Rouge armé

Couverture du livre « Rouge armé » de Maxime Gillio aux éditions Ombres Noires

4.111111111

9 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Ombres Noires
  • EAN : 9782081378520
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 352
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Policier / Thriller grand format
Résumé:

Patricia, reporter au Spiegel, retrouve une ancienne sympathisante de l'Armée rouge et de la bande à Baader, Inge, cachée sous une fausse identité dans un village de l'ex Allemagne de l'Est. Elle tente de la convaincre de lui raconter sa vie. Des morts suspectes d'anciens sympathisants ont lieu... Lire la suite

Patricia, reporter au Spiegel, retrouve une ancienne sympathisante de l'Armée rouge et de la bande à Baader, Inge, cachée sous une fausse identité dans un village de l'ex Allemagne de l'Est. Elle tente de la convaincre de lui raconter sa vie. Des morts suspectes d'anciens sympathisants ont lieu au même moment.

Donner mon avis

Les derniers avis

  • 0.2

    Journaliste au Spiegel, Patricia Sammer cherche à retrouver et à interroger des fugitifs ayant réussi à passer de l'Est à l'Ouest mais qui ont finalement choisi de retourner vivre à l'Est dans l'Allemagne des années 60. C'est du moins ainsi qu'elle présente son projet à Inge Oelze lorsqu'elle parvient à la rencontrer et à vaincre ses réticences. Lors d'un très lent apprivoisement mutuel, Inge finit par raconter son histoire. Mais la journaliste, personnage sombre et torturé, débusque d'autres souvenirs qui traversent les années teintées de rouge-sang et de noir-deuil par les actions terroristes. Encombrées de leurs secrets oppressants, les deux femmes se fascinent peu à peu, se livrent par fragments, s'affrontent, se mentent et construisent une relation étrange où chacune semble manipuler l'autre dans un énigmatique jeu de pouvoir.

    Le récit d'Inge est alimenté par plusieurs fils narratifs qui font se rejoindre l'histoire collective de l'Allemagne et les histoires individuelles qu'elle transforme en destins. Cette solide architecture narrative, qui joue sur plusieurs époques, est mise au service de l'intrigue principale et reflète les violents soubresauts qui ont débouché sur la période contemporaine. C'est, pour moi, l'aspect le plus intéressant du roman de Maxime Gillio qui pointe des évènements encore souvent ignorés comme le déplacement forcé des populations sudètes après la guerre et les horreurs qui en ont découlé.

    Si l'on soupçonne assez vite les véritables motivations de Patricia, son personnage n'en reste pas moins assez fascinant. Antipathique, instable, déchirée par une colère qui détermine ses actes et ses choix, elle est à l'image d'un pays qui, sous une apparence policée, ne parvient ni à pardonner ni à se pardonner. Coupable, victime, bourreau, témoin silencieux, Inge et Patricia endossent finalement tous les rôles attribués à leur pays et leurs histoires chaotiques conduisent à un déchaînement de chagrin et de colère, à la fois tragique et dérisoire.

    C'est un roman à la lecture parfois éprouvante par la description de scènes d'une violence inouïe qui font émerger des images que nul ne doit plus ignorer désormais. Il m'a semblé m'enfoncer toujours plus avant dans la cruauté d'un monde où "tout le monde a ses raisons" et qui ne débouche que sur les ténèbres. Une âpreté et une complexité que l'écriture rend fort bien et qui refuse tout compromis. Victime ? Bourreau ? A chaque lecteur de décider... ou pas. C'est à la fois très inconfortable et particulièrement stimulant. Un roman qui m'a perturbée et qui va continuer à me tenailler.

  • 0.2

    RFA, RDA, RAF : le roman nous plonge à la fois dans les années révolutionnaires de la Fraction Armée Rouge, de la construction du Mur de Berlin, mais aussi de la fin de la Guerre de 39-45 et du retour au pays des Sudètes.

    L’auteur décrit le difficile retour en Allemagne des Sudètes : ces allemands partis s’installer en Bohème et Moravie et qui, à la fin de la Guerre de 39-45 ont été chassé et leur retour en Allemagne imposé, avec violence et passage par des camps qui ressemblaient grandement aux camps de déportation.

    A cette première histoire se mêle une histoire secondaire : celle d’une jeune femme est-allemande qui décrit la partition de son pays en deux nations, son passage à l’Ouest puis son retour à l’Est.

    Enfin, troisième récit imbriqué, celui de la naissance de la Fraction Armée Rouge, de sa doctrine, des attentats commis et du devenir de ses membres.

    Un roman riche historiquement qui jamais ne perd son lecteur.

