Du Japon à la Corée, lire "Les billes du Pachinko" d’Elisa Shua Dusapin

jeudi 29 novembre 2018

Du Japon à la Corée, lire "Les billes du Pachinko" d’Elisa Shua Dusapin

Par son écriture dépouillée et singulière, Elisa Shua Dusapin parvient à nous faire pénétrer l’atmosphère délicate et sensible de son roman mélancolique et tendre, au travers de personnages aussi déroutants qu’attachants.

Nous avions aimé son premier roman, et nous avons proposé à deux lectrices de lire celui-ci et de nous en parler.

 

Chantal LAFON  et Lilia Tak-Tak, découvrent Les billes du Pachinko, le deuxième roman d’ Elisa Shua Dusapin, aux éditions Zoé, et vous donnent leur avis.

 

L’avis de Lilia Tak-Tak :

Un joli roman plein de délicatesse sur l’exil.

Claire, une suisse d’origine coréenne de trente ans, se rend à Tokyo pour passer le mois d’août avec ses grands-parents coréens. Cet été, elle a un projet, convaincre ses grands-parents de venir avec elle une semaine en Corée. Une tâche ardue. Ils ont été forcés à l'exil il y a presque 50 ans à cause de la guerre civile, et depuis, ils n’y sont jamais retournés. Ils ont recrée leur propre Corée dans le quartier dédié à Tokyo, où le grand-père de Claire détient une boutique de Pachinko, jeu populaire coréen. Par-dessus tout, comme une réponse à la difficulté de l’exil, ils ne parlent pas le japonais et difficile de leur faire quitter leur quartier. Claire, quant à elle, parle mal le coréen et veut découvrir un autre Tokyo. Une situation qui rend la communication et l’atmosphère lourde. Pour échapper à cette ambiance, Claire décide de s’occuper de Mieko, une jeune japonaise à qui elle apprend le français. Une jeune fille étonnante, qui va l’aider sans le vouloir dans son projet.

 

Les billes du Pachinko d’Elisa Shua Dupin, est un joli roman plein de mélancolie, qui raconte les origines, la recherche d’identité, l’exil, les attaches, les liens familiaux compliqués. C’est l’histoire de Claire qui tente de se retrouver, de mieux se connaître et de créer le contact avec ses grands-parents. Un mélange d’efforts et de réticence. Claire n’a pas appris le coréen pour mieux communiquer avec ses grands-parents, mais veut aller avec eux en Corée. Elle met toutefois du temps à organiser ce voyage, et ses grands parents ne poussent pas en ce sens.

 

L’écriture pleine de sensibilité et de délicatesse d’Elisa Shua Dupin nous charme, le sujet nous touche : la quête de sens de l’héroïne, ses hésitations, sa relations avec ses grands-parents, mais surtout la vie de ces personnes âgées, exilées avec tout ce que cela implique par rapport à leurs attaches et leur pays d’origine. Elisa Shua Dupin décrit d’une très belle façon l’ambiguïté des sentiments des personnes ayant quitté leur pays d’origine.

Une belle découverte !

© Lilia Tak-Tak

 

 

L’avis de Chantal Lafon :

 

Claire est une jeune femme de 30 ans qui est née et vit en Suisse ; elle vient au Japon passer quelques semaines chez ses grands-parents maternels, qui ont fui la Corée lors de la guerre civile de 1952.

Claire parle le français et le japonais par défaut, elle n’a pas pu apprendre le coréen en Suisse.

Pour ne pas rester inactive pendant son séjour et redoutant surtout le face à face journalier avec sa grand-mère, elle répond à une annonce pour être le professeur de français d’une petite Mieko 10 ans, qui doit intégrer une très sélecte pension suisse.

L’originalité de cet exercice réside dans la vie de cette petite fille qui vit seule avec sa mère tout en haut d’un immeuble en réfection, et la maman parle un français parfait puisqu’elle l’enseigne.

Je suis entrée dans ce livre comme dans un film d’Ozu mais revisité par Chaplin.

J’ai été happée par la minutie des descriptions tant des lieux que de la gestuelle quotidienne.

Le lecteur se retrouve englouti dans la cocasserie de certaines situations, pour ne pas dire loufoquerie.

La lecture de ce livre se fait tout en flottement, nous revisitons une culture tellement différente de la nôtre, c’est un dépaysement total.

Elisa Shua Dusapin, de son personnage de Mieko à ceux d’Hortense la mère et des grands-parents, abordent subtilement les grands thèmes de la vie : la filiation, la barrière de la langue, l’exigence de l’excellence pour les enfants nippons, la solitude des adultes, et aussi la vieillesse au Japon.

Elle y décrit à la perfection la dualité des bonnes intentions, des souhaits que Claire a pour ses grands-parents, mais eux que souhaitent-ils ?

"Le gouvernement japonais ne prévoit pas de rente pour les salariés. Sans fortune ni famille pour prendre soin d’eux, les vieillards sont contraints de travailler jusqu’à leur mort."

Une histoire toute en retenue, celle du code de l’honneur.

Oui c’est un petit livre de 140 pages, mais il mérite la lenteur d’un gourmet plus que l’outrage d’un goinfre.

Je n’avais pas lu un Hiver à Sokcho, mais il va rejoindre ma liste très vite.

 

© Chantal LAFON

 

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