#Chronique : "Pour la peau" d’Emmanuelle Richard

lundi 15 février 2016

L’amour fou, et ne jamais s’en remettre

#Chronique : "Pour la peau" d’Emmanuelle Richard

Pour surmonter un chagrin d’amour, Emmanuelle Richard l’a écrit dans un livre, où le « je » superpose la narratrice à l’auteur.

Mais c’est d'abord un texte sur le désir que ce Pour la peau au titre sublime qui fait clin d’œil à la chanson de Dominique A. La façon dont il naît et dont il finit par se transformer en douleur quand l’amour le rejoint en vain. « A quel moment E. a-t-il commencé à me plaire ?  A quel moment ai-je eu l’impression foudroyante de le « voir » en entier et d’en être bouleversée ? (…) A quel moment suis-je tombée ? ». Le livre répond à ces questions insondables à travers la remémoration, non seulement des moments, mais des impacts de peau, de regards, de gestes, d’habitudes, bref cette collection des petites choses qui fabriquent une histoire alors même qu’on n’a pas forcément envie ou conscience d’être déjà « dedans ». Langueur, douceur, lenteur, fragilité, abandon, dureté : ces mots qui font corps reviennent inlassablement. Ce sont davantage encore les rythmes de l’histoire qui habitent le texte, la chair de l’instant raconté qui fait « les déflagrations du désir ».

A chaque moment, la narratrice est pleine du deuil, car on sait d’emblée que l’histoire finira mal. Elle parle de E., un homme qu’on ne remarque pas plus qu’elle au début, alors qu’elle en quitte un autre et qu’elle est pleine des courbatures de la rupture. Il y a comme une pente irrésistible et banale de l’un vers l’autre, quelque chose qui ressort d’une passivité accueillante plus que la réunion d’une volonté et d’un projet, ou qu’un rapport de forces. Quelque chose qui parle un peu comme Duras, et Ernaux, aussi. Le roman raconte les temps d’une passion qui annihile la chronologie et s’épuise d’elle-même. L’histoire n’a pas été vécue pour être racontée, le vivant n’est pas instrumentalisé pour faire livre. N’importe : il a fallu à Emmanuelle Richard mettre en mots ce qui n’est au fond pas racontable. En cela elle crée une langue sublimée, la langue de l’après, et donne enfin corps à l’absence.

Pour la peau est le deuxième roman d’Emmanuelle Richard, après La Légèreté en 2014, qui racontait les vacances sur l’Île de Ré d’une adolescente troublée de désirs, dans l’empreinte saisissante de ce moment de la vie et des émois, coincée dans une famille modeste qui lui rend palpable la honte de ne pas faire partie de la bonne société des touristes rhétais. Ce deuxième roman est une splendide réussite d’écrivain, le début de la construction d’une œuvre qui sera, on le sait déjà, importante. Pour la peau (éditions de l’Olivier) vient de recevoir le Prix Anaïs Nin qui veut promouvoir les œuvres romanesques françaises à l’étranger. On s’en réjouit.

 

Karine Papillaud

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Commentaires

  • KateMoore70 le 20/02/2016 à 18h41

    Je sais que son précédent roman a été très bien accueilli par la presse et a connu un grand succès. Je suis attirée par les livres parlant de l'Italie (ayant déjà visité Rome) car cela me fait voyager par la pensée. Ce qui est le propre d'un livre. Je suis impatiente de lire ce deuxième roman et de pouvoir le chroniquer. Merci pour ce concours.

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  • Jean-michel Palacios le 20/02/2016 à 12h31

    Je citerai Barbara : "ma plus histoire d'amour, c'est vous ".

    La nuit des temps de Barjavel. J'ai appelé il y a 20 ans ma fille Eléa.
    Le grand secret du même auteur.
    Le rayon vert de Jules Verne : une des rares histoire d'amour de l'auteur.
    Amitiés
    JM

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  • Marion Guyomard le 19/02/2016 à 23h05

    En plein de la lecture de ce roman dont, je pense, on ne sort pas intact. Je trouve l'expression utilisée dans cette chronique "une relation qui s'épuise d'elle-même" très juste. On a le cœur qui se serre à chaque instant, même quand les évènements sont beaux; on sent le drame poindre, mais c'est très subtilement raconté. n

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  • Elizabeth Neef-Pianon le 19/02/2016 à 11h22

    Un auteur que je ne connais pas.... c'est l'opportunité d'une belle surprise, et je suis toujours preneuse.

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  • Severine Dauchy le 19/02/2016 à 10h59

    J'aimerais chroniquer ce livre afin de découvrir cet auteur et que le résumé m'as plu et que j'aierais en savoir plus sur l'histoire

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  • Geneviève Munier le 19/02/2016 à 10h25

    Pareil,Muriel !

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  • muriel bouche le 19/02/2016 à 09h03

    Ma plus belle histoire d'amour : Autant en emporte le vent .....

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  • Sofi C le 18/02/2016 à 19h09

    Les plus grandes histoires d'amour étant selon moi les histoires retardées, impossibles ou qui ne vont pas à la même vitesse, je rajouterai des livres comme le court "L'étrange histoire de Benjamin Button" ou "L'insoutenable légèreté de l'être". Dans le premier l'histoire d'amour est poignante car impossible on sait dès le début que les deux héros ne finiront pas leur vie ensemble puisque l'un vieillit normalement tandis que l'autre rajeunit. L'histoire d'amour de ces deux êtres est comme deux planètes qui se rapprochent l'une de l'autre se croisent au mitan de leur vie et s'éloignent inexorablement....

    "Pour qu'un amour soit inoubliable il faut que les hasards s'y rejoignent dès le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de Saint-François d'Assise" Kundera "L'insoutenable légèreté de l'être"

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  • Sophie Gauthier le 18/02/2016 à 14h34

    Pour moi c'est René Fallet dans ses romans de la "veine whisky" : "L'amour baroque", "L'Angevine" "Y a-t-il un docteur dans la salle ?" "Les pas perdus" "Paris au mois d'août"... Des romans de chair, de larmes et de fulgurances qui relatent les convulsions amoureuses de l'auteur et en décrivent les sublimes tourments.
    Et puis les "Lettres de la religieuse portugaise", "Belle du seigneur" d'Albert Cohen et "Laissez-moi" de Marcelle Sauvageot.

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  • Sofi C le 17/02/2016 à 23h27

    Ah la la il ne me vient que des films... Mais j'ai lu de fabuleuses histoires d'amour que j'ai oublié hélas. Je pense quand même à Maupassant et Flaubert et "Lettres d'amour à Brenda Vénus" d'Henry Miller qui n'est pas un roman mais une correspondance miraculeuse entre un vieux monsieur (l'auteur) de 85 ans en fin de vie tombé amoureux comme au premier jour d'une jeune femme. Je me souviens qu'avec ce livre lu il y a longtemps j'étais passé par tous les stades mais c'est l'émotion, l'intelligence et l'amour de la vie qui triomphe et ça fait du bien.

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  • Dominique JOUANNE le 17/02/2016 à 10h01

    Il y en a beaucoup! Mais les 2 romans qui me viennent spontanément à l'esprit sont:
    "Aziyadé" de Pierre Loti et "Belle de jour" d'Albert Cohen.

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  • LAETITIA MONTOU le 16/02/2016 à 18h45

    L'histoire d'amour qui m'a le plus émue est celle dans "La nuit des temps" de René Barjavel
    Un amour organisé par la société qui survit au temps et à la mort.

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  • lecteurs.com le 16/02/2016 à 14h17

    Février, mois de l'amour et des passions ? Quels auteurs ont su le mieux pour vous raconter la passion amoureuse ?

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