    Si l’aspect policier du roman m’a moins parlé, j’ai aimé me plonger dans ce passé allemand que je connais peu.

    Qui plus est, l’auteur m’avait indiqué, lors de sa dédicace aux Quais du polar, qu’il avait écrit une partie du roman après avoir découvert le passé trouble de sa belle-maman.

    L’image que je retiendrai :

    Celle du train ramenant les Sudètes à Berlin et traversant une ville en ruine.

    http://alexmotamots.fr/rouge-arme-maxime-gillio/

  • 0.2

    « Rouge armé » c’est l’histoire de la rencontre-choc de deux femmes aux passés tourmentés que tout oppose ou plutôt que tout semble opposer puisque au fur et à mesure de l’intrigue leurs histoires se connecte.
    Prétextant une enquête pour le Spiegel sur les personnes qui ont fui l’Allemagne de l’Est dans les années soixante, Patricia, journaliste atypique et en proie à ses démons intèrieurs (alcoolisme, stérilité, enfance meurtrie par la violence du décès brutal du père) rencontre Inge qui témoigne sur son passage à l’Ouest au péril de sa vie.
    On aime les deux personnages de femme à la forte personnalité, qui flirtent avec l’illégalité faisant d’elles des héroînes atypiques et pourtant très attachantes.
    On ne peut qu’être intéressée et captivée par le travail de recherche du contexte historique du roman (quand la petite histoire rejoint la grande), avec l’évocation des Sudètes et de leur sort pendant la seconde guerre mondiale, la vie du peuple à l’Est avant et après l’édification et la chute du mur de Berlin, la résistance, la montée de l’activisme des brigades rouges, et le terrorisme de la bande à Baader.
    Oscillant entre passé (1943, seconde guerre mondiale, chute du mur) et présent (2006 pouquoi cette date?) l’auteur raconte ce qui s’est passé avant pour nous aider à comprendre le comportement de ses deux personnages féminins principaux.
    Avec « Rouge armé » Maxime Gillio signe un excellent roman d’espionnage.

  • 0.2

    Ce roman, mi-polar mi-historique, est une belle découverte. Alternant plusieurs époques (1945, 1965, 1977, 2006) dans l'Allemagne d'après la guerre puis pendant la séparation Est-Ouest, sa construction en est assez originale et crée une tension romanesque au travers de personnages tous impliqués dans une histoire commune, qui s'avère à la fin résolue dans un drame qu'on sentait couver.
    Les héroïnes centrales du roman sont deux femmes au destin tourmenté, à l'image de ce pays détruit puis reconstruit sur les ruines successives du nazisme puis de la revanche destructrice des alliés tchécoslovaques, enfin des exactions violentes des mouvements d'extrême gauche : une jeune journaliste interviewant une ancienne dissidente de l'Est passée à l'Ouest puis revenue à l'Est après avoir participé de plus ou moins près aux exactions directes de la fraction armée rouge.
    Au-delà de la fiction, ce roman joue son rôle de documentaire sur une période finalement mal connue de l'Allemagne. Ce qu'on sait du mur de Berlin, de la Stasi, des représailles tant des alliés d'après-guerre que de la police de l'Est comme de l'Ouest, ce que l'on sait du terrorisme des années 70, tout cela est ici incarné et prend corps à travers une histoire très personnelle, précise, ancrée dans une réalité qu'on sent bien connue et maîtrisée par l'auteur. Cette double approche donne une dimension historique à ce roman qui au demeurant ne manque pas de suspens.
    On regrettera quelques pistes un peu avortées et un fin un peu rapide, voire décevante, mais cela n'enlève pas à la qualité générale du roman qui nous apprend beaucoup et se lit d'une traite.

  • 0.2

    Allemagne. Patricia Sammer est journaliste d’investigation au très réputé hebdomadaire Spiegel. Elle enquête sur les personnes ayant tentées de fuir l’Allemagne de l’Est et de passer le mur et rencontre à ce sujet Inge. Activiste politique, Inge est de tous les combats et explique à Patricia comment elle réussit, quarante années plus tôt, à franchir le mur. Pour toujours ?
    Maxime Gillio propose alors de vivre à travers les flashbacks de Inge et de sa mère Anna, Sudète en Tchécoslovaquie (terme utilisé pour désigné les populations germanophones de la région des Sudètes) et en Allemagne. De leur expulsion de Tchécoslovaquie à la fin de la Seconde Guerre Mondiale au passage d’Inge vers l'Ouest. De l’enfance à la période révolutionnaire. Un récit politique dont le mur de Berlin est un point de contact. Peu habituée des intrigues policières, je rapproche plus cet ouvrage du récit historique. Maxime Gillio traite, de manière très documentée, du sort réservé aux Allemands expatriés à l'Est, de l’enfer de l’exil, des camps, lde a violence, etc.

