles (sa vie à Chicago puis à Paris dans les années folles, son séjour au Crotoy , sa rencontre avec Joséphine Baker ou sa participation aux Flying Circus ) nous laisse augurer du meilleur ! Il faudra s’armer de patience car le tome 2 est annoncé pour le printemps 2021…

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    Couverture du livre « Dent d'ours T.3 ; Werner » de Yann et Alain Henriet aux éditions Dupuis

    Miguel Aupresdeslivres sur Dent d'ours T.3 ; Werner de Yann - Alain Henriet

    les auteurs ne concluent pas l'histoire avec ce tome 3. Ils ont décidé de poursuivre l'aventure avec un nouveau cycle. Il y aura des réponses, mais pas toutes. Cela m'a un peu déçu.

    Ce troisième tome s'attache au personnage de Werner. Hannah, accompagnée de Werner / Max, s'entraîne pour une...
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    les auteurs ne concluent pas l'histoire avec ce tome 3. Ils ont décidé de poursuivre l'aventure avec un nouveau cycle. Il y aura des réponses, mais pas toutes. Cela m'a un peu déçu.

    Ce troisième tome s'attache au personnage de Werner. Hannah, accompagnée de Werner / Max, s'entraîne pour une dernière mission secrète. L'album suit la même structure que les précédents. Il mélange toujours personnages et événements réels et fictifs. On y voit la fin du IIIe Reich et l'état de la ville de Berlin en ce mois d'avril 1945. Il y a quelques flashbacks qui font la lumière sur ce qui est arrivé à Max et Werner dans leur jeunesse. Il y a aussi quelques informations sur le triangle amoureux que formaient les trois enfants.

    Le personnage d'Hannah m'est toujours antipathique. Elle reste ancrée sur ses positions. Werner est taciturne, en retrait. On ne sait pas trop ce qu'il pense.
    Le récit est aussi rythmé qu'auparavant. L'aviation y tient encore une place importante, mais pas centrale. Pourtant, j'ai ressenti de la lassitude à la lecture de ce volume. À part un rebondissement important au cours de l'album, je n'ai pas eu l'impression d'avancer.

    Le dessin reste classique. Le travail effectué sur les avions est très précis. L'ambiance sombre, tendue est bien rendue par les couleurs employées.

    http://www.aupresdeslivres.fr/Dent-d-ours-T3-Werner-de-Yann-et-Alan-Henriet

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    Couverture du livre « Dent d'ours T.2 ; Hanna » de Yann et Alain Henriet aux éditions Dupuis

    Claude Stas sur Dent d'ours T.2 ; Hanna de Yann - Alain Henriet

    Un deuxième tome qui tient les promesses du premier. Nous retrouvons la Silésie sous un épais manteau de neige, et ses habitants coincés entre collaboration et résistance. Nous retrouvons nos trois protagonistes avec un projecteur braqué tout spécialement sur Hanna, jeune femme superbe mue par...
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    Un deuxième tome qui tient les promesses du premier. Nous retrouvons la Silésie sous un épais manteau de neige, et ses habitants coincés entre collaboration et résistance. Nous retrouvons nos trois protagonistes avec un projecteur braqué tout spécialement sur Hanna, jeune femme superbe mue par un fanatisme désabusé. Il est vrai que les troupes hitlériennes essuient revers sur revers sur le front russe. Aussi est-il temps de tester la nouvelle arme secrète du Führer ! En effet, les ingénieurs nazis ont mis au point une nouvelle version du V1 avec cockpit et pilote, pour mieux cibler les objectifs. Hannah est chargée de la formation des pilotes. Mais sait-elle que Max est face à elle ?
    D'autre part, plusieurs flash-back nous expliquent l'origine des dents d'ours porte-bonheur, dans des scènes hallucinantes pendant lesquelles Hanna, enfant, révèle la femme qu'elle deviendra.
    Le scénario se fait plus adulte, prouvant qu'aucune guerre n'est propre. Et la réussite graphique est toujours au rendez-vous. Vivement le troisième tome !

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    Couverture du livre « Dent d'ours T.1 ; Max » de Yann et Alain Henriet aux éditions Dupuis

    Claude Stas sur Dent d'ours T.1 ; Max de Yann - Alain Henriet

    Et des lectures de mon enfance, me sont revenus à l'esprit les exploits de Buck Danny, Dan Cooper ou du duo Tanguy-Laverdure. Donc en abordant ce premier tome de Dent d'Ours, série qui en comprendra trois, j'étais, pensai-je, en terrain connu. Bien sûr, ce ne fut pas tout à fait le cas. Tout...
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    Et des lectures de mon enfance, me sont revenus à l'esprit les exploits de Buck Danny, Dan Cooper ou du duo Tanguy-Laverdure. Donc en abordant ce premier tome de Dent d'Ours, série qui en comprendra trois, j'étais, pensai-je, en terrain connu. Bien sûr, ce ne fut pas tout à fait le cas. Tout d'abord, l'action se déroule pendant la seconde guerre mondiale, en Silésie (une province polonaise, devenue allemande par la volonté d'Hitler). Ensuite, le thème n'est pas seulement l'aviation, mais également la situation politique et humaine de tout un peuple. A travers trois enfants, d'une douzaine d'années, Werner, Hannah et Max, le scénariste Yann expose la problématique de la race pure. Ces trois enfants veulent piloter. Pour y parvenir, Werner et Hannah entrent dans les Jeunesses hitlériennes, plus par opportunisme naïf que par conviction politique. Quant à Max, le petit juif, fuyant les persécutions, il part aux USA et y devient un pilote. Si bien qu'au plus fort des combats, Max est dans un camp ; Werner et Hannah, dans l'autre.
    L'exposition des trois protagonistes principaux est habilement amenée par une alternance de flash-backs et de scènes contemporaines. Ce procédé permet d'introduire les différentes traits de caractère des enfants, et surtout le vénéneux mélange de fascination et de rivalité entre Hannah et Max.
    Graphiquement moins réaliste que Hubinon ou Weinberg, Henriet rend pourtant avec brio, avec un soin tout particulier les formes des coucous de l'époque. Très bien documentée, riche en tous points (scénario et dessin), ce premier tome promet ...