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Abir Mukherjee

Abir Mukherjee
Abir Mukherjee a grandi dans l'ouest de l'Écosse, dans une famille d'immigrés indiens. Il a travaillé dans la finance pendant vingt ans avant de se mettre à l'écriture. Fan de romans policiers depuis l'adolescence, il a décidé de situer son premier roman à une période cruciale de l'histoire anglo... Voir plus
Abir Mukherjee a grandi dans l'ouest de l'Écosse, dans une famille d'immigrés indiens. Il a travaillé dans la finance pendant vingt ans avant de se mettre à l'écriture. Fan de romans policiers depuis l'adolescence, il a décidé de situer son premier roman à une période cruciale de l'histoire angloindienne, celle de l'entre-deux-guerres.

Avis sur cet auteur (6)

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    Couverture du livre « L'attaque du Calcutta-Darjeeling » de Abir Mukherjee aux éditions Liana Levi

    Bruno (BMR) sur L'attaque du Calcutta-Darjeeling de Abir Mukherjee

    On est habituellement pas trop fan des polars ‘historiques’ mais on n’a pas regretté l’exception faite pour ce polar (premier d’une série) de Abir Mukherjee : L’attaque du Calcutta-Darjeeling.
    D’abord parce que si Mukherjee nous emmène loin en Inde à Calcutta, il ne remonte pas très loin dans...
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    On est habituellement pas trop fan des polars ‘historiques’ mais on n’a pas regretté l’exception faite pour ce polar (premier d’une série) de Abir Mukherjee : L’attaque du Calcutta-Darjeeling.
    D’abord parce que si Mukherjee nous emmène loin en Inde à Calcutta, il ne remonte pas très loin dans le temps : 1919, la Grande Guerre vient juste de se terminer, pas mal de britanniques essayent de se refaire une vie (et une bonne fortune) dans les colonies d’un Empire pourtant déjà à l’agonie.
    ♥ Ensuite parce que l’auteur n’est pas tout à fait ordinaire : c’est un écossais (d’origine indienne bien sûr) et il profite de son bouquin pour nous détailler la fin de l’Empire indien en égratignant généreusement ses concitoyens ‘anglais’ à l’arrogance typique des colons.
    Son regard caustique, acerbe, presque cynique sur le racisme des britanniques et plus généralement l’Inde politique et sociale de cette époque est tout simplement passionnant.

    [...] On trouve une arrogance particulière chez l’Anglais de Calcutta qui n’existe pas dans beaucoup d’autres postes avancés de l’Empire. Elle vient peut-être de la familiarité. Après tout, les Anglais sont au Bengale depuis cent cinquante ans et semblent considérer les indigènes, notamment les Bengalis, comme assez méprisables.
    [...] En Inde, on dirait que même la loi et l’ordre sont subordonnés à la dure réalité de la race.

    Le cas des métis anglo-indien (les tchee-tchee) est également évoqué de même que de curieux parallèles avec la situation irlandaise des îles britanniques.
    Côté histoire policière, Wyndham, un ancien de Scotland Yard, vient d’arriver dans une Calcutta trop chaude et trop humide. Sa vie a été ravagée par la Guerre, il est devenu opiomane.

    [...] Qu’est-ce que je fais là, dans ce pays où les indigènes vous méprisent, où le climat vous rend fou et où l’eau peut vous tuer ?

    Accompagné d’un sergent indien (habile personnage) il va lui falloir démêler le meurtre d’un haut fonctionnaire britannique retrouvé égorgé dans une sombre ruelle aux portes d’un bordel et l’attaque du train où rien n’a été volé et personne n’a été blessé.

    [...] C’est pourquoi l’assassinat de MacAuley a fait tant de bruit. C’est une attaque sur deux niveaux. D’abord elle nous montre que certains Indiens au moins ne se considèrent plus comme inférieurs, au point de réussir à assassiner un membre aussi en vue de la classe dominante, et ensuite parce qu’elle détruit la fiction de notre supériorité.

    Ces deux affaires sont-elles liées, s’agit-il de crimes crapuleux ou d’attaques terroristes à l’heure où le mouvement pour l’indépendance prend de l’ampleur ?
    Cette lente enquête (il faudra attendre les dernières pages pour avoir le fin mot des deux ou trois histoires que l’on croise) est l’occasion d’une immersion instructive dans l’Inde de cette époque.
    Le livre se termine au moment du massacre d’Amritsar (dans une autre région, le Pendjab) dont l’Inde a commémoré le centenaire l’an passé.

