Envie d’emprunter "La route sauvage" de Willy Vlautin comme nos deux lectrices ?

mercredi 18 juillet 2018

"Une très belle histoire, une formidable épopée"

Envie d’emprunter "La route sauvage" de Willy Vlautin comme nos deux lectrices ?

Nos lectrices ont tant aimé La route sauvage de Willy Vlautin publié aux éditions Terres d'Amérique Albin Michel qu’elles nous ont donné envie de découvrir ce roman à notre tour.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

                                  

L’avis de Christine :

Portland, Oregon, de nos jours, début de l’été. 

Charley Thomson a 15 ans. C’est un adolescent perpétuellement affamé dont l’objectif est de s’entraîner tous les jours afin de pouvoir intégrer l’équipe de football de son nouveau lycée à la rentrée. 

A la faveur de son rituel de course à pied, il découvre le "Portland Meadows", hippodrome mythique de la ville et regarde de loin les chevaux.

Mais comme il a faim, il doit trouver de l’argent pour se nourrir, car son père est généralement plus occupé par ses conquêtes féminines que par son obligation de soin envers son garçon. Charley rencontre incidemment Del, un homme lunatique, qui entraîne des chevaux de courses et lui permet de travailler pour lui. Charley va découvrir l’univers des chevaux et se prendre d’amitié pour l’un d’entre eux, Lean on Pete (titre du roman en VO). Lorsque le père de Charley est hospitalisé, le cheval devient le seul confident de l’adolescent. Mais les méthodes de Del pour gagner des courses sont plus que douteuses, et lorsque Lean on Pete montre des signes de faiblesse dans une jambe, le jeune homme comprend que son ami risque de terminer à l’abattoir. Sur un coup de tête, et parce que c’est le seul être qui compte vraiment pour lui, il s’enfuit avec le cheval pour retrouver sa tante, qui habite dans le Wyoming. S’ensuit alors une longue route semée de rencontres plus ou moins douloureuses pour le garçon, certains lui venant en aide et d’autres le traitant violemment.

 

La quatrième de couverture évoque le passage clé du roman de Willy Vlautin qui va faire basculer l’histoire de Charley Thomson. Mais cet épisode ne prend forme qu’à la moitié de l’ouvrage. 

L’auteur a lui-même indiqué qu’il avait commencé l’écriture de ce livre lorsqu’il avait compris sa naïveté face à ce qui se passait réellement sur les champs de courses. Et sa volonté de sortir de ce milieu tant aimé par lui et qu’il ne pouvait plus voir de la même façon après l’épisode du cheval qui se casse une patte durant une course.

 

Et c’est cette naïveté qu’on retrouve chez Charley. C’est un jeune garçon, son rêve, c’est de devenir champion de football, pas d’être jockey ou palefrenier. Au début, son travail est strictement alimentaire et c’est au fil du temps, lorsqu’il se sent très seul, qu’il finit par se lier profondément avec ce cheval. A l’encontre d’ailleurs de ce que lui disent les autres : il ne faut pas s’attacher à un cheval... Mais Charley n’a personne d’autre à aimer près de lui.

La solitude et la violence sont très présentes dans ce livre. Charley doit se débrouiller seul, voler pour se nourrir et s’habiller lorsqu’il ne trouve pas de travail. Rappelons que Charley a 15 ans. 

 

Le livre est écrit de façon documentaire, les faits et rien que les faits relatés par Charley. Et même lorsqu’il dit qu’il pleure, c’est factuel. Il met une distance face aux malheurs qui le touchent. Cette pudeur empêcherait presque le lecteur de ressentir de la compassion pour l’enfant si n’étaient distillés par instant certains de ses souvenirs, joyeux avec sa tante, beaucoup plus violents avec son entourage proche, son père et ses compagnons. Cette pudeur est d’ailleurs une protection mentale pour Charley (et pour le lecteur ?) qui doit survivre coûte que coûte et fait preuve d’un grand courage pour y arriver. On observe d’ailleurs la honte qui le prend lorsqu’il se retrouve obligé de voler pour manger. Lui veut travailler, gagner de quoi se nourrir. Au lieu de cela, il en est bien souvent réduit à finir les plats abandonnés par les gens dans les fast-foods. 

