Le populisme, une simple loupe ou une question… d’anagramme ?

jeudi 22 décembre 2016

A suivre dans un livre à offrir, co-signé par Raphaël Enthoven

Le populisme, une simple loupe ou une question… d’anagramme ?

En panne d’idée à l’approche de Noël ? Voici le petit cadeau à glisser dans toutes les bottines, de celles de Tonton Hervé à celles de cousine Violette : Anagrammes pour lire dans les pensées de Raphaël Enthoven et Jacques Perry-Salkow (Actes Sud, 15 euros) est le livre qui n’est pas un roman, ni un essai, mais qui permet de penser, rêver et s’évader.

 

Partant d’une locution, ou d’une pensée que l’époque a tellement visitée qu’on n’en saisit plus le sens que distraitement,  Raphaël Enthoven construit une pensée concise en une ou deux pages qui entraine vers l’anagramme. Ainsi « le fanatisme » devient « l’âme et sa fin » sous la conduite d’une réflexion nietzschéenne, « Emil Cioran » devient « l’acrimonie » et « le front national », « l’entonnoir fatal ». Prenez donc un papier et un crayon, vous verrez comme ça marche, c’est stupéfiant.

 

On se pique au jeu et on picore de page en page ces graines de pensées dont les anagrammes étonnent, et frappent notre propre rapport au monde. La machine à transformer les mots est un homme, Jacques Perry-Salkow, un pianiste passionné d’anagrammes, au point qu’il en est devenu un traducteur du monde par le chamboulement des lettres : il a déjà co-écrit deux livres d’anagrammes, l’un avec Etienne Klein et l’autre avec Sylvain Tesson. Ce texte co-écrit avec le philosophe Raphaël Enthoven, plonge au cœur de la pensée par le petit chemin, l’étonnement qu’il fait jaillir. De quoi inspirer le peintre Chen Jian Hong qui parfait la démarche artistique de cet ouvrage avec ses nombreux dessins.

 

Dans l’interview ci–dessous, le philosophe Raphaël Enthoven explique comment leur collaboration a vu le jour et la façon dont il s’est emparé de la question.

 

© Karine Papillaud

 

 

Conversation avec Raphaël Enthoven au sujet des Anagrammes pour lire dans les pensées (Actes Sud)

 

- Qu’avez-vous voulu explorer à travers la voie de l’anagramme ?

Des chemins de traverse. Les sentiers étranges et féconds qui naissent des lettres qu’on malaxe. Et aboutissent parfois, miraculeusement, au même lieu. C’est l'équivalent littéraire de la convergence évolutive (qui vaut aux dauphins de se conduire en poissons, ou aux chauve-souris de ressembler à des oiseaux). Ici, ce sont des lettres qui se conduisent comme si leur signification n’était pas comptable de leur ordonnancement. 

 

- Combien d’anagrammes sont-elles possibles par phrase proposée ?  A quels choix vous êtes vous trouvé confronté ?

Plusieurs, souvent : par exemple, le syntagme (caduc) « Nicolas Sarkozy Président de la République Française » donne « Passez-lui ce look de CRS en ray-ban qui le rend si parfait ! » ou bien « Crack de Neuilly qui, pas assez libre, a refondé son parti. » (Toutes ces trouvailles sont de Jacques Perry-Salkow. Je serais tout à fait incapable d’en faire autant) Parfois, le choix est cornélien ! Ou alors, on glisse plusieurs anagrammes dans un même texte…. 

 

- Au fond, est-ce un livre sur les anagrammes ou sur la philosophie ?

C’est un livre qui met la réflexion à l’épreuve de la matière verbale et de ses palinodies.  

 

- Vous écrivez souvent en duo, avec les philosophes Adèle Van Reeth ou Michaël Foessel, l’écrivain et éditeur Jean-Paul Enthoven, ou encore l’artiste Orlan, comment votre collaboration s’est elle déroulée avec Jacques Perry-Salkow ?

Jacques m’a écrit, un jour, que si nous faisions un livre ensemble « la matière » deviendrait « ma réalité ». Alors, je lui ai proposé de prendre un verre au « Café de la Rotonde », il a aussitôt suggéré qu’on y bût un « Carafon de Tolède ». Le jour de notre première rencontre, j’avais en main un livre de « René Descartes ». Après l’avoir regardé, il me dit, en riant : « Tendre caresse » ! Et le livre est parti. 

 

- Etienne Klein a également signé un livre d’anagrammes avec votre co-auteur, l’anagramme est à la mode actuellement. Comment expliquez vous l’engouement pour cet exercice de style ?   

Ça tient uniquement au talent de ceux qui savent en faire ! Aucune époque n’est plus intéressante qu’une autre, à cette nuance près que nous sommes parfois les contemporains de maîtres dans leur discipline. C’est le cas de Jacques Perry-Salkow. 

 

- On se demande parfois qu’est ce qui est l’anagramme de quoi, tant les phrases, parfois se répondent. L’anagramme ne nous suggère-t-elle pas qu’il existe un lien cabalistique entre les mots, les lettres et le sens ?

Jamais de la vie ! Aucun ésotérisme ! L’anagramme est un exercice de virtuosité, pas de pensée magique. Ici-bas, au pays des anagrammes (le nôtre), nous ne connaissons que le travail, le hasard et le talent. 

 

- Comment comprenez-vous le troublant réseau de sens qui se tisse d’une version à l’autre ?

Comme un pense-bête ! Une hypothèse qui, de peur d’être oubliée, se serait malicieusement glissée entre les lettres d’un mot pour s’inscrire plus sûrement dans la mémoire. 

 

-Votre anagramme préféré ?

 LA VERITE (RELATIVE)

 

Propos recueillis par Karine Papillaud

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