Une ombre chacun

  • 0.2

    Je viens de terminer le premier roman de Carole Llewellyn, et j'ai beaucoup de choses à dire sur ce livre que j'ai aimé lire jusqu'au bout, notamment grâce à sa construction sur deux tableaux !
    Ah ce résumé ! Je trouve qu'il en dévoile un peu trop, car tout ça se met en place dans les premiers chapitres du livre, après une belle entrée en matière avec un superbe prologue... que j'ai dû relire après quelques pages pour bien comprendre ce qui était en jeu. Et c'est bien ça qui m'a plu (vous comprendrez) ! Tout n'est qu'une question de point de vue. La mort n'a-t-elle pas plusieurs visages ?

    "Identifiez les jours sans. Ce sont ces jours-là où une erreur machinale vous coûtera la vie."

    À chaque chapitre, on alterne entre la vie de Clara et celle de Seven. Une construction qui m'a beaucoup plu ! Une construction que j'ai retrouvé quelques fois lors de mes dernières lectures et, comme à chaque fois, je ne sais pas pour vous mais en ce qui me concerne, je m'attache davantage à l'un des deux récits. Même si les deux, ensemble, nous font avancer dans l'histoire, je suis toujours tentée d'en sauter un sur deux (ce que je ne fais jamais au final), ou de le lire plus vite pour arriver à la suite de l'intrigue laissée en suspens à la fin du chapitre précédent (ce qui m'arrive parfois).

    "Nous sommes tous voués à oublier ce qui ne dure pas."

    Avec Une ombre chacun, ça n'a pas loupé ! J'ai beaucoup aimé suivre Clara... et beaucoup moins Seven. Sûrement parce que je n'ai eu aucun feeling pour ce personnage, franchement détestable, et dont le monde tourne autour de souvenirs de guerre (très bien documenté au passage !), de propos racistes et machistes. Un gars qui a clairement été changé par son chemin de vie, comme Clara, comme nous tous. Il a vu, vécu et participé à l'horreur. Comment la vie, le monde pourraient-ils rester les mêmes après ça ?

    "Il fallait toujours connaître la sortie la plus proche."

    Une grande partie de Seven est manifestement restée dans les collines d'Afghanistan, tout comme Clara s'est perdue le jour où elle a été emmenée dans cette camionnette. Le terrorisme est en filigrane tout au long du livre, ce qui m'a un peu gêné parce que je n'avais pas envie de me plonger dans ce sujet, bien qu'il ait été écrit après les attentats de Paris et corresponde tout à fait à l'état d'esprit qui y régnait. Avec le point de vue des européens, et des américains sur cette France post-attentat.

    "Il réalisa que même en Grèce, ils connaissaient Game of Thrones. Il se demanda si au milieu des assassinats de Daesh les Iraquiens téléchargeaient illégalement les épisodes le lundi matin au réveil, attendant avec ferveur et anxiété de savoir quel personnage majeur serait assassiné, dépecé, pendu. Peut-être la proximité de la même violence rendait à leurs yeux la série indécente. Qui s'amusait de ce déchaînement blotti dans un canapé confortable quand il suffisait d'un vol pour Damas pour en voir le visage véritable ?"

    Et puis, les hommes sont, disons-le clairement, des connards dans tout le livre. De l'américain obsédé au mari infidèle, en passant par le gynéco dégueulasse, ils flirtent, matent, "bandent", "se branlent", prennent et jètent, ils imposent leurs idées limitées et leurs décisions aux femmes... sans trop de réaction en face. Tout le livre j'ai eu envie que les femmes se rebellent.

    "Il parlait d'elle avec distance, comme d'une possession qu'il aurait ajoutée à son impressionnant portfolio, son appartement rue de Babylone, sa maison familiale à Portofino, son bateau amarré au port de Perros-Guirec."

    Un livre qui interroge aussi malgré tout sur les convenances, le qu'en dira-t-on, et ces familles huppées, soit disant civilisées et distinguées, véritables clichés ambulants, enviés, mais à la vie creuse, au coeur sec et aux propos d'une violence inhumaine.

    "[...] une maladie imaginaire, avait dit son beau-père, une maladie de riches, avait-il dit. Clara avait fait une dépression. Juvénile, en plus, comme si c'était un terme scientifique. À cause d'une caravane pourrie. "C'était une camionnette." C'est pareil. Sa dépression juvénile, c'était une crise d'ado, et basta. Le jour où ma fille fait une dépression juvénile, avait-il dit, je lui mets une bonne paire de claques et on verra bien si elle a encore envie d'être dépressive."

    Et puis, petite parenthèse coup de coeur pour le chapitre 13 que j'ai adoré, tant sur le fond que sur la forme. Un chapitre que j'aurai appris par coeur et joué sur scène si je faisais encore mes études de théâtre ! (Je vous laisse le découvrir)

    "La police française était nulle à chier.
    Son père n'était pas Liam Neeson.
    Personne ne la retrouverait."

    J'ai aimé l'écriture, le style, la construction du récit. Les nombreuses références à Game of Thrones, Virginia Woolf et l'omniprésence d'Instagram aussi m'ont bien plues. Un livre qui mérite le détour et une auteure que je suivrais avec certitude, et ça tombe bien, j'ai vu sur son compte Instagram qu'elle était déjà en écriture de son deuxième roman ! À suivre...

    Retrouvez ma chronique sur mon blog : http://formally-informal.com/2017/04/21/une-ombre-chacun-de-carole-llewellyn-ou-comment-des-evenements-de-la-vie-peuvent-nous-changer-et-nous-perdre/

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