Le travail comme machine à broyer les femmes, selon Vincent Message

vendredi 20 septembre 2019

Avec "Cora dans la spirale", le Prix Orange du Livre 2015 signe un excellent roman sur l'entreprise

Le travail comme machine à broyer les femmes, selon Vincent Message

Dix ans précisément après Les Heures souterraines de Delphine de Vigan, Vincent Message écrit un très bon roman contemporain sur l’entreprise, Cora dans la spirale (Seuil).

Et il ne laisse rien au hasard.

 

Que s’est-il passé en 2012 qui a fait basculer la vie de Cora ? Pour remonter aux origines de ce séisme, un narrateur, Mathias, mène l’enquête quelques années plus tard, et revient en 2010, dans la vie de cette jeune trentenaire qui mène une vie heureuse d’épouse, de jeune maman et d’employée investie au service marketing d’une société d’assurances.

Mais les temps changent et l’assureur, dont la société porte le nom, passe la main à un groupe de financiers qui restructure cette entreprise paternaliste et sexagénaire.

Il était une fois une femme dans une entreprise du tertiaire qui se conforme aux  désirs du néolibéralisme : la vie de Cora va progressivement se dégrader au rythme de la nouvelle idéologie économique. D’abord, les trajets sont rallongés puisqu’il faut investir de nouveaux bureaux, en open space, bien sûr. Il faut s’adapter, changer son vocabulaire, en redéfinir l’éthique et perdre quelques collègues qui n’y parviendront pas. Et concilier sa vie d’épouse aimante et de maman,  Cora a accouché d’une petite fille en 2010. Il y aura un peu d’adultère, mais rien de bien compromettant, juste le désir et le besoin sexuel comme viatique à une situation de pertes de repères. La rencontre avec un migrant, dans le métro, la fait se frotter à la détresse qu’elle n’a jamais soupçonnée jusqu’alors. Voici Cora qui passe dans le camp des fragiles, des faibles, face à celui des gagnants du libéralisme.

 

Il a mis du temps, Vincent Message, pour écrire Cora dans la spirale (Seuil), son troisième roman après Défaite des maîtres et possesseurs (Prix Orange du Livre 2015). D’abord pour élaborer un solide appareil documentaire. Maître de conférences en littérature et création littéraire à l’université, l’auteur ne connaît pas par lui-même les règles et la violence du monde du travail.  Mais on s’y laisse prendre, tant il saisit avec précision les enjeux du fonctionnement de cette société d’assurances, dans laquelle il met en scène son héroïne.

Animé d’une fièvre balzacienne, il déjoue les pièges du roman à thèse et de la thèse sans roman, pour raconter l’histoire d’une chute, dans le lien constant entre travail, désirs et vie privée qui dessine un comportement et martèle une personnalité.

Cora dans la spirale n’est pas pour autant un livre sombre et radical. Il y a la possibilité d’un bonheur à portée de main, dans un regard tendre porté par l’auteur lui-même sur la France. On lui sait gré d’avoir su éviter, jusqu’au bout, les clichés d’usage.

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