Pour cette revue de presse nous avons décidé de célébrer la vie !

mardi 15 novembre 2016

La revue de presse littéraire du mois de novembre

Pour cette revue de presse nous avons décidé de célébrer la vie !

La saison des prix touche à sa fin. Renaudot et Goncourt ont bien été remis. Et nous avons dans une série de documentaires de France Culture, tout appris sur les prix. La vie littéraire peut reprendre un cours paisible, comme une lecture au coin du feu, un dimanche d’hiver. Mais la vie, le 13 novembre dernier, a heurté avec fracas le mur de l’obscurantisme. Nous avons sobrement commémoré les morts du Bataclan. Aussi, en hommage, nous avons décidé de célébrer la vie dans cette revue de presse, celle que l’on trouve dans les livres, et celle d’en dehors.

 

Commençons par celle qui dès le lendemain des attentats avait célébré la vie : Danielle Merian, vite surnommée la « Mamie du web».  Télérama dresse le portrait de celle qui avait rappelé à tous que Paris est une fête et qui aujourd’hui, aidé par la plume de l’écrivaine Tania de Montaigne, publie un récit intitulé Nous n’avons pas fini de nous aimer (Editions Grasset). Danielle Merian a voulu en faire « un murmure à la jeunesse, car j’aimerais que ce soit elle qui le lise» confie-t-elle à Christine Ferniot. Et s’il est une leçon qu’elle aimerait que nous retenions, c’est celle-ci : « Faisons, c’est là qu’est la réponse, c’est la clé qui ouvre toutes les portes. Mains tendues, cœur ouvert, s’il est un pari à faire, c’est bien celui de l’amour. »

 

S’il est un lieu qui donne de l’amour à la louche, c’est bien la cuisine. A l’instar de ses collègues de Lire qui ont consacré un numéro à la cuisine des écrivains, ou peut-être inspiré par les nombreuses recensions de Houellebecq aux fourneaux de Jean-marc Quaranta, L’Obs suit Mathias Enard, «un Goncourt aux fourneaux». Alors que ce dernier publie un recueil de poèmes Dernière communication à la société proustienne de Barcelone (Editions Inculte), fin octobre, il assure la promotion de son  recueil à bord  d’une péniche sur la Meuse à l’initiative d’une librairie liégeoise. Mathias Enard se livre en cuisine et « le menu annonce du chorizo portugais en meurette, des feuilletés ottomans, une crème de riz à l’iranienne au safran et à l’eau de rose. Le plat de résistance vient du Grand Dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas : un sanglier mariné au cassis.» Il faut dire que l’auteur possède un restaurant à Barcelone et s’y connait en matière de littérature gourmande puisqu’il avait préfacé en 2010 l’essai de Johan Faerber aux éditions Inculte La cuisine des écrivains, en s’y livrant à un éloge du lard en littérature, lui le maximaliste à la plume corpulente. « L’écriture, disait-il, est faite de gras pour la «réception des sucs», de sel pour exhausser les goûts. Le roman est le fruit de marinades longues et de réductions. L’écrivain émince, découpe, pare, ébouillante, pèle, déglace. Sa poubelle est pleine de légumes qui ont servi pour le bouillon, qui ne figureront pas dans l’assiette, mais dont le goût fantôme hante la pièce de viande.» Pourtant le journaliste David Caviglioli ne peut s’empêcher de remarquer que dans les romans de Mathias Enard, les personnages sont rarement à table. Ce dernier se fige. « C’est vrai ça, dit-il. Comment ça se fait, putain ? » Mystère de la cuisine des écrivains.

 

Sous la plume de Yann Perreau dans les Inrocks, Javier Cercas, star de la littérature hispanique qui publie Le point aveugle et Le Mobile (Actes Sud) revient quant à lui sur ce qu’est le plat de résistance de l’écrivain : le roman. « Le roman n’est pas un divertissement (ou n’est pas que cela), il est avant tout un outil de recherche existentielle, un outil de connaissance de la nature humaine, et c’est pourquoi Hermann Broch disait que tout roman qui ne découvre pas une parcelle jusqu’alors méconnue de l’existence est immoral ». « Ecrire un roman consiste à se poser une question complexe et à la formuler de la manière la plus complexe possible, et ce non pour y répondre (...) : écrire un roman consiste à plonger dans une énigme pour la rendre insoluble, non pour la déchiffrer ». Complexité de la recette, mais quelle doit être la place de celui qui est à table avec l’écrivain, le lecteur ? « Pour prendre place dans l’œuvre, pouvoir la créer main dans la main avec l’auteur, pour se l’approprier, le lecteur a besoin que l’auteur lui concède un espace (...) qu’il lui ouvre une brèche, une porte d’entrée subtile sur son hermétisme et son monde : cette brèche, c’est le point aveugle.» Après tout, manger dans le noir est très à la mode.

