90 secondes pour laisser une ville mourir

lundi 01 octobre 2018

Le nouveau Daniel Picouly est glaçant, efficace...

90 secondes pour laisser une ville mourir

Le 8 mai 1902, la ville de Saint-Pierre est ravagée par les nuées ardentes de la montagne en colère.

90 secondes suffisent à anéantir 30 000 personnes. Quatre-vingt-dix secondes, c’est le titre du nouveau roman de Daniel Picouly (Albin Michel) qui revient sur cet événement terrifiant.

 

Il s’en est fallu de peu que la famille Picouly soit éradiquée de ce monde et qu’on n’entende jamais parler de Daniel : le caprice d’un enfant, l’aïeul de Daniel Picouly, a sauvé sa lignée de la terrible éruption volcanique de la Montagne Pelée du début du XXe siècle.

90 secondes est un roman trépidant, construit comme un thriller, dont on connaît la fin dès le début puisque la parole narrative est donnée… au  Mont Pelé lui-même. Un difficile défi que de personnaliser une force tellurique, mais ça fonctionne d’emblée, on entre dans ce conte fantastique de plain-pied. L’histoire commence par un duel, entre une sorte de tueur à gages et un jeune homme, Othello, dont le crime est d’être amoureux d’une jeune fille bien blanche et bien née, qui, la vilaine donzelle, lui rend ses sentiments à qui mieux mieux.

 

Drame antique

Feront-ils partie des 30 000 victimes ? Auront-ils le temps de réagir quand toute vie sera rasée en moins de deux minutes ? Les ingrédients d’un drame antique sont réunis : un amour contrarié, la haine des familles, l’aveuglement des élites face aux alertes désespérées de quelques hommes conscients de la catastrophe.

La ville sera détruite, mais les habitants auraient pu être sauvés. Louis Mouttet, le gouverneur de la Martinique refuse l’évacuation de la ville, le maire de Saint Pierre, Rodolphe Fouché s’incline.

 

Daniel Picouly s’est donné le temps pour écrire ce roman, il a 70 ans, et le porte en lui depuis l’enfance. Par humilité, sans doute, parce qu’il faut avoir déjà bien ferraillé pour se lancer dans un sujet aussi puissant sans se faire dévorer. La montagne qui nourrit et détruit, il la traite comme un personnage d’une tragédie antique, et dompte sa langue toujours délicieusement truculente dans l’urgence d’une tragédie qui ne laissera pas le temps d’un souffle à ses victimes.

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