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Magique, hypnotique et douloureux : "Une bête aux aguets" - Rentrée littéraire 2020

mercredi 16 septembre 2020

Le nouveau roman de Florence Seyvos est une lecture d'une intensité rare

Magique, hypnotique et douloureux : "Une bête aux aguets" - Rentrée littéraire 2020

Florence Seyvos fait partie des têtes de pont de cette rentrée, avec, déjà, une nomination au Prix Wepler et au Prix littéraire du Monde.

Déjà gratifiée du Goncourt du premier roman pour Les Apparitions, et de très belles collaborations en littérature jeunesse, notamment avec Claude Ponti, elle revient avec Une bête aux aguets (ed. de l’Olivier) immédiatement repéré dès sa sortie.

Un texte qui ne laisse pas indemne, comme l’exprime Geneviève, membre des Explorateurs de la rentrée littéraire 2020.

 

Il est des romans – rares – dont je ne sais comment je vais me remettre de leur lecture. Une bête aux aguets, dernier roman de Florence Seyvos, fait partie de ceux-là. Je l’avoue d’emblée, cette lecture m’a procuré plus de souffrance que de plaisir. Pourtant, une fois commencé, je n’ai pas lâché cet ouvrage avant d’avoir tourné la dernière page.

Il raconte l’histoire d’Anna. A douze ans, elle souffre d’une rougeole, compliquée d’une pneumonie. Une forte fièvre l’envahit pendant plusieurs jours jusqu’à ce qu’un soir sa mère fasse appel à un certain Georg. Que lui a-t-il fait ? Que sont ces pilules blanches et bleues qu’elle doit prendre de manière parfaitement régulière ? Le mystère s’installe tout au long du récit. Un récit servi par une écriture magique, hypnotique.

Telle une vague, une véritable déferlante, les mots organisés en phrases courtes et percutantes m’ont emportée. Ils m’ont fait partager les affres de cette adolescente. Car elle souffre, Anna, elle souffre de ces voix qui l’entourent, susurrent à ses oreilles, des sons qui envahissent sa tête, elle souffre de se regarder dans le miroir car le visage qu’elle y découvre, non ce n’est pas le sien, mais un autre, qui se déforme et la terrorise. Elle a peur de ces formes qui se déploient sans qu’elle sache d’où elles viennent, ni ce qu’elles veulent. Elle a peur de cette bête qu’elle sent aux aguets – le titre de l’ouvrage ne pouvait être mieux choisi – cette bête qui sans cesse revient et finalement vit en elle.

 

Avec un rythme qui jamais ne ralentit, une intensité des propos hors du commun, lire ce roman c’est se mettre en apnée, avoir la gorge serrée, les larmes au bord des yeux et la crainte au ventre. Le talent de l’auteure m’a subjuguée qui parle tellement bien d’une pathologie jamais nommée mais qu’il m’a semblé deviner. Elle la décrit dans ses moindres détails, dit les attitudes avec précision, l’amour qui apaise, la faim qui n’existe plus, les ordures qui s’amoncellent, la douleur de la mère et le regard étonné des autres.

Hypnotique, je l’ai dit, mais aussi poignant, émouvant, dérangeant, Une bête aux aguets aura bien du mal à déserter ma mémoire.

Geneviève Munier

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