Et si Rostand n’avait pas écrit Cyrano ?

jeudi 01 février 2018

Et si Rostand n’avait pas écrit Cyrano ?

Amoureux de Rostand depuis l’enfance, François Taillandier publie une sorte de biographie littéraire, Edmond Rostand, l’homme qui voulait bien faire (ed. de l’Observatoire) et remonte aux origines de sa passion pour cet écrivain. Mort à la fin de la première guerre mondiale, Rostand incarne ce que Stefan Zweig désignait comme le monde d’hier dans son essai éponyme.

 

Dur dur de passer après Baudelaire et d’être contemporain d’Apollinaire. Dès son début, Rostand est désuet dans une époque marquée par la décadence et le symbolisme. Son théâtre est terriblement estampillé « années folles ». Il est charmant, trop charmant, mais pour sa chance, il plaît beaucoup à l’immense actrice du tournant du siècle, Sarah Bernhardt. Pour elle, il créera La Princesse lointaine en 1895, un succès d’estime, puis La Samaritaine, en 1897 : la même année que son Cyrano, la pièce qui le propulsera au sommet de la gloire et de la fortune.

 

Justement, Cyrano. Dans Edmond Rostand, l’homme qui voulait bien faire, François Taillandier évoque les similitudes troublantes entre Cyrano et un certain Roquelaure. Un personnage qui, comme Cyrano de Bergerac, a bel et bien existé. Cyrano, un homme de lettres du XVIIe siècle, dont on ne sait pas grand chose en dehors de ses œuvres à la fin du XIXe siècle, a donc inspiré pour partie la comédie héroïque de Rostand. Le duc de Roquelaure est, quant à lui, mentionné dans les mémoires de Saint-Simon comme un être repoussant mais courageux, connu pour ses mots d’esprit et ses aventures extraordinaires comme pour ses bonnes fortunes, sous le règne de Louis XIV. Au moment où Rostand est à l’œuvre de ce qui deviendra le symbole du génie français, une pièce existe, intitulée Roquelaure ou l’homme le plus laid de France, écrite par trois auteurs, Leuven, Livry et Lhérie, et donnée au théâtre de la Gaité en 1836. C’est un peu gênant, ces coïncidences. Taillandier s’étonne, se trouble, mais revient sur son personnage, Edmond de Rostand, dont la gloire est attachée à cette pièce et lui tombe dessus alors qu’il n’a pas trente ans.

Cyrano c’est l’esprit français : « le secret de Rostand, c’est qu’il exalte », souligne Taillandier. « Les traits d’esprit, la fantaisie verbale, les tirades sonores, la belle histoire d’amour : avec cela on fait un succès de théâtre, lequel d’ailleurs ne s’est jamais démenti ». Et a largement débordé les frontières de la France. C’est un peu comme si le personnage avait avalé le dramaturge. Comme si l’histoire du « vaincu magnifique » avait su corrompre ou dessiner le parcours de son créateur. Ce parcours, qui finira tristement en 1918 après des années de neurasthénie, de démesure et de solitude hostile, Taillandier le retrace avec tendresse, sentant en Rostand la gravité qui l’habite lui aussi : « L’effet Rostand sur moi était une nostalgie. Je ne me sentais pas né à l’époque qu’il m’aurait fallu ».

Auteur d’une trentaine de livres dont plusieurs ayant trait à des écrivains, tels Aragon, Barbey d’Aurevilly, Balzac ou Kafka, François Taillandier raconte son Rostand, dans une langue souple et travaillée à la fois, ample et généreuse ; ainsi, il attrape le lecteur par l’épaule pour le pencher au-dessus de ce dandy délicieux, terriblement peu fait pour la gloire, et qui fit naufrage avec son temps. Dans cet Edmond Rostand, l’homme qui voulait bien faire, Taillandier épanche ses doutes aussi sur une époque, la sienne cette fois-ci, où la littérature est devenu un loisir comme les autres : « Je sais qu’à quinze ans, j’avais senti que cette conception étincelante et princière de la littérature et de la poésie n’était plus de mise dans le temps où je vivais. Moi, j’aurais voulu écrire de grandes pièces de théâtre, mais j’étais tombé en un temps où il n’y en avait plus que pour le metteur en scène ».

On célèbrera en fin d’année le centenaire de la mort d’Edmond Rostand, mais aussi le commencement d’un siècle, le XXe, né véritablement à la fin des hostilités de l’innommable boucherie de la guerre de 1914-1918. A l’aune de cette distance séculière, c’est toute la force de la littérature, mais aussi son devenir que François Taillandier interroge dans ce très beau livre, mélancolique et doux.

 

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Bravo aux gagnants ! Angèle-Marie MORAZZANI ; Axelle AUBIN ; Camille Gld ; Isabelle HRDB ; sylvie MOYERE

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