Lire "Idiss" de Robert Badinter, l’histoire d’une famille juive émigrée en France à la fin du dix-neuvième siècle

mardi 11 décembre 2018

Au travers des souvenirs de l’enfant, le portrait d’une grand-mère courageuse et attentionnée

Lire "Idiss" de Robert Badinter, l’histoire d’une famille juive émigrée en France à la fin du dix-neuvième siècle

Christine Faura, notre lectrice du mois de décembre, a découvert Idiss le roman de Robert Badinter.

Elle nous donne ici ses impressions de lecture et répond à nos questions.

 

l'avis de Christine :


Idiss est une jeune mère du Yiddishland qui se bat pour nourrir sa famille en l’absence de son mari enrôlé dans l’armée russe dans les années 1890.
Idiss est une femme qui traverse l’Europe avec sa fille Charlotte pour rejoindre son mari et ses fils en France, terre d’accueil pour les Juifs méprisés et persécutés de Bessarabie, la France qui pour moitié a défendu Dreyfus, la France de Victor Hugo.
Idiss est une femme âgée qui se meurt du cancer et du froid au printemps 1943 dans Paris assiégé par l’occupation allemande.


Mais Idiss est surtout la grand-mère de Robert Badinter qui lui dédie ce livre, sa grand-mère bien-aimée. Et au travers du récit de sa vie, son petit-fils conte l’histoire d’une famille juive émigrée en France à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, avec ses joies et ses peines : le bonheur familial, car la famille et son foyer sont devenus la patrie d’Idiss, quel que soit l’endroit où elle se trouve ; et les peines, quand l’antisémitisme fui se répand comme une plaie monstrueuse.


Robert Badinter narre le travail acharné de cette famille partie de rien et son ascension sociale, jusqu’aux spoliations de l’ennemi avant et pendant la guerre, les angoisses et les peines renouvelées. Il évoque l’amour de son père pour la France, son engagement à la défendre et sa passion de la langue française, la seule qui doit être parlée dans son foyer. Sa mère Charlotte, la fille d’Idiss, est celle qui inculque la réserve à ses fils, car "Un homme ne pleure pas".


Finalement, seules les années d’entre-deux guerres ont été fructueuses et empreintes de bonheur. Car bientôt le malheur s’abattra à nouveau sur la famille d’Idiss : Simon est ainsi "dépouillé des fruits de son passé et privé des moyens d’assurer notre avenir", les lois xénophobes et antisémites déniant crescendo les droits de travailler et de circuler, voire de s'alimenter.


Et la pudeur des relations dans cette famille, où l’on ne dévoile pas volontiers ses sentiments, n’empêche pas ses membres de souffrir profondément des décisions ultimes qu’ils doivent prendre : "Charlotte devait choisir de laisser sa mère mourante dans Paris occupé (...) pour rejoindre son mari en zone libre, ou demeurer (...) à soigner Idiss (...). Ce choix-là, elle ne pouvait l’assumer."

 

Au travers des souvenirs de l’enfant Robert, se dessine le portrait d’une grand-mère courageuse et attentionnée, qui l’a quasiment élevé, l’accompagnant à l’école, au jardin et au cinéma. Quand l’auteur parle d’elle, on ressent l’immense tendresse partagée dans cette relation de l’aïeule avec l’enfant. "Je savais par ma mère quel amour Idiss nous portait, à mon frère et moi, et les rêves qu’elle nourrissait pour notre avenir, qu’elle voyait toujours brillant." On note l’admiration de l’amoureux des belles lettres pour cette femme qui s’acharne à apprendre quelques mots de français au détour des devoirs de ses petits-fils ou des caractères imprimés du journal.


C’est tout un monde de sensations, olfactives pour beaucoup tels "le parfum d’eau de Cologne", "le croissant", ou visuelles avec les sorties du jeudi au cinéma, "cette passion tissait entre nous des liens particuliers, car ces plaisirs nous étaient communs et nous étions les seuls à les partager", qui relient encore le vieux monsieur de quatre-vingt-dix ans à cette grand-mère quittée à grand regret pour se mettre à l’abri des rafles.
Et malgré les valeurs qu'il a reçues, il choisit dans ce livre de montrer qu’un homme peut pleurer "dans son cœur quand il voit sa mère souffrir et qu’il ne peut rien pour elle".


J’ai été très émue, profondément touchée par l’hommage rendu par cet homme de loi si pudique, à une femme forte et tendre, et au-delà, à ceux qui ont payé de leur vie le seul fait d’avoir une ascendance juive, qu’ils s’en réclament ou non.
Je remercie les Éditions Arthème Fayard et Lecteurs.com pour m'avoir permis de découvrir ce livre bouleversant.

© Christine Faura

 

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Le livre que je relis tout le temps : une fois par an, je relis Laisse-moi te raconter... les chemins de la vie de Jorge Bucay.

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Je suis une lectrice passionnée, éclectique, j’aime suivre des auteurs et des séries, mais aussi découvrir de nouveaux talents et des univers vers lesquels je ne serais pas allée de moi-même.

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