 

Il y a également plusieurs histoires dans ce roman : celle de Charley, bien sûr, puisque c’est lui le narrateur des événements de cet été, mais également celle d’une Amérique distanciée des problèmes sociaux et surtout celle de l’univers des courses hippiques. J’avais déjà lu plusieurs ouvrages (romans de Dick FRANCIS par exemple ou témoignages) sur ce milieu, les dopages, la triche, la folie des paris, la difficile reconversion des jockeys, et on a ici un condensé des thématiques. Et dans la façon d’écrire et les sujets abordés, je trouve un peu de Steinbeck.

L’adaptation cinématographique est sortie cette année, d’où la réédition du livre en France, je ne sais pas si j’irai le voir. Car la distance de l’écrit ne saurait probablement être traduite en images. Et j’ai bien peur de succomber à l’émotion face à ce jeune garçon acculé par la vie !

Un très beau livre.

 

© Christine Faura

 

L’avis de Zabouille :

Préparez-vous à emprunter "La route sauvage" de Willy Vlautin, aux côtés de Charley, jeune adolescent de 15 ans. De mère inexistante, il est élevé par son père, qui brille lui aussi par son absence. Ils s'installent à Portland, pour une nouvelle vie. Livré à lui-même la majorité du temps, Charley fait preuve d'un grand niveau de débrouillardise. Le peu d'argent que son père lui octroie sert à peine à couvrir ses dépenses alimentaires.

N'ayant pas les deux pieds dans le même sabot, Charley est sans cesse à la recherche de petits boulots pour subvenir à ses besoins. Il est aussi un passionné de sport, qu'il pratique en solo, dans les rues, entre footing et pompes : son objectif : intégrer l'équipe de football de sa future école.

Au détour de l'une de ses séances sportives d'extérieur, Charley tombe par hasard sur Lean On Pete, un sublime cheval de course. De fil en aiguille et à force de passages de plus en plus rapprochés, une relation se tisse et Charley en profite pour demander du travail à Dell, son propriétaire.

L'adolescent met du cœur à l'ouvrage, il apprend vite un métier qu'il ne connaît et ne maîtrise pas, et ce, malgré les exigences et le dur caractère de Dell. De cette expérience, Charley conservera surtout sa rencontre avec Lean On Pete. Il sera son soigneur, son entraîneur et deviendra son confident, son ami.

Mais lorsque Charley s'aperçoit des mauvais traitements infligés au cheval, son sang ne fait qu'un tour. Pour lui sauver la vie, il décide alors de s'enfuir avec lui. Et les voilà donc partie sur la route du Wyoming, en quête de sa tante dont il a un vague souvenir.

Et tout au long de son chemin, Charley croisera toute sorte de personnages : prêts à l'aider, le dépanner, mais aussi à "l'arnaquer"...

Des évènements dramatiques surviendront, l'anéantissant mais sans jamais le faire douter quant à l'objectif qu'il s'est fixé.

Une très belle histoire, une formidable épopée. Mais aussi une grande leçon de vie, de courage où la volonté et la force jouent un rôle important. Un grand et beau moment de lecture, pendant ces centaines de pages et de kilomètres américains que Willy Vlautin fait parcourir au lecteur, inspiré de son propre vécu. Hâte de voir l'adaptation cinématographique de ce très beau coup de cœur.

Merci à lecteurs.com pour cette belle aventure, découverte dans le cadre d'une lecture commune avec Christine Faura.

Et surtout, n'hésitez pas. Lisez-le !

© Zabouille

 

À découvrir aussi

Voir plus d'articles "Club des Explorateurs"

Pour aller plus loin :

Livres

Auteurs

Commentaires

Où trouver « La route sauvage » en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Forum

Afficher plus de discussions

Récemment sur lecteurs.com

Les livres les mieux notés de la semaine