Pépites de la rentrée littéraire 2017 "Danser au bord de l’abîme" de Grégoire Delacourt

lundi 09 janvier 2017

La chronique de Geneviève Munier

Pépites de la rentrée littéraire 2017 "Danser au bord de l’abîme" de Grégoire Delacourt

Danser au bord de l’abîme de  Grégoire Delacourt paru le 2 janvier aux éditions JC Lattès

 

C’est grâce à son deuxième roman que j’ai découvert l’écriture de Grégoire Delacourt. En 2012, dans le cadre d’un jury littéraire dont j’étais membre, j’avais eu à lire La liste de mes envies, énorme succès par la suite. J’en avais personnellement aimé la justesse, la profondeur, l’humanisme. Si je n’ai toujours pas lu son premier roman, j’ai beaucoup aimé les suivants, avec une préférence pour On ne voyait que le bonheur. Il était impensable que je laisse passer la sortie du petit dernier.

Danser au bord de l’abîme, tout un programme, nous raconte l’histoire d’une nouvelle héroïne : Emmanuelle – ou Emma pour la plupart de ses proches – quarante ans, mariée, mère de trois enfants. Elle aime son mari et mène une vie heureuse jusqu’au jour où… jusqu’au jour où… un visage d’homme, une serviette blanche, une bouche délicatement essuyée font basculer cette vie rangée. Le désir va s’immiscer et tout balayer.

Délicatement, nous entrons dans l’intimité d’Emma, et comprenons que sous des dehors tranquilles, un bonheur simple, confortable, établi, couve un feu inassouvi. Tout est trop calme. Finies les envolées de ses premiers instants de vie avec Olivier, terminés les débordements, les regards pleins des promesses à venir, les effleurements, les affolements. Emma a besoin de se sentir vivre, de valser, de virevolter, de se mirer dans des yeux nouveaux, d’être ″rallumée″, de ″danser au bord de l’abîme″. Elle ne veut pas quitter son mari par manque d’amour pour lui, mais pour son désir à elle. Car ″la vie est la courte distance entre deux rives″ et Emma veut parcourir cette distance. Elle veut vivre !

Grégoire Delacourt n’a pas son pareil pour parler des femmes, de la Femme. Ce roman sur l’amour, le désir, la liberté, le choix, la vie, la maladie, la mort aussi, est porté par sa magnifique écriture, subtile et fine, gracieuse, tendre et sensible. Et en fil rouge – belle idée, je trouve – habilement mêlée à celle d’Emma, l’histoire de la Chèvre de Monsieur Seguin, n’est-ce pas Blanquette, la liberté… Et nous passons régulièrement du plaisir aux larmes, car on le sait bien et l’auteur aussi, la liberté des uns…. Alors, que faisons-nous de nos vies ? Emma décide de suivre ses aspirations. Elle sait qu’elle fera mal aux autres, mais rester, résister, ne pas suivre sa route, ne pas laisser libre cours à son désir profond, ce serait s’étioler, se faner, mourir à petit feu. Emma, non, ce n’est pas Emma Bovary, c’est vous, c’est moi, et la grande force de ce récit est de contenir en une toutes les autres femmes.

J’ai adoré me laisser emporter par la petite musique des mots, par Madame Butterfly, Orphée ou le Trouvère, j’ai aimé m’enivrer des vins prestigieux dégustés jusqu’à l’excès, partager l’amour d’Emma et d’Alexandre, pleurer au chevet d’Olivier, me réchauffer dans les bras de Mimi et j’en suis ressortie terriblement bouleversée, le cœur en vrac, les yeux en larmes, les mains tremblantes.

J’étais la petite chèvre regardant la montagne du fond de mon canapé.

 

© Geneviève Munier   

 

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