Le roman terrible de la vie de Charlotte Brontë

vendredi 21 avril 2017

Le roman terrible de la vie de Charlotte Brontë

Les éditions Quai Voltaire publient les Lettres choisies de la Famille Brontë, 1821-1855., traduites et annotées par Constance Lacroix. Vous faites « bof » ? Quelle erreur ! On vous explique pourquoi vous allez courir acheter le livre.

 

D’abord, une correspondance, ce n’est pas comme un dossier comptable, terne, répétitif, c’est une histoire qui se raconte. Ces Lettres choisies sont un vrai roman, un roman choral où alternent les voix de Charlotte, Emily, Anne, de leur frère Branwell et de leur père, le révérend de Haworth. Et que le roman des Brontë, personne n’aurait osé l’écrire, tant il recèle de ressorts tragiques, de revirements, dans une peinture de la société anglaise extrêmement précise.

 

Souvenez-vous : les sœurs Brontë ont été un phénomène inédit dans l’histoire de la littérature. En 1847, ces trois provinciales inconnues publient chacune un roman. Ce sera Jane Eyre pour Charlotte, Les Hauts de Hurlevent pour Emily et Agnès Grey d’Anne qui connaîtra un succès plus lent à s’installer mais qui est aujourd’hui considéré comme un classique des lettres anglaises. Elles publient sous pseudos masculins, inspirés de leurs initiales : Currer, Ellis et Acton. Charlotte a 31 ans, Emily 29 et Anne 27. On comprend que Charlotte s’accrochera longtemps à ce pseudo qui lui permet un anonymat hélas vite ventilé : elle est une sorte de Christine Angot du diocèse, s’inspirant de façon assez transparente de ses rencontres et son quotidien. Pendant ce temps, leur frère Branwell s’enfonce dans une dépression amoureuse et se noie dans les opiacés. Tout cela finira mal et vite : entre 1848 et 1849, Branwell, Anne et Emily vont mourir, rejoignant leurs deux sœurs Maria et Elizabeth disparues fillettes, ainsi que leur mère. A l’époque, la tuberculose et les maladies respiratoires font rage. Quand on vous dit qu’il y a de quoi écrire un beau roman tragique…

 

Dans cette correspondance rapidement menée essentiellement par Charlotte, c’est la vie d’une famille de classe moyenne qui transparaît, et la condition des femmes de ce temps et de ce milieu, à qui il n’existe que trois orientations possibles : le mariage, le statut de gouvernante ou celui de prescriptrice. Cette aliénation tranche avec la liberté de ton, la vivacité intellectuelle et l’appétit de vivre de Charlotte qui va continuer une carrière littéraire et sortir de sa condition par intermittence tout en restant préoccupée par une vie quotidienne simple et difficile. Elle rencontrera ainsi le grand écrivain William Thackeray, et se liera avec l’auteure Elizabeth Gaskell qui sera aussi sa première biographe. Mais la fatalité s’acharnera encore. Charlotte finira par se marier, sa mort mystérieuse et rapide ne lui laissera pas voir sa 40e année.

 

On peut avoir l’impression de savoir tout désormais de cette famille, mais c’est évidemment un aperçu très rapide. Plonger dans la correspondance, c’est s’imprégner de la chair des hommes et des femmes qui la composent. Et si, le temps d’une lecture ils apparaissent comme des personnages de papier, il y a, au tourner des pages, le vertige troublant de savoir qu’on ne lit pas là un roman épistolaire mais la trajectoire de vivants dans leur élan, leur aveuglement face à l’avenir et le malheur, puissant, têtu, que jour après jour ils apprennent à accepter.

 

© Karine Papillaud

 

Vous pouvez également retrouver l’émission de Patrick  Poivre d’Arvor Vive les Livres, dans laquelle Karine Papillaud parle de ce roman.

 

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