    Pour celles et ceux qui aiment l'Inde.

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    Couverture du livre « L'attaque du Calcutta-Darjeeling » de Abir Mukherjee aux éditions Liana Levi

    Sandrine Fernandez sur L'attaque du Calcutta-Darjeeling de Abir Mukherjee

    Quand il arrive à Calcutta en avril 1919, le capitaine Sam Wyndham, vétéran de la Grande-Guerre, veuf inconsolable et accroc à l’opium, n’a pas le temps de s’habituer à la chaleur étouffante de la capitale du Bengale. Très vite, il est plongé dans le bain de ses nouvelles fonctions d’enquêteur...
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    Quand il arrive à Calcutta en avril 1919, le capitaine Sam Wyndham, vétéran de la Grande-Guerre, veuf inconsolable et accroc à l’opium, n’a pas le temps de s’habituer à la chaleur étouffante de la capitale du Bengale. Très vite, il est plongé dans le bain de ses nouvelles fonctions d’enquêteur de la police du Raj. Un de ses compatriotes, haut fonctionnaire, proche du Vice-gouverneur, a été sauvagement assassiné dans un quartier mal famé, tout à côté d’un bordel. Le meurtre fait frémir en haut lieu et le policier doit trouver un coupable dans les plus brefs délais. Secondé par l’inspecteur Didby, expatrié pur jus, raciste et condescendant et l’agent Banerjee, indien à la mode british, éduqué, brillant, oxfordien, Sam s’attelle à la tâche avec la conscience professionnelle acquise à Scotland Yard et sa méconnaissance des mœurs de la colonie britannique. Car là-bas, un coupable n’est pas forcément LE coupable. Quand on lui livre sur un plateau, un dissident, combattant de l’indépendance de l’Inde, Sam est circonspect et décide de continuer l’enquête envers et contre tous.

    Gros coup de cœur pour ce polar qui nous emmène à Calcutta, moite, grouillante, étouffante ville du Bengale, fleuron de l’Empire colonial britannique. Dans le rôle du candide, Sam Wyndham découvre l’Inde, son climat, son racisme ordinaire, ses inégalités et la colère sourde d’un peuple qui aspire à l’indépendance. Dans le rôle du colon, son adjoint Didby, arrogant comme celui qui ne doute pas de sa supériorité sur des indiens ignorants, mal dégrossis, indolents, inférieurs en tous points aux blancs. Et dans le rôle du bon indien, Banerjee, éduqué, obéissant, fidèle au Raj, mais moins lisse qu’il n’y paraît quant à ses convictions et objectifs. A charge pour ce trio de débusquer celui qui a osé assassiner un sahib.
    Si l’enquête reste classique, le livre est surtout un fabuleux polar historique qui raconte les velléités d’indépendance des indiens, les lois iniques que leur imposent les anglais, les massacres qui en résultent et un empire colonial qui entame sa lente déliquescence, gangréné par la corruption et trop sûr de sa supériorité pour s’inquiéter ou se réformer.
    S’ajoute à ce passionnant contexte historique, un enquêteur à multiples facettes. Mélange réjouissant de naïveté et de cynisme, Sam Wyndham, à l’humour pince-sans-rire, s’accommode tant bien que mal d’un climat très différent de la bruine londonienne, de la nourriture épicée, d’un système de classe dont il ignore tout, sans oublier les fumeries d’opium qu’il apprécie à leur juste valeur. Imperméable au racisme et à la soi-disant supériorité des colons, saura-t-il se faire une place, et surtout la garder, dans la police du Raj ? A suivre avec bonheur dans ses prochaines enquêtes.

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    Couverture du livre « Les princes de Sambalpur » de Abir Mukherjee aux éditions Liana Levi