 

S’il en est une qui s’est confrontée à la noirceur pour en tirer des sucs littéraire, c’est Edna O’Brien dont Marc Weitzmann fait le portrait pour Vanity Fair. La romancière irlandaise est « une des romancières les plus admirées par le monde des lettres ». « Je crois que tout écrivain qui renonce au bain d’émotions dans lequel il a évolué depuis ses premiers attachements est perdu, dit Edna O’Brien aujourd’hui. Ce mélange conflictuel d’amour, de ressentiment, de peur et de haine qui le constitue est son cauchemar et sa chance. Evidemment c’est très dur. Cela demande d’être totalement isolé, totalement iconoclaste et totalement déterminé.» Et de détermination Edna O’Brien en a fait preuve tout au long de sa vie fantasque et habitée par la passion de l’écriture. Elle a certes passé « une nuit chaste avec Marlon Brando et entretenu une liaison avec Robert Mitchum » mais elle a surtout réussi à s’émanciper de « l’univers étouffant et noir dans lequel elle se mouvait (dans sa jeunesse) : « Vais-je leur écrire que je les hais ? (...) Lui qui m’a assassinée dans mes inclinations les plus intimes, au point que je marchais le dos voûté, ne pensais pas sans frémir (...), elle qui n’a cessé de m’asticoter avec une aiguille d’emballage en guise de cœur et une grosse balle de ficelle pour toute volonté, et chaque fois que je partais au loin elle me rappelait vite, vite dans le monde de la bouillie et des entrailles en folie, les chambres froides et obscures qui empestaient la boisson et le vomi (et ) attendaient la commission du prochain pêché abominable.» La version papa maman, la bonne et moi de la petite Edna.

 

« S’échapper en se réfugiant dans l’écriture, en affrontant le monde indirectement dans un face-à-face vital et violent avec les mots » telle est aussi la vie de la Prix Nobel de Littérature autrichienne, Elfriede Jelinek, que Christine Lecerf a rencontré pour Le Monde des livres. Depuis 2009, cette dernière poursuit sa démarche très particulière sur son site, http://www.elfriedejelinek.com/ , franchissant « un pas de plus dans la radicalité politique et artistique en désertant le marché du livre, et en postant au jour le jour les pages de son « roman privé » Neid ( « Envie » non traduit). Les textes de Jelinek appartiennent désormais à tout le monde et à personne (...) Plus rien n’est sacré ni éternel. Et en plus c’est gratis ! » Elfriede Jelinek s’en explique  « Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, vous n’avez rien payé, moi, j’ai payé de ma vie, mais ça, ce n’est pas votre problème. » Pour tous ses lecteurs qui ne pratiquent pas la langue de Goethe, le site n’étant pas traduit, avouons que c’est un peu dur à digérer.

 

S’il en est un qui a croqué la vie, c’est bien Jack London, dont les œuvres complètes viennent de rentrer dans La Pléiade. Pour parler de l’auteur de L’appel de la forêt  et de Martin Eden, Marianne sous la plume d’Alain Léauthier interviewe Noël Mauberret un de ses meilleurs spécialistes : « Pour comprendre cette boulimie de vie et d’écriture - 50 livres et nouvelles, des dizaines d’articles et une correspondance de 1000 pages en vingt ans - il faut, je crois, partir de ce qu’il a connu tout jeune. Dans les divers petits jobs qu’il a exercés, London a été littéralement exploité comme une bête, mais paradoxalement, il a cru un temps au credo du capitalisme américain, partir de rien pour arriver tout en haut, avant finalement de déchanter et, en 1894 de se joindre à la fameuse marche de protestation des chômeurs vers Washington. Il n’ira pas jusqu’au bout et visitant Chicago, sera arrêté et emprisonné à Niagara Falls. « J’ai touché le fond de la fosse sociale » dira-t-il. C’est un évènement fondateur au terme duquel il s’est juré de ne plus jamais vendre ses muscles mais sa seule matière grise au rythme de 1000 mots par jour ! « Pourquoi écrire autant ? lui demandera-t-on un jour. - Mais parce que vous me payez ! »» Il faudra en parler à Elfriede ou à Mark Greene.

