"Entrez dans la danse" de Jean Teulé un roman étonnant qui ne laisse pas le lecteur indiffèrent

samedi 03 mars 2018

"Entrez dans la danse" de Jean Teulé un roman étonnant qui ne laisse pas le lecteur indiffèrent

Découvrir le nouveau roman de Jean Teulé est toujours une expérience intéressante, nous avons demandé à un couple de lecteurs compulsifs leur avis sur ce roman de janvier 2018 : à lire d’urgence !

Alors, à votre tour de lire Entrez dans la danse par Jean Teulé, n’hésitez pas à donner votre avis sur la fiche du livre !

 

L’avis de Jean-Paul :

 

Une terrible « peste dansante », comme l’avait qualifiée Shakespeare, s’est déclenchée le 12 juillet 1518, à Strasbourg. Oublié, passé sous silence parce que très dérangeant et surtout gênant pour les puissants, il fallait sortir cet épisode incroyable des ouvrages spécialisés afin de le livrer au grand public comme Jean Teulé l’a fait, avec le talent qu’on lui connaît.

Entrez dans la danse ! J’ai été choqué, époustouflé, emporté par cette fièvre causée par la misère extrême, la faim, les malheurs accumulés sur une cité où l’on parle « un dialecte allemand strasbourgeois piqueté de mots français. »

Enneline n’ayant plus de lait pour nourrir son enfant le jette du haut d’un pont pendant qu’un couple de tonneliers termine son atroce repas devant la carcasse de leur petite fille qu’ils ont fait griller… C’est le sort de notre humanité qui pousse les plus démunis aux actes les plus extrêmes alors qu’une minorité accumule les richesses et gaspille tant et plus. Il en était ainsi, en Alsace, au début du XVIe siècle.

Puis, Enneline sort dans la rue et se met à danser. Le tonnelier la rejoint, prend sa main et « ils dansent la carole au milieu de la rue… » Le mari d’Enneline est graveur et quelques-unes de ses œuvres jalonnent la lecture. C’est ainsi que débute le livre et je n’ai eu qu’une envie : en savoir plus et, surtout, tenter de comprendre !

Pour en savoir plus, l’auteur nous emmène à la mairie où l’Ammeister Andreas Drachenfels tente de savoir quelle est cette épidémie car de plus en plus de danseurs envahissent la rue du Jeu-des-Enfants et la ville, insensibles à la fatigue, à la douleur, aux blessures.

Strasbourg était une ville prospère, « une perle républicaine, enchâssée dans le Saint-Empire romain germanique » mais maladies contagieuses, grands froids, inondations plus une sécheresse interminable ont causé une misère absolue. Pendant ce temps, moines et curés hurlent « Cessez de danser ! » alors qu’ils accumulent les richesses, que leurs celliers regorgent de nourriture, qu’ils font tout payer au prix fort et réclament, en plus, de l’argent pour que le pape puisse faire construire une belle basilique, à Rome.

La ronde est folle. Tout est tenté sauf l’essentiel. Le prince-évêque Guillaume de Honstein propose des solutions radicales alors qu’on dénombre mille danseurs, sur seize mille habitants. La querelle entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux est édifiante. Ce dernier, pourtant menacé par un certain Martin Luther, assène : « Quant à la misère, elle est une grâce divine. »

Il ne faut pas en dire plus car le récit de Jean Teulé va au bout de cette histoire hors du commun, sans lésiner sur le vocabulaire, toujours cru et réaliste. Entrez dans la danse, un court roman de ce mois de janvier 2018 à lire d’urgence !

 

© Jean-Paul Degache

 

L’avis de Ghislaine :

 

Entrez dans la danse, de Jean Teulé, commence par une scène se passant à la fin du Moyen-Âge, à Strasbourg. Nous sommes en juillet 1518, dans une ville qui a subi les assauts de la météo avec des périodes de grand froid, d’inondations, de sécheresse et où la famine frappe les familles.

Une jeune femme, Enneline, sort de chez elle avec un nourrisson dans les bras. Là, on entre aussitôt dans le vif du sujet puisqu’au bout d’une courte promenade qui la conduit à un pont : « Au milieu de cette passerelle, elle s’arrête et jette son enfant à la rivière. » Elle revient ensuite chez elle, ouvre la porte de l’atelier de gravure où travaille son mari. Celui-ci lui demandant si elle l’a fait, lui dit qu’elle aurait dû le laisser y aller mais qu’il n’y avait pas d’autre solution, qu’elle n’aurait pas pu le nourrir : « Et puis c’est mieux que de l’avoir mangé comme d’autres le font. » Enneline ne répond rien, sort dans la rue et se met à danser.

 

Elle est la première touchée par cette épidémie de danse aussi étrange que tragique qui va conduire les gens dans la rue pendant deux mois dans une hystérie collective de gesticulations effrénées qui les conduiront jusqu’à l’épuisement et très souvent jusqu’à la mort.

Le maire, Andreas Drachenfels, pour essayer de comprendre ce qui se passe et tenter de sauver sa ville, consulte les membres de la corporation des médecins formés à l’université de la ville, invite également Guillaume de Honstein, élu à la tête du diocèse de Strasbourg et ainsi politiques, médecins, religieux tentent de percer le mystère sans y parvenir.

En effet, il ne peut s’agir de crise d’épilepsie collective car absence constatée de bave écumeuse et d’un râle saccadé d’étranglement, ni du feu de Saint-Antoine car il n’y a quasiment plus de céréales et les convulsions engendrées par l’ergotisme ne ressemblent en rien à de la danse, ni de ce qui est nommé par erreur « danse » de Saint-Guy, puisque ce n’en est pas une.

Et si l’épidémie était d’origine divine ? Jean Teulé, fidèle à lui-même, avec cette langue si particulière, faite d’un mélange d’argot d’aujourd’hui et de mots de l’époque, son verbe truculent, son vocabulaire fleuri n’hésite pas à bouffer du curé. Parlant des représentants de Dieu : « Ils proposent également des indulgences comme si le ciel était en période de soldes : Trois kreutzers pour une année de moins de purgatoire après votre mort ! Trois kreutzers seulement ! Pour cent florins, quels qu’aient été vos péchés, c’est le Paradis direct ! Qui n’achète rien va en chier au moment du Jugement dernier ! »

 

Jean Teulé nous offre là un roman captivant qui se déroule dans une époque difficile et une fresque colorée de la société où l’Église et la bourgeoisie se livrent un duel sans merci.

Et si cette frénésie de danse était un simple exutoire au malheur ? Entrez dans la danse et dévorez cette histoire !

 

© Ghislaine DEGACHE

 

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