    Et ce qui retient mon attention est la triangulaire créée entre les trois personnages féminins : quel est le fil qui relie Inge, Anna et la journaliste ? Patricia est, elle aussi, un personnage ambigu, en proie aux démons de l’alcool, et en quête de sens. Et le traitement est réussi car Maxime Gillio évite tout jugement. Il offre une nouvelle scène à ses personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer. Il oscille aisément entre le tragique du passé, d’Inge et Anna, et la modernité des errances de Patricia. Elles entrent en relation, et de manière très directe et pas toujours tendre, font écho les unes aux autres de leurs propres aventures : « J'ai toujours détesté les dictons populaires. S'il y en a un que j'exècre par-dessus tout, c'est celui selon lequel le temps atténue les douleurs et que tous les chagrins, même les plus forts, finissent par s'estomper avec les années. » explique Ingre à Patricia.

    Nous pouvons sentir que l’auteur est attaché à ses personnages qui ont souffert : il leur propose un instant de pause et de libération grâce aux interviews de Patricia. L’écriture fait la part belle au féminin et propose une lecture neuve et étonnante d’une période noire. Un ouvrage a découvrir : malin, bien écrit et très pertinent ! Tant de choses apprises le long de ces 350 pages ! Un livre qui mériterait à gagner en visibilité.

  • 0.2

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2017/04/13/35168849.html

    Année 2006. Patricia Sammer, journaliste au Spiegel, enquête sur les personnes ayant fui l’Allemagne de l’Est dans les années soixante. Ses recherches l’amènent sur la piste d’Inge. Cette dernière a passé le Mur pour se rendre à l’Ouest elle mais est revenue à l’Est quelques années plus tard. Pourquoi cette fuite et surtout pourquoi ce retour ?

    La relation entre les deux femmes commence mal mais, au fur et à mesure, Inge se dévoile et détaille un destin extraordinaire qui commence bien avant sa naissance.

    Maxime Gillio, à travers un récit où on navigue sans cesse entre la Seconde Guerre mondiale, les années 70 et les années 2000, nous fait (re)découvrir tout un pan de l’histoire allemande : le nazisme, le sort des Sudètes, la construction du Mur, la Stasi, la fraction armée rouge (avec la bande à Baader en « première génération »), les Ostalgiques (nostalgiques de la RDA). Il est clair que le travail de documentation est important. Mais, au-delà de la narration historique, l’auteur a su construire des personnages d’une grande complexité psychologiques. Les femmes sont des personnages forts et fragiles à la fois, à l’instar de Patricia qui est alcoolique et consomme les hommes, d’Inge qui est troublée, marquée par ses origines familiales ou encore d’Anna, la mère d’Inge, qui a vécu le pire.

    J’ai été happée par l’histoire, par la façon dont Maxime Gillio déroule sa trame. Même si on devine progressivement la fin (du moins en partie), l’ensemble est bien huilé et efficace. Voilà un beau roman noir, politique et historique qui fait plaisir à lire.

  • 0.2

    Un bon roman sur les aspects méconnus d'une époque "trop" connue. Construit en flash-backs de 2006 à la fin de la Seconde guerre mondiale vu de Tchécoslovaquie, avec l'horreur trop commune des victimes devenant bourreaux, puis de la période "Mur" vue du côté Allemand de l'est. Une incursion intéressante dans ces univers qu'on ne connaît que du point de vue des vainqueurs, des "bons", qui prend le contre-pied de l'Histoire officielle en narrant la version de l'intérieur d'une descendante de Sudète, transfuge et militante communiste. On regrette que le personnage de la journaliste ait peu de substance par rapport au rôle dramatique que l'auteur a voulu lui confier, et que les passages "modernes" soient bien moins prenants que les retours historiques.

  • 0.2

    Rouge armé, signé Maxime Gillio, est un polar résolument politique. L'auteur nous ballotte à travers l'Europe centrale au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. L'Europe est ruinée, dévastée et pillée par les Alliés. Ceux-ci se servent abondamment et se partagent une Allemagne exsangue. L'Allemagne de façon générale et Berlin en particulier, deviendront le symbole de la guerre froide qui opposera le bloc de l'Est au bloc de l'Ouest pendant un demi-siècle. C'est en plein coeur de ce contexte politique que Maxime Gillio a décidé de situer la "véritable" intrigue de son roman. Rouge armé ou plutôt la Fraction armée rouge, connue sous le sigle RAF, fait référence à une organisation terroriste allemande d'extrême gauche qui sévit en RFA de 1968 à 1998. Cette guérilla urbaine a été l'auteure de nombreux attentats à l'encontre du gouvernement allemand. Maxime Gillio nous plonge dans une période politique tumultueuse et décisive. Il maîtrise son sujet, ce qui rend la lecture fluide et agréable.