 

Ce dernier est à l’honneur dans le Figaro Littéraire sous la plume de Sébastien Lapaque avec son dernier ouvrage Comment construire une cathédrale (éditions Plein Jour). Dans ce texte, Mark Greene médite sur la vie et ses entreprises qui ressemblent parfois à des châteaux de sable, en rendant hommage à la vie de Justo Gallego : « Fils d’un petit agriculteur, il avait été novice dans un monastère, près de Soria, dont il fut expulsé par crainte d’une contamination, après avoir contracté la tuberculose. Réfugié chez sa mère et sa sœur (son père était mort quand il n’avait que neuf ans), il parvint à guérir et dès lors, il se mit en tête de construire une cathédrale, seul, de ses propres mains, sur un terrain agricole appartenant à sa famille. » Depuis lors, Justo Gallego « fait monter vers le ciel une cathédrale à Mejorada del Campo, sans permis ni formation d’architecte et lit. » ...C’est la perception de l’écart intolérable entre l’énormité de son désir et la petitesse de la réalité qui l’a poussé vers la voie mystique. «Il faut lire (...) pour trouver la vérité. Il faut être en quête de vérité. Les gens oublient ce qu’ils lisent. Toute ma vie, j’ai cherché la vérité. Rien d’autre ne m’a jamais intéressé. Chercher la vérité !»»

 

La vérité est ailleurs, et c’est cette envie d’ailleurs qu’Atticus Lish, auteur de Parmi les loups et les bandits (Edition Buchet Chastel) a voulu raconter en suivant Zou Lei, une jeune chinoise qui débarque aux Etats-Unis. Dans Transfuge, Oriane Jeancourt Galignani rencontre cet américain musclé. Preparation for the Next Life est le titre original de ce roman : « Un jour, je me suis arrêté et j’ai lu ce qui était inscrit (sur la porte de l’école religieuse musulmane à côté de chez lui), « Education pour cette vie, et celle qui suivra », la fois suivante, ils l’avaient changé pour « Préparation pour la prochaine vie ». Je crois que j’aime ce titre parce qu’on découvre mes deux personnages alors qu’ils tentent de vivre une nouvelle vie, après l’expérience de la guerre pour l’un, et dans un nouveau pays, en tant qu’immigrée illégale pour l’autre.» Et la journaliste de nous décrire ce personnage : « Jamais à ma connaissance, il n’y eut de personnage de sans-papiers aussi juste que Zou Lei. Grâce à elle, on comprend ce que signifie « sans-papiers ». C’est-à-dire sans lendemain. Zou Lei n’ayant accès à aucune possibilité de logement pérenne, à aucun contrat de travail et sous la menace constante de l’arrestation, ne peut nourrir aucun projet sinon celui de se terrer. C’est l’animal dans le terrier décrit par Kafka, qui ne connaît pas la lumière du jour, mais sait qu’elle le tuera. Les sous-sols de la vie de Zou Lei sont ceux des traiteurs chinois, ou des logements à bas prix du Queens. La jeune femme est condamnée à un atroce carpe diem : vis le jour présent, puisque ta vie entière sera un présent, caché. Vis le jour présent, et nourris toi du passé, puisque l’avenir n’aura pas lieu. Les sans-papiers sont comme d’extrêmes vieillards, dont la seule perspective serait d’en finir bientôt, pour cesser d’avoir peur de la fin.»

 

Pour terminer, apprécions un carpe diem joyeux, celui de Philippe Delerm qui publie son Journal d’un homme heureux (Seuil). Dans le supplément Version Femina du Journal du Dimanche, on compare ce récit des années 1988 à 1989 à la chaleur « d’un bon feu de cheminée » et on parle d’un « effet chocolat chaud garanti ! » Avouons qu’après toutes ces lectures, cela ne nous fera pas de mal de suivre l’exemple de Philippe Delerm qui nous avoue : « J’aime bien rêver à des choses que j’ai déjà. »

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