Les heures solaires de Caroline Caugant, un roman sur les secrets de famille refermés

lundi 11 mars 2019

Nos lectrices Geneviève et Françoise vous donnent leurs avis. A découvrir d’urgence !

Les heures solaires de Caroline Caugant, un roman sur les secrets de famille refermés

Deux lectrices passionnées et complices nous partagent leurs avis sur ce nouveau roman de Caroline Caugant publié aux éditions Stock. Un grand merci à elles pour leur point de vue qui nous donne envie de découvrir ce roman.

 

L’avis de Geneviève :

 

C’est une nuit claire. Pas le genre de nuit qu’aurait choisie Louise pour s’en aller. Elle aurait préféré une nuit d’orage. Partir avec fracas. C’est ainsi que commence le roman de Caroline Caugant au titre lumineux : Les heures solaires. Et en lisant ces quelques mots, j’ai eu l’impression de découvrir un morceau de laine que l’on pouvait tirer pour dérouler tout l’ouvrage. C’était vrai.

A peine commencé, j’ai su que je ne pourrais m’arrêter, que les mots premiers en entraîneraient d’autres de manière inexorable. J’ai eu l’impression de rester en apnée, de ne plus respirer, tendue vers la suite, la fin, curieuse de découvrir tous les mystères subodorés de ce récit. Et pourtant, pour moi qui ai peur de l’eau, justement, il en est beaucoup question dans cette histoire. Cette histoire, c’est celle de Billie, dans la trentaine, artiste qui prépare sa prochaine exposition. Elle apprend soudainement l’accident qui a coûté la vie de sa mère, Louise : elle s’est noyée. Sa mère, Billie ne la voyait plus guère. Son village d’enfance, elle n’y était jamais revenue. Mais l’heure a sonné du retour à V., petit village niché dans l’arrière-pays méditerranéen. Et comme souvent dans ces cas-là, ce retour aux sources est synonyme de recherche sur soi, son enfance, son adolescence, ses chagrins, ses amours, et les fameux mystères.

Caroline Caugant nous dresse de merveilleux portraits de femmes, trois générations reliées entre elles par un fil invisible, la pelote qui se dévide, l’eau qui coule. Tels les remous de la rivière, les souvenirs se mêlent au présent, envahissent Billie, la bousculent, l’interrogent et la lectrice que je suis avec. L’écriture vive et juste, le rythme intense, les descriptions, les listes de secrets de famille m’ont entraînée dans un grand bain à remous, car tout se mélange dans la tête de Billie. L’auteure coche toutes les cases, s’agissant de la définition du roman.

Elle a réussi à susciter mon intérêt, mon plaisir de lectrice en racontant le destin d’un héros principal (dans ce cas précis, une héroïne), une intrigue entre plusieurs personnages présentés dans leur psychologie, leurs passions, leurs aventures, leur milieu social… Elle m’a embarquée dans son monde, dans ses interrogations sur la descendance et les liens entre générations. Des monstres peuvent-ils engendrer des monstres ?

Intéressant, le texte épuré d’un certain nombre de pages aurait, me semble-t-il, gagné en équilibre et évité quelques longueurs. Pour autant, ce fut un moment de lecture vraiment agréable.

 

©Geneviève MUNIER

 

 

L’avis de Françoise

 

Une trentenaire parisienne, Billie, retourne dans le village de son enfance à l'occasion du décès de sa mère avec laquelle elle avait coupé les liens depuis longtemps. C'est alors, dans le sud de la France écrasé de chaleur, près d'une rivière, que remonte un à un les souvenirs qu'elle avait voulu occulter. Sur les traces de sa mère et de sa grand-mère la découverte de certains secrets amène Billie à comprendre les manques de son enfance et à se reconsidérer.

 

Caroline Caugant cite en exergue à son roman cette phrase d'Oscar Wilde que beaucoup d'entre nous pourrait reprendre:" Une chose dont on ne parle pas n'a jamais existé ".

 

Dans ce roman captivant sur la filiation, sur les relations mère-fille compliquées, sur les non-dits, la culpabilité, Caroline Caugant a su apporter son originalité au thème des secrets de famille. En nous distillant ses informations au compte-goutte, en alternant le récit des 3 générations, avec son style enlevé elle m'a scotchée à son récit que je n'ai pu lâcher bien que la vérité ne soit pas difficile à deviner.

 

Les 3 femmes ont des caractères forts mais sont repliées sur leur secret. C'est silence et bouche cousue dans cette famille où les hommes sont anecdotiques et l'amour maternel pas toujours présent. Caroline Caugant décortique les conséquences des non-dits qui deviennent souvent un écrasant héritage. Et, comme se demande Billie "Les monstres engendrent-ils des monstres?". Peut-on oublier d'où l'on vient? Notre vie est-elle conditionnée par les actes de nos ancêtres? Ces questions nous concernent tous.

 

Caroline Caugant a bien su rendre l'atmosphère étouffante de ce petit village du sud où la nature est omniprésente, le soleil écrasant et la rivière régénérante à moins qu'elle ne soit maudite.

 

Un seul regret pour moi, la dernière partie, «valse à trois temps», en entrelaçant le destin des 3 femmes, est peut-être poétique mais ne m'a pas convaincu et n’apporte pas grand-chose au récit.

©fflo

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