    CATHIE LOUVET sur Les princes de Sambalpur de Abir Mukherjee

    Juin 1920. Un an après les événements relatés dans L'attaque du Calcutta-Darjeeling
    Wyndham et le sergent Banerjee ne peuvent empêcher l'assassinat du prince héritier de Sambalpur, bien qu'au moment du drame ils se trouvaient avec lui, dans sa Rolls. Cet assassinat aurait-il un rapport avec les...
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    Juin 1920. Un an après les événements relatés dans L'attaque du Calcutta-Darjeeling
    Wyndham et le sergent Banerjee ne peuvent empêcher l'assassinat du prince héritier de Sambalpur, bien qu'au moment du drame ils se trouvaient avec lui, dans sa Rolls. Cet assassinat aurait-il un rapport avec les étranges messages reçus par le prince la semaine précédente, messages laissés dans ses appartements privés, l'un ur son oreiller, l'autre dans la poche d'un costume? Peu de personnes sont habilitées à pénétrer dans la chambre du prince...
    Qui est le commanditaire de l'attentat, visiblement soigneusement préparé? Un tireur isolé? Un groupuscule quelconque? Le mystérieux tireur portait sur le front une marque étrange, deux lignes de cendres blanches se rejoignant à la racine du nez de part et d'autre d'une ligne rouge plus fine, généralement portée par les prêtres. Aurait-il un lien avec la procession religieuse dans laquelle Wyndham l'a perdu?
    Que ce soit un attentat religieux ou politique, la situation s'avère on ne peut plus délicate pour Wyndham mais surtout pour la police coloniale. Comment expliquer au vice-roi que le prince héritier d'un Etat souverain se fasse assassiner en plein jour en présence de deux officiers impériaux, qui de surcroît s'avèrent incapables d'arrêter le tueur? Attentat qui tombe on ne peut plus mal, au moment où le gouvernement britannique réunit les principaux maharadjas et nababs pour l'instauration d'une Chambre des Princes dans le but d'apaiser les exigences d'autonomie de plus en plus grandissantes des souverains indigènes.
    Seul indice tangible pour Wyndham et son sergent, les messages reçus par le prince. Qui pouvait savoir qu'il se trouvait en danger? Manifestement, la réponse se trouve à Sambalpur. Le maharadja mandate les deux policiers pour qu'ils retrouvent l'assassin de son fils, mais la conjoncture s'avère bien plus complexe et délicate que ne le pensait Wyndham. Entre susceptibilités princières, protocole et intrigues de palais, Wyndham et le sergent Banerjee vont devoir "marcher sur des oeufs" s'ils veulent trouver la vérité sans faire imploser le palais royal.

    Contexte politico-religieux:
    Aspect religieux: l'un des nombreux atouts de ce roman est la façon impartiale dont l'auteur montre le choc des deux cultures en présence, choc qui se ressent dans l'intrigue, articulée sur une base alliant faits historiques et fiction: "La procession dans laquelle le capitaine Wyndham a été pris est le Rath Yatra, monsieur, celle du char du dieu hindou Jagannath." (Page 25). Bousculant au passage les préjugés à l'égard d'une culture que les Britanniques méprisent et méconnaissent: "Vous devez cesser de croire ce que vos auteurs anglais aiment tant décrire. Que savent-ils des femmes dont ils parlent? Que savent-ils des eunuques qu'ils aiment tant caricaturer? Ouvrez les yeux, capitaine. Laissez vos préjugés à Calcutta. Mieux encore, laissez-les à Londres." (Page 210)..."Elle me met à l'épreuve, elle essaie de voir quelle sorte d'Anglais je suis: de celle qui croit que fréquenter les indigènes comme des égaux revient à dénigrer notre race tout entière ou de l'autre, celle qui comprend que de telles attitudes ne sont que comédie, prétention et hypocrisie nées de la culpabilité." (Page 187).
    Contexte politique: l'action du roman se situe à une période troublée de l'Inde, joyau de l'empire britannique: de nombreux hindous, commençant à trouver le joug anglais trop lourd à porter, mus par des ambitions indépendantistes de plus en plus évidentes, s'agitent. Le chemin vers l'indépendance, acquise en 1947, est certes encore long, mais le gouvernement britannique sent le vent tourner. Raison pour laquelle le vice-roi a imaginé que la création d'une Chambre des Princes, présentée comme une Chambre des Lords indienne, réunissant tous les princes indiens sous l'illusion qu'ils pourraient ainsi influer dans la gestion des affaires de leur pays, n'a en réalité d'autre but que d'apaiser les exigences d'autonomie grandissantes du peuple. Car le "temps est révolu où les Britanniques pouvaient se mêler ouvertement des affaires d'un Etat indigène. Avec tout ce qui se passe dans le reste de l'Inde, leur unique préoccupation est que Sambalpur reste un allié fiable et stable, et que nous entrions à la Chambre des Princes." (Page 356).
    En conclusion:
    Les princes de Sambalpur est doté de nombreuses qualités, mais celle que j'apprécie le plus est l'impartialité de l'auteur qui passe au crible aussi bien les travers de la civilisation anglaise que ceux de la société indienne. Sous le prétexte d'informer le capitaine Wyndham, Abir Mukherjee esquisse des pages de l'histoire de l'Inde, renseignant dans le même temps le lecteur peu ou mal documenté.
    Le +: l'enquête menée par les autorités britanniques se heurte aux traditions indiennes, qu'elles soient religieuses ou culturelles, ainsi qu' aux conventions et coutumes qui régissent la famille royale de Sambalpur: "-J'aimerais fouiller les appartements du prince, s'il vous plaît. Le dewan me regarde comme si j'étais fou. -C'est hors de question, répond-il fermement...Libre à vous de faire tout ce que vous voudrez, capitaine, répond-il calmement. Sachez d'abord que cette suite est reconnue officiellement comme territoire souverain de Sambalpur." (Page 38)...Tout comme lorsque Wyndham veut interroger les femmes de la famille royales qui ne peuvent être vues par aucun homme à part les eunuques.
    Le +: grâce aux nombreux passages livrant les pensées de Wyndham concernant l'enquête, réfléchissant à ses tenants et ses aboutissants, éclairant la lanterne du lecteur.
    Les Princes de Sambalpur est un roman intelligent, original, bourré d'humour et de fantaisie, extrêmement bien construit: rythme, rebondissements, contexte historique bien reconstitué, personnages crédibles et attachants en font une lecture passionnante et divertissante.

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    Couverture du livre « L'attaque du Calcutta-Darjeeling » de Abir Mukherjee aux éditions Liana Levi

    CATHIE LOUVET sur L'attaque du Calcutta-Darjeeling de Abir Mukherjee

    L'attaque du Calcutta-Darjeeling, A Rising Man en version originale parue en 2017, a été publié par les éditions Liana Levi en 2019. Racontée à la première personne au présent, permettant au lecteur de vivre les événements en direct, procédé toujours appréciable pour un roman policier,...
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    L'attaque du Calcutta-Darjeeling, A Rising Man en version originale parue en 2017, a été publié par les éditions Liana Levi en 2019. Racontée à la première personne au présent, permettant au lecteur de vivre les événements en direct, procédé toujours appréciable pour un roman policier, l'histoire nous plonge dès le début au coeur de l'intrigue avec la découverte d'un corps. Ici, pas de prologue  ni de présentation. Le style, agréable à lire, est empreint de légèreté et d'un humour caustique qui donne le ton; jusque dans les dialogues: "Ensuite, vous n'avez pas encore acquis l'arrogance dont vos semblables font preuve dans ce pays quand ils traitent avec les Indiens. -Je suis désolé de vous décevoir. -Ne le soyez pas, répondit-elle avec désinvolture. Je suis sûre que ce n'est qu'une question de temps." (Page 22)..."Je ne peux m'empêcher de sourire. Une police secrète c'est une chose que d'autres nations emploient. Nous les Britanniques nous utilisons des sources différentes." (Page 42).
    Thèmes: colonialisme - toxicomanie.
    Fil rouge: le climat oppressant auquel le narrateur, nouvellement arrivé d'Angleterre, n'est pas habitué: " Encore une nuit torride du Bengale. L'humidité est suffocante. On la sent dans l'air. Tout mon corps transpire et trempe le lit. J'ai ouvert la fenêtre pour tenter d'encourager un simulacre de courants d'air, mais ce la n'a fait que permettre aux moustiques...d'entrer librement." (Page 164)..."Lal Bazar est une fournaise, mais reste préférable à la rue." (Page 197).
    1919. Une semaine après son arrivée, le capitaine Sam Wyndham se voit confier une enquête délicate: dans une ruelle à deux pas d'un bordel, le corps d'un officier britannique est découvert sans vie. Que faisait-il dans ce quartier pauvre et populeux en pleine nuit? Comment se fait-il que les hommes du gouverneur aient eu vent de l'assassinat aussi rapidement, alors que le vigile n'a trouvé le corps qu'à sept heures du matin? La situation, déjà compliquée, pourrait devenir explosive si le capitaine ne trouve pas très vite le ou les coupables: "Quand la nouvelle se répandra qu'un haut fonctionnaire britannique -un de ses assistants les plus proches de surcroît- a été assassiné...les révolutionnaires s'en donneront à cœur joie. Qui sait ce qu'ils auront l'audace de faire ensuite." (Page 43)...Cette attaque démontre "que certains Indiens au moins ne se considèrent plus comme inférieurs, au point de réussir à assassiner un membre aussi en vue de la classe dominante, et ensuite qu'elle détruit la fiction de notre supériorité." (Page 163).
    Wyndham commence une enquête difficile dans une ville dont il ne connaît ni les tenants, ni les aboutissants, ni les coutumes des autochtones. Heureusement que le jeune sergent Banerjee, dévoué et efficace, est là pour le seconder. C'est alors que Taggart les envoie enquêter sur l'attaque du train de Calcutta, à une heure au nord de la ville, attaque qui s'est soldée par le meurtre du surveillant du train. Pourquoi de vulgaires brigands attaqueraient le train, tueraient un surveillant et partiraient sans avoir rien volé?
    Cette attaque aurait-elle un lien avec le meurtre du fonctionnaire britannique? Si oui, lequel? Dans ce cas, aurait-elle été perpétrée par des terroristes? Dans quel but? Cela signifierait-il que ce meurtre ne serait qu'un début et non un aboutissement...Wyndham et Banerjee devront s'efforcer de déjouer le complot en usant de toute leur perspicacité, écumant lieux mal famés, quartiers indigènes et fumeries d'opium, où le danger guette à chaque coin de rue.
    Contexte politique servant de canevas au roman:
    La situation du Bengale, cette province plus grande que la France, pour laquelle le vice-roi avait décidé, quinze ans plus tôt, de couper la présidence en deux, décision très mal perçue par la population qui y avait vu une tentative de diviser pour mieux régner.=>Expliquant l'ambiance survoltée qui règne à l'arrivée de Wyndham, notamment depuis l'entrée en vigueur des lois Rowlatt qui "autorisent à boucler quiconque est soupçonné de terrorisme ou d'activités révolutionnaires. Nous pouvons le garder derrière les barreaux pendant deux ans sans procès." (Page 21)
    Et la fondation du groupe Jugantor: les services secrets soupçonnant ses membres d'avoir mis au point un plan leur permettant "d'acheter des armes au Kaiser, s'emparer de Calcutta et fomenter l'insurrection des régiments indigènes de l'armée indienne dans tout le pays. Ils décrivent les liens du groupe avec des organisations indiennes séditieuses implantées aussi loin que Berlin ou San Francisco et décrivent comment les fonds destinés à payer les expéditions d'armes étaient acheminés à travers ces organisations." (Page 171) =>Climat politique instable rendant toute enquête policière délicate à mener, qui plus est pour retrouver l'assassin d'un ressortissant britannique.
    L'un des principaux atouts de L'attaque du Calcutta-Darjeeling, outre son écriture agréable à lire, réside dans la capacité de l'auteur à reconstituer le contexte politique de l'Inde en 1919: les préjugés racistes à l'encontre des autochtones, la barrière linguistique qui rend compliqués les interrogatoires, l'attitude arrogante des Anglais =>Aspects vus à travers le regard du capitaine Wyndham, nouveau venu, donc pas encore perverti, et celui du sergent Banerjee, qui s'efforce de rester neutre. Ces deux points de vue radicalement opposés permettent au lecteur d'aborder l'histoire avec en mains toutes les ressources nécessaires pour appréhender le plus objectivement possible les conditions dans lesquelles les personnages vont enquêter.
    Le+: l'enquête ancrée dans les réalités politiques et sociales du Bengale en 1919: "Les preuves que nous avons sont purement indirectes. Rien ne relie directement Sen à l'assassinat de Mac Auley ou à l'attaque du train. Aucun tribunal ne condamnerait un Anglais sur la base des éléments dont disposons. Mais selon les lois Rowlatt la réputation de Sen suffit pour l'envoyer à la potence." (Page 247). Situation complexe qui lie les mains de Wyndham et l'empêche de mener une enquête objective: "Avant de venir en Inde, je n'aurais jamais imaginé une chose pareille...Et pourquoi? Parce qu'il est plus facile de le condamner que de prouver son innocence. Parce que cela contribuerait à affermir ma réputation dans un nouveau poste. Parce que la vie d'un Indien a moins de valeur que celle d'un Anglais." (Page 248). 
    Le ++: sous une vision sarcastique et polémique de la présence britannique en Inde pointe le profond humanisme de l'auteur, mettant en exergue le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et à lutter pour leur indépendance, sans agressivité ni amertume. Un roman lucide, profondément humain qui soulève des questions politiques et morales tellement d'actualité.

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