Lectrice du mois d'octobre, Virginie revient sur la rencontre avec Karine Tuil pour son roman "L'insouciance"

lundi 17 octobre 2016

Rentrée littéraire 2016 éditions Gallimard

Lectrice du mois d'octobre, Virginie revient sur la rencontre avec Karine Tuil pour son roman "L'insouciance"

L'avis de Virginie pour L’insouciance de Karine Tuil

Il est des romans qu’on termine sonné en poussant des « whaooo » tellement on a été bluffé par le récit et surtout par l’auteur. L’insouciance de Karine Tuil fait partie de ces romans. Après, il est vrai qu’il faut vouloir affronter ce récit, sa noirceur, sa vérité mais franchement, il me semble important de ne pas passer à côté de cette lecture.

Après un avant-propos percutant sur le 11 septembre et un premier chapitre puissant, péremptoire sur l’enfer afghan, Karine Tuil nous emmène dans la France d’aujourd’hui à travers quatre personnages. Nous avons tout d’abord Romain Roller, un militaire qui revient d’Afghanistan déphasé, ravagé par ce qu’il a vécu. Sur l’île de Paphos où il est assigné à résidence avant le retour en France, il rencontre Marion Decker, une journaliste et écrivain. La passion, inattendue, les traverse. Mais, Marion est mariée à un riche entrepreneur franco-américain, François Vély. Leur mariage pourtant récent se fissure progressivement par le poids des incompréhensions et par « l’affaire » qui embarque François dans des accusations de racisme et à une confrontation à son origine juive. En parallèle, l’auteure nous plonge dans la vie d’Osman Diboula. Ce fils d’immigrés maliens, ayant fait ses armes dans l’associatif au moment des émeutes de 2005, est devenu conseiller du président. Le pouvoir est une drogue et Osman s’en rend compte quand il tombe de son piédestal. Sa compagne Sonia, qui occupe aussi une place enviée dans le milieu, n’apporte pas le soutien souhaité… Son passé en banlieue resurgit au même moment en la personne d’Issa qui se radicalise. Le salut d’Osman, son retour en grâce arrive avec « l’affaire ». Lentement mais sûrement, Karine Tuil tisse la toile qui va réunir ces quatre personnages en Irak. Un voyage qui va les marquer à jamais.

Avec ce gros roman de plus de 500 pages mais découpé en courts chapitres, Karine Tuil aborde toutes les questions fondamentales que se pose notre société actuelle. Nous sommes bien au-delà d’une radioscopie du monde d’aujourd’hui, nous assistons à la lente et douloureuse vivisection de nos vies en ce début de 21e siècle : le terrorisme, le racisme, l’antisémitisme, la violence des réseaux sociaux, les luttes de pouvoirs, les enjeux géopolitiques et financiers et surtout l’identité. C’est d’ailleurs le thème qui transparaît le plus dans ce roman : chaque personnage est confronté à cette question de l’identité. Rien n’est laissé au hasard, rien ne manque, rien n’est en trop.

Après, si je voulais vraiment trouver une critique à faire, je dirais que l’histoire d’amour entre Romain et Marion est un peu trop téléphonée au départ mais franchement c’est peanuts à côté du reste !

Je ne peux que vous conseiller ce magnifique roman, bien trop décrié à mon goût par certains et je termine cette chronique par une phrase de Marion qui résume bien l’écriture de Karine Tuil : « j’écris la vie parce qu’elle est incompréhensible ».

© Virginie Vertigo

La rencontre avec Karine Tuil grâce à Lecteurs.com

 

Grâce à Lecteurs.com, j’ai eu la chance de rencontrer Karine Tuil le jeudi 13 octobre au soir chez Gallimard. J’y ai découvert une auteure très sympathique, à l’écoute de ses lecteurs et désireuse de partager ses expériences d’auteure, de lectrice et de citoyenne.

Karine Tuil nous a longuement expliqué son travail sur L’insouciance : un travail de près de trois ans avec une recherche documentaire importante et notamment des rencontres avec des soldats et leurs familles. Karine Tuil a d’ailleurs insisté sur l’importance pour elle des rencontres qui apportent toujours quelque chose même si les personnes sont très éloignées de notre mode de vie ou de pensée (je partage bien évidemment cette vision). Le choix de l’année 2009 pour ancrer le roman n’était pas une volonté de polémiquer sur les années Sarkozy mais un choix motivé par le retour de nombreux soldats d’Afghanistan et de s’éloigner de l’embuscade d’Uzbin de 2008 par respect pour les familles.

