Partir à la découverte de la mère d’Aragon, avec "Une femme invisible" le roman de Nathalie Piegay

lundi 24 septembre 2018

Si l'on vous dit Marguerite Toucas-Massillon... Louis Andrieux ? Cela vous éclaire-t-il ? Alors pour savoir, venez par ici !

Partir à la découverte de la mère d’Aragon, avec "Une femme invisible" le roman de Nathalie Piegay

Avec Une femme invisible, Nathalie Piegay n’écrit pas sur une femme qui a marqué l'histoire, ou qui a laissé derrière elle autre chose que des bribes et un fils, mais bien sur une femme qui n'apparaît que dans l'ombre que projettent les grands hommes.

Qui est-elle ?

Nous avons proposé à deux lectrices de découvrir ce roman... Avec elles, partons à la découverte de la mère invisible du poète Louis Aragon.

 

 

L’avis de Miss Marple :

Quelle tristesse, quelle mélancolie ! Rien qu'à regarder le portrait sur le bandeau du livre, bien choisi en fait !! Nous savons que l'histoire sera triste, sans joie, même si les couleurs choisies rehaussent un peu le visage grave, les yeux fixant un point au-delà de l'artiste, légèrement en biais.

Le portrait est celui de Madame Matisse mais nous ne lirons pas son histoire, elle n'est pas le sujet du livre.

 

Si je vous dis Marguerite Toucas-Massillon... en savez-vous plus ?

Louis Andrieux ? Cela vous éclaire-t-il davantage ?

Si vous êtes comme moi !! non !! 

Vous ne connaissez pas ces deux noms ! Pourtant ensemble ils ont «  fait » œuvre commune, fabriqué et donné naissance à un fils, connu et reconnu pour ses écrits, poétiques parfois, politiques d'autres fois, son appartenance au Parti Communiste jusqu'au bout.. Son nom est associé à un prénom.. Elsa !

Oui ça y est ! Louis Aragon.

Vous allez découvrir son enfance, sa vraie mère, sa fausse mère, son géniteur, son parrain, son grand-père fuyard, toute sa famille ainsi que celle qu'il s'est créée au cours de son existence, depuis les beaux quartiers d'une enfance bourgeoise désargentée à ses convictions politiques : des amis tels Drieu La Rochelle, Henry de Montherlant jusqu'aux surréalistes, dadaïstes tels Breton and co.

Peut-être comme moi allez-vous comprendre pourquoi vous n'avez jamais apprécié cet homme, pourquoi il a autant maltraité sa mère que son père l'avait fait pour d'autres raisons et sans doute aurez-vous envie de prendre Marguerite par la main, de la consoler, de lui donner enfin la tendresse qu'elle mérite.

Nathalie Piegay a écrit un bien beau livre, riche de recherches mais aussi d'inventivité ; elle a sans aucun doute passé un temps infini à suivre Marguerite à la trace pour nous faire emprunter le même chemin, pour la faire vivre ; elle a pensé Marguerite, elle a vécu Marguerite, Marguerite a pris possession de sa vie ! C'est un beau cadeau ! Merci

Je remercie les éditions du rocher et lecteurs.com pour cette découverte.

 

© Miss Marple

 

L’avis de Bénédicte Junger :

Cela fait maintenant plusieurs romans que je lis sur les années folles et les années qui en découlent. L'excellent roman, La nuit pour adresse de Maud Simonnot sur Mac Almon, l'attachante Légende d'un dormeur éveillé sur Robert Desnos de Gaëlle Nohant et le portrait à quatre mains des sœurs Berest sur leur grand-mère, épouse de Picabia dans le roman Gabriële. J'aime donc cette époque, cette effervescence créatrice, ces prises de positions fortes des artistes et bien sur la musique d’Éric Satie. Lisez à ce propos l'excellent livre de Stéphanie Kalfon Les parapluies d'Erik Satie.
Celui-ci s'inscrit dans une singularité car comme son nom l'indique il s'attache à explorer la vie d'une femme de l'ombre, la mère de Louis Aragon.

L'auteure construit le roman autour du personnage de la mère d'Aragon, Marguerite Toucas-Masillon. Par ricochet, on assiste alors à de nombreuses scènes d'enfance, d'adolescence du poète vue par sa génitrice. Ces scènes sont touchantes, bien écrites et originales.

"Ne marche pas pieds nus sur le linoléum", Marie et Claire le répètent chaque jour.
"Ne marche pas pieds nus sur le linoléum."
Il dira que c'est ainsi que le rythme de l'alexandrin lui est entré dans l'oreille.

Cependant, si le propos du roman est clairement annoncé, l'auteure intervient également en son nom, explicitant les difficultés rencontrées à rétablir l'existence de cette femme invisible.

J'ai aimé le rythme du roman, sa construction. Petit à petit les personnages prennent de la profondeur. Le père d'Aragon devenu son parrain, sa mère devenue sa sœur par peur du qu'en dira-t-on, tout ce flou autour de la naissance est un ressort romanesque largement exploitée par l'auteure.

"Rien n'est vrai, tout est inventé, mais l'enfant est baptisé. Il a tôt compris que la vérité n'existe pas, qu'il faut lui préférer l'entre chien et loup de l'invention. D'autres en auraient perdu la raison. Il y a gagné le battement de l'imagination."

La passion cachée entre le père et la mère donne lieu à des descriptions très poétiques sur le manque et l'attente. Nathalie Piégay brosse le portrait complexe d'une femme déchirée entre un amour impossible et un enfant dont elle ne peut ouvertement réclamer la maternité. Cette femme trouvera refuge dans l'écriture de feuilleton pour la presse féminin où elle aura loisir de réinterpréter sa vie. Elle aura ainsi l'impression ou l'illusion de se rapprocher de son fils alors qu'elle vit ses derniers jours seule dans le sud de la France.

Ce livre invite à découvrir ou redécouvrir Aragon. Il est une porte ouverte sur la littérature.

© Bénédicte Junger

 

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