    La construction est complexe mais maîtrisée. Les confidences d'Inge à Patricia sont l'occasion pour le lecteur de se plonger dans le passé de cette femme. À travers l'histoire de sa famille, l'auteur retrace les bouleversements de cette période houleuse. Le récit commence au lendemain de la Seconde Guerre mondiale et nous entraîne jusqu'aux années de plomb. La construction du roman implique une multitude de retours en arrière, de sauts chronologiques et de changements de période d'un chapitre à l'autre. Cela peut surprendre, voire décontenancer le lecteur. À certains moments, je ne savais plus du tout à quelle époque on était et quels personnages j'allais retrouver. Cette façon de jouer avec la temporalité a pu rendre ma lecture fastidieuse par moment. Néanmoins, tout finit par s'emboîter parfaitement. Ce livre me fait penser à un gigantesque puzzle. L'auteur nous guide à travers les époques. Chaque chapitre, chaque révélation nous donne la possibilité de récupérer une des pièces manquantes. Le puzzle prend forme au fil des pages. La construction narrative est ainsi admirablement maîtrisée. Je tiens à préciser que Rouge armé n'est pas ce que l'on peut appeler un thriller. Si le lecteur recherche du suspens, de la tension et des rebondissements, je ne pense pas qu'il soit pleinement satisfait. Le rythme est lent certes mais ce n'est pas pour autant particulièrement dérangeant. Je pense que si l'enchaînement des plans avait été plus rythmé, on aurait perdu en clarté. Le rythme se cale sur les confidences d'Inge. Je n'étais pas sur le qui-vive, mais plutôt curieuse de découvrir où l'auteur nous entraîne. Évidemment, on se doute que la rencontre entre ces deux femmes n'est pas fortuite. Que Patricia cache un mobile. Cette interrogation perdure au fil des pages mais je ne trouve pas que l'essentiel du roman se situe là. Pour moi, l'essentiel est dans les chamboulements politiques, la haine entre les peuples et les tensions nées de l'atomisation de l'Europe Centrale et Orientale de la seconde moitié du 20e siècle.

    L'affrontement entre les deux blocs Est vs Ouest est ce qui m'a le plus plu dans Rouge armé. D'un point de vue historique, sociologique et politique cette période est extrêmement riche. L'affrontement du bloc l'Est et du bloc de l'Ouest apparaît comme un sujet galvaudé en littérature. Néanmoins, ici l'auteur ne cherche pas à vanter les mérites de l'Ouest sur l'Est mais analyse la montée en puissance des mouvements contestataires en Allemagne de l'Ouest. C'est ce qui fait l'intérêt du livre. La vision de l'auteur n'est pas binaire, il n'y a pas le bien d'un côté et le mal de l'autre. La preuve, ces contestations politiques naissent en RFA. En lisant ce roman j'ai pu recréer une sorte de fresque chronologique débutant à la sortie de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à l'effondrement du Mur de Berlin. Les éléments de cette fresque suivent une véritable logique. En nous contant l'histoire européenne sur cette période, on nous donne les clés de compréhension des tensions qui vont survenir. Je me suis rendue compte à quel point les frontières politiques étaient mouvantes. Si je devais émettre un souhait, ce serait que l'auteur décortique encore plus cette période d'instabilité politique et de contestation étudiante. J'aurais adoré suivre de plus près la Fraction armée rouge, de sa formation à sa dissolution.

    Rouge armé met en scène deux femmes : Inge et Patricia. Inge est un vieille dame au passé extrêmement lourd et douloureux, dont la famille a été frappée d'ostracisme et s'est vue dans l'obligation de fuir la Tchécoslovaquie. Sa mère et son frère sont passés par les camps pour finir par s'installer en Allemagne. Patricia quant à elle, est enfermée dans un processus d'autodestruction. Son parcours et par conséquent ce qui la lie à Inge n'est révélé qu'à la toute fin donc je ne vais pas vous spoilier le roman. ;) Autant j'ai beaucoup aimé le personnage de la vieille dame au caractère bien trempé et à la volonté farouche, autant Patricia ne m'a pas convaincue. Pire, je l'ai trouvée agaçante. J'aurