Il est comment le dernier roman de Grégoire Delacourt "La femme qui ne vieillissait pas" ?

mardi 10 avril 2018

Le nouveau Dorian Gray est une femme ?

Il est comment le dernier roman de Grégoire Delacourt "La femme qui ne vieillissait pas" ?

Deux lectrices ont découvert en même temps le dernier roman de Grégoire Delacourt La femme qui ne vieillissait pas.

Confrontons leurs points de vue ! A notre tour de savoir ce qu’elle en ont pensé !

 

 

C'est l'histoire de Martine. Et au travers de sa vie c'est l'histoire de la vie mais en particulier d'une vie qui ne vieillit pas en ce qui la concerne. Son père revient de la guerre amputé d'une jambe. Sa mère décède dans un accident de voiture alors qu'elle a 11ans. La rencontre annuelle avec un photographe qui fige son portrait dans la même posture lui fera alors constater que le temps n'a aucune emprise sur son aspect physique. Les années passent, puis les décennies et Martine qui change de prénom (Betty) garde son physique de trentenaire...Impensable non ?

La première phrase du roman interpelle et donne de suite le ton de ce qui suivra. « A un an je faisais parfaitement mon âge ».

L'écriture de Grégoire Delacourt enchante, elle est toute en finesse...

Ses phrases sont des mots que l'on aurait voulu écrire sur sa propre mère : « Les mamans manquent. La mienne avait eu des bras qui recueillaient, qui comprenaient, et qui soignaient ». Des phrases qui sonnent vrai et s'appliquent tellement bien à chaque période de notre vie : « Le bonheur tout le monde le sait, est un invité fantasque. Il quitte la table sans prévenir, sans raison ».

Je me suis laissée bercer par le rythme doux de l'histoire.

Et comme Betty j'ai éprouvé un choc de comprendre qu'elle ne vieillissait après 30 ans ! Pourtant tout est explicite car à chaque nouvelle tranche d'âge l'auteur a trouvé une formule très personnelle de l'annoncer «  A trente ans (trente huit) Fabrice a fait mon huitième portrait.... » puis «  A trente ans (quarante six passés)... ».

J'ai eu un peu de mal à poursuivre ma lecture par difficulté de suivre l'histoire sans devoir me poser la question sur son authenticité. La curiosité mais surtout l'attrait de l'écrit eurent raison de mon hésitation et je replongeai dans le récit mue par le souhait que d'en connaître la suite. Comme dans un conte finalement !

« Une femme qui ne vieillissait pas » est tout simplement l'histoire de la beauté face à la vieillesse. L'acceptation des conséquences du temps qui s'écrit et s'imprime sur notre corps au travers justement de l'anomalie dont souffre Betty : le non vieillissement. Et face à cela l'improbable réaction des êtres chers. Comment supporter, comment accepter, pourquoi refuser et s'en éloigner ?

De sa naissance jusqu'à l'après cinquantaine, j'ai partagé les périodes de vie de Betty qui sont de près ou de loin le reflet d'une vie qui fait écho à la mienne.

Avec une étonnante élégance et une infinie légèreté l'auteur a su  traiter ainsi un sujet pourtant combien lourd et qui nous touche tous : le bien vieillir en étant bien (ou mal ou pas) entouré, en exploitant ce qui en fait son moteur : l'enfance, l'adolescence, l'amour, l'amitié, la maternité, la crainte de vieillir, la fidélité, la mort...  

 

© régine berlinski

A l’âge du décès brutal de sa mère le visage de Betty a cessé de vieillir faisant d’elle une éternelle jeune femme de 30 ans. Si, a priori cela peut faire rêver, cette «non évolution» physique de l’héroïne de Grégoire Delacourt va nous amener à considérer sous un œil peu habituel le thème du temps qui passe, de la perte des proches et de la solitude qui en résulte.

 

L’histoire de Betty, ou tout au moins de Martine, puisque tel est son véritable prénom, Grégoire Delacourt nous l’a fait vivre depuis l’histoire d’amour de ses parents, un père qui revient de la guerre d’Algérie avec une jambe en moins et va s’adapter à cet handicap, une mère belle et heureuse jusqu’à ce tragique accident qui va lui ôter la vie à l’apothéose de sa beauté. Heureusement la vie va offrir une belle mère affectueuse et aimante à Martine qui s’émancipe en devenant Betty et croque la vie avec simplicité rencontrant l’homme de sa vie toute jeune. Alors que les années passent et n’ont de prise sur sa beauté et son éternelle jeunesse le temps fait son œuvre et son père, atteint de ce que l’on peut supposer être la maladie d’Alzheimer, perd toute notion du temps.


En parallèle à l’histoire de Betty qui ne vieillit pas il y a également l’histoire de son amie Odette qui fait tout pour rester jeune pour garder son mari et finit par tout perdre.

Une lecture agréable à recommander pour réfléchir, de manière légère, aux vertus de la vieillesse et accepter ses rides avec sourire et bienveillance. Bien écrit et structuré en chapitres courts et concis le livre nous entraîne dans un rythme soutenu tout au long de la vie de Betty, de sa petite enfance à sa vieillesse. J’ai aimé me laisser porter par l’évolution des regards des différents protagonistes face à cette personne enfermée dans son physique. Intriguée comme dans le portrait de Dorian Gray ce livre ce livre m’a conduit à réfléchir sur la beauté, la jeunesse et leur caractère éphémère. Il amène à s’interroger sur le regard des autres, le vivre ensemble mais surtout le vieillir ensemble.

 

© Isabelle HRDB

 

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