Quand la question s’est posée de savoir si elle avait eu conscience du travail considérable de son roman, de cette radioscopie de la France d’aujourd’hui, elle a avoué qu’au départ elle souhaitait surtout évoquer les épreuves personnelles en les mettant en parallèle avec les épreuves collectives. Le reste est venu progressivement au fil de l’écriture. Pour elle, ce roman est dans la continuité de ses précédents notamment L’invention de nos vies.

Karine Tuil a avoué aussi que les attentats de novembre 2015 l’ont empêché d’écrire pendant près de trois semaines, comme beaucoup d’écrivains d’ailleurs. Si l’écriture de L’insouciance n’avait pas été aussi bien avancée, elle aurait pu très bien abandonner son projet (ce qui aurait été plus que dommage !). Elle nous a dit que notre monde ne possédait que de petits fragments de bonheur et qu’il fallait en profiter au maximum quand ils s’offraient à nous.

Quand un lecteur a fait la remarque sur l’absence de personnages féminins forts dans ses romans et notamment dans ce dernier, elle a concédé que c’était vrai mais que cela était peut-être dû à son éducation mais aussi tout simplement au fait que, malheureusement, la faible place des femmes dans notre société les transforme de fait en personnages secondaires.

Enfin, cette rencontre a été l’occasion d’évoquer les écrivains que Karine Tuil affectionne : Michel Houellebecq, Tom Wolfe, Philippe Roth et Emmanuel Carrère.

Je ne peux malheureusement pas retranscrire tout ce qui a pu se dire lors de cette rencontre mais vous pouvez constater à quel point les échanges ont été riches et passionnants !

Merci encore à Lecteurs.com

© Virginie Vertigo

 

Merci Virginie pour cette chronique et ce compte rendu d'une rencontre passionnante.

Aceptez-vous également répondre à quelques questions ?

 

Le livre qui a bercé votre enfance : Le Petit Prince est évidemment une référence absolue. Cependant, j’ai une tendresse aussi pour Tistou les pouces verts de Maurice Druon, lu en primaire. C’est l’histoire d’un petit garçon qui rend le monde plus beau grâce aux fleurs.

 

Le livre qui vous donne le moral : Je n’ai pas un livre en particulier mais j’aime en général relire des Jane Austen ou du Amélie Nothomb. Même si je trouve sa production inégale, j’ai une tendresse profonde pour Amélie. Ses livres m’ont raccrochée à la lecture à un moment de ma vie où je ne lisais quasiment plus.

 

Le livre qui vous rend triste mais que vous lisez quand même : Les livres de Sorj Chalandon mettent le cafard mais j’aime les lire. Ils sont durs, révoltants mais sensibles et beaux. Profession du père qui raconte son père violent et mythomane est très émouvant et Le quatrième mur est l’un de mes romans contemporains préférés.

 

Le livre que vous relisez tout le temps : Je relis rarement entièrement les livres car j’en ai tellement à lire ! Les exceptions sont les Jane Austen et Au bonheur des dames d’Emile Zola : les descriptions sensuelles du rapport entre les femmes et les marchandises et la conquête de la femme consommatrice me plaisent ainsi que les différences sociales entre Octave Mouret et la jeune Denise.

En revanche, je relis très souvent des passages de romans coup de cœur. Je lis régulièrement des extraits des romans de Pierre Raufast (La fractale des raviolis, La variante chilienne), d’autant plus qu’ils recèlent de nombreuses petites histoires qui peuvent se lire indépendamment de la trame globale. Récemment, je me suis surprise à relire plusieurs fois des passages du dernier roman de Serge Joncour : Repose-toi sur moi.

Je garde mon livre-fétiche pour la fin : les lettres de Frida Kahlo dont je suis fan.

 

Le livre que vous offrez le plus : Je n’offre pas un livre en particulier à mes proches. Excepté mon père, je ne suis pas entourée dans ma famille et mon cercle d’amis proches de très grands lecteurs donc je fais très attention aux livres que je peux offrir pour qu’ils collent aux goûts de chacun.

Parmi les derniers livres offerts :

- à mon père : Le voyant de Jérôme Garcin et Au revoir là-haut de Pierre Lemaître

- à ma collègue : Jupe et Pantalon de Julie Moulin et La variante chilienne de Pierre Raufast

- à une blogueuse : Pardonnable, impardonnable de Valérie Tong Cuong

- à mon meilleur ami : tous les polars que j’arrive à dégoter

- à mon fils de neuf ans : les Star Wars Rebels de la bibliothèque verte.

 

Le lieu idéal pour lire : Je pense qu’il n’y a pas de lieu idéal. J’ai pris l’habitude de lire partout et notamment dans les transports en commun. Cependant, j’aime bien chez moi lire le soir, allongée sur mon canapé avec une tasse de thé et à l’extérieur à la terrasse d’un café.

 

 Et vous ?

Si vous étiez un livre, vous seriez ? Trop difficile ! C’est comme si vous demandiez à un parent de choisir entre ses enfants. Je ne peux pas.

 

Si vous étiez un personnage de roman, vous seriez ? Je serais probablement Fitzwilliam Darcy d’Orgueil et Préjugés. C’est un personnage fascinant car il a une personnalité complexe et qui évolue beaucoup au fil du roman. Hautain, fier, difficile d’accès, il cache en fait une grande intelligence et humanité. Il sait se remettre en question et fait le maximum pour aider les gens qu’il aime. Et puis, quoi de plus formidable qu’un personnage qui a été une source d’inspiration pour d’autres écrivains et des cinéastes : Bridget Jones a elle aussi son Mark… Darcy !

Sinon, j’aime bien les personnages taiseux.

 

Si vous étiez un auteur ? Je serais un auteur haut en couleur, fantasque ou fou… peut-être parce que je suis tout le contraire. Côté femme, je me vois bien en Amélie Nothomb pour le côté facétieux, décalé et bulles de champagne. Côté homme, Boris Vian qui avait lui aussi sa réputation…

 

Quel lecteur êtes-vous ? Boulimique et plutôt éclectique. Je lis énormément (plus d’une centaine de livres par an). Je lis peu de polars et pas de SF. Par contre, en littérature générale, j’aime plein de styles différents. Je savoure autant des livres sous la forme de contes que des romans sociaux et historiques, des romans à l’écriture exigeante ou plus grand public.

 

Pourquoi et quand allez-vous sur lecteurs.com ? Le partage évidemment ! J’aime lire les impressions des autres lecteurs sur les romans que j’ai lus ou que j’envisage de lire. Et puis, grâce à lecteurs.com et à mon blog, j’ai fait des rencontres merveilleuses aussi bien d’auteurs que de lecteurs. Enfin, j’aime beaucoup suivre le Prix Orange.

 

Vous pouvez également suivre Virginie sur son blog  www.leslecturesdumouton.com

Et sur Twitter @virginievertigo

Merci à Virginie pour cet article passionnant !

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Commentaires

  • Eliane PALLARES le 11/11/2016 à 10h58

    De retour d'Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l'armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu'elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d'un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une oe'uvre d'art représentant une femme noire. A la veille d'une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d'enfance de Romain, Osman Diboula, fils d'immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l'homme d'affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde

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  • anne lise loubiere le 19/10/2016 à 11h30

    Rencontre passionnante avec une auteur très intéressante: merci pour ce beau moment.

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  • CELINE HUET-AMCHIN le 18/10/2016 à 11h10

    Bravo Virginie et merci Lecteurs !
    C'est vraiment sympa d'en apprendre plus sur toi... :)
    Cette rencontre avec Karine Tuil était très réussie.

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  • domeva le 18/10/2016 à 07h50

    J'ai trouvé que vous avez parfaitement retranscrit la rencontre avec Karin Tuil à laquelle j'ai assisté aussi.Auteur sympathique et brillante,j'ai pris beaucoup de plaisir à la lire et à l'écouter.Je vous suis avec intérêt sur votre blog.
    Au plaisir de découvrir de nouvelles lectures.

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