"Quand arrive la pénombre" : le grand maître catalan Jaume Cabré a encore frappé

mercredi 19 février 2020

En 13 histoires courtes et noires, Cabré explore le pouvoir de l'imagination

"Quand arrive la pénombre" : le grand maître catalan Jaume Cabré a encore frappé

C’est l’heure des monstres chez Jaume Cabré, auteur, notamment, du sublime Confiteor en 2013. Dans les 13 nouvelles de Quand arrive la pénombre, à la lisière parfois du fantastique et de l’absurde, et en cousinage parfait avec Borges, Cabre raconte des histoires courtes et noires qui mettent en scène un tueur à gages, une célébrité en crise de paranoïa ou le commanditaire d’un meurtre, le sosie d’un dictateur, un pédophile libéré après avoir purgé sa peine, animé de la même bestialité immonde.

La pénombre, ici, c’est le moment qui précède le néant du crime. Le moment où les consciences s’absentent à elles-mêmes ou, au contraire, affirment leur cruauté froide.

 

Déjà dans Confiteor, la place du mal était centrale. Même questionnement dans Quand arrive la pénombre. Ici comme dans son précédent recueil, Voyage d’hiver, les personnages reviennent d’une nouvelle à l’autre, un secret laissé intact ici s’élucidera là. Plus qu’un recueil de nouvelles, ce livre est une articulation sophistiquée de 13 textes sécants, d’une amoralité de bonne tenue.

 Motif récurrent du livre, une toile de Millet, dans laquelle des personnages viendront se perdre, au sens propre comme au figuré. Il faut une plume sacrément sûre d’elle pour embarquer le lecteur dans un recueil aussi dangereux et formidablement évocateur. Plus qu’un écrivain, Jaume Cabré est un alchimiste. Son œuvre, comme chacun de ses livres isolément, creuse la question de l’identité de la littérature, la malmenant, l’obligeant à se regarder sans complaisance, la perçant à jour et ne lui épargnant rien, pourvu qu’elle donne le meilleur d’elle-même, et un peu plus encore.

 

Le sujet de l’écrivain comme démiurge est patent dans Quand arrive la pénombre, ainsi que le dévoile l’un des personnages, écrivain, dans « Les Mains de Mauk », qui se demande « s’il était le dieu qui commandait aux personnages qu’il créait, pourquoi ne serait-il pas le dieu des personnes qui l’entouraient ? ».

La question des frontières entre le réel et la fiction, le pouvoir de l’imagination qui déborde de son lit, sont non seulement au cœur de ce recueil, mais des grands questionnements qui fouaillent notre temps. 

 

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