"Devenir un témoin, un complice, un héros, un traître, un lâche ou un salaud" Brigitte Giraud

lundi 27 novembre 2017

Quand Brigitte Giraud répond aux questions des lecteurs pour "Un loup pour l'homme" (Flammarion)

"Devenir un témoin, un complice, un héros, un traître, un lâche ou un salaud" Brigitte Giraud

Remarqué par les jurés Goncourt pour leur première liste, Un loup pour l'homme de Brigitte Giraud (Flammarion) est l’un des romans qui a le plus marqué les explorateurs de la rentrée 2017 sur lecteurs.com. Ce dixième roman déploie la veine intime, précise, charnelle de l’auteure dans son Algérie natale. Brigitte Giraud répond aux questions de les lecteurs avec la précision, la finesse et la délicatesse qui caractérisent ses livres

 

Pourquoi avoir choisi ce titre dont le sens premier conduit mon esprit vers l'homme comme pire ennemi de son espèce, vers la crainte de l'Autre?

J'ai choisi ce titre quand j'ai écrit la troisième partie du livre dédiée à Oscar, le jeune garçon amputé d'une jambe, qui finit par révéler ce qui l'a laissé mutique.

C'est le point de tension du livre, la partie qui met l'homme face à lui-même au moment fatidique de faire les bons choix pour survivre. Son récit met en scène une division de l'armée française dans une forêt algérienne, prise dans une embuscade. L'enchaînement de décisions pulsionnelles qu'il faut prendre conduit Oscar à se ranger ou non du côté des loups. Devenir un témoin, un complice, un héros, un traître, un lâche ou un salaud. Je ne peux pas révéler, évidemment, ce qui se passe cette nuit de juin 1960 dans cette forêt. Mais le titre interroge la part d'humanité de chacun. Et le loup n'est pas celui qu'on croit.

 

Comment avez-vous conçu la structure du roman ?

J'ai voulu raconter à hauteur d'homme, c'est à dire que le lecteur découvre ce qui attend les personnages, en même temps qu'eux. Au départ ils ne savent pas que l'opération de maintien de l'ordre en Algérie est une guerre, puis ils commencent à comprendre que l'armée ment et manipule. J'ai voulu raconter, simplement chronologiquement, la montée en tension, la découverte de la réalité, par petites touches, et mettre en scène les choix de chacun des trois personnages, dans leur façon de résister à leur destin. Antoine qui demande une formation d'infirmier pour sauver les blessés et ne pas tenir une arme. Lila qui refuse de l'attendre en France et quitte tout pour le rejoindre. Oscar qui refuse de parler pour ne pas être rapatrié en France et apparaître devant les siens en aussi piteux état. D'où le nom des trois personnages donné à chacune des parties.

 

Comment est né le personnage d'Oscar ? Est-il un symbole, une personnification ?

Oscar est un blessé dont m'avait parlé mon père, sans me donner aucun détail. Un homme qui ne parlait plus et avait subi un choc émotionnel fort. J'ai voulu, en créant ce personnage, donner à voir l'enjeu du soin. Qu'est-ce qu'être infirmier dans un hôpital militaire ? Comment soigner est la seule chose qui donne du sens à la présence d'Antoine en Algérie. C'est aussi un symbole bien entendu, c'est redonner une parole à ceux qui sont restés silencieux après cette guerre. Avec Oscar, je pose la question du retour, possible ou impossible, en France. Pourquoi ces jeunes garçons n'ont pas pu parler à leur retour ? Pourquoi personne n'a voulu les entendre ? Pour se sortir du piège qui leur a été tendu, de quoi ont-ils dû s'amputer ?

 

Antoine éprouve une sorte de fascination pour Oscar mais l'histoire n'en donne pas explicitement les raisons. Pourquoi avoir choisi de laisser le lecteur se faire sa propre idée au risque que seule l'attirance amoureuse soit envisagée ?

La fascination est liée au fait que l'un est le miroir de l'autre. Comme un avant et un après. Comme les deux faces possibles de l'être humain : celui qui soigne, et celui qui est soigné, celui qui donne, et celui qui reçoit. On se rend compte, bien entendu, qu'une relation de dépendance se crée entre les deux. Avec Oscar, Antoine a une vraie mission à accomplir : aider un homme à rester un homme, à tenir debout malgré la jambe amputée, à tout lui réapprendre, à retrouver la parole. Grâce à lui il trouve sa place. Grâce à lui, il apprend aussi à devenir père, c'est comme une répétition, puisque Lila est enceinte.

 

Avec les questions de Sophie Gauthier et Emilie-Fleur PILLET

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