"Je suis le genre de fille" : Si Bridget Jones avait 50 ans…

mercredi 28 mars 2018

Nathalie Kuperman nous plonge dans le quotidien d'une femme rongée par la culpabilité...

"Je suis le genre de fille" : Si Bridget Jones avait 50 ans…

Cette narratrice, on va la suivre pendant tout un livre dans lequel, convenons-en, il ne se passera pas grand-chose : Je suis le genre de fille, de Nathalie Kuperman (Flammarion) est un livre d’aventures, mais pas au sens traditionnel du terme.

 

Il s’agit plutôt d’examiner la vie d’une femme qui vit seule et élève sa fille de 14 ans en garde alternée avec son ex-mari. Elle a un boulot, vit dans une grande ville, s’est mise au bio parce qu’elle est hypocondriaque, mais fume comme une cheminée. Sa fille la trouve flippante, son ex complètement folle, les autres un brin originale ou parfois totalement barrée. Le lecteur, lui, branché qu’il est sur le « je » de son héroïne, parvient à mieux comprendre les effets d’une très moderne solitude sur une femme d’environ 55 ans, fragile, fantasque, incapable d’aimer sans casser, qui n’a pas tranché entre vivre et survivre.

 

Le désespoir est une sous-couche, on ne décèle pas qu’elle se débat pour rester à la surface. D’extérieur, c’est une femme affable, qui ne sait pas dire non, s’affirmer ou se mettre en colère. Elle aimerait qu’on l’aime, alors pourquoi ne pas dire oui à tous les enquiquineurs et sans gêne de la vie quotidienne, c’est si facile. Son quotidien se déchire en deux, faire face à une adolescente qui s’éloigne, tenter de résister à une étouffante solitude. Et tâcher de ne pas encore mourir. Peu à peu les voiles se lèvent et on approche du noyau de souffrances de cette femme, la perte de sa mère à 26 ans. L’extrême culpabilité dont elle ne se défait pas et qui l’emprisonne.

 

On ne tiendrait pas 40 pages d’un texte si lourd, s’il n’y avait l’écriture primesautière, drôle, soliloquée de Nathalie Kuperman. « Moi je me plains dès que j’en ai l’occasion. (…) Ça me fait rire et dans le meilleur des cas, l’autre rit avec moi. Bien se plaindre est un art ». Et boum, voici la coupe en biais, celle qui taille dans la banalité du quotidien et qui rend la voix de ce personnage irrésistible.

 

Il y a de nombreuses femmes dans cette héroïne qui tente de s’échapper comme elle le peut d’une vie qu’elle estime sans surprise et qu’elle accepte sans bonheur. De la fantaisie, de la folie, du tutoiement des lisières en tout cas. On tente tous de faire semblant malgré ses failles et ses béances ; l’héroïne de Nathalie Kuperman est une chambre d’écho de toutes les petites choses rêches dans les relations humaines, le genre de fille bouleversante, mais qu’on ne pourra pas sauver. Je suis le genre de fille n’est pas un livre qui sauve ou qui console, mais un livre qui rend possible la liberté d’être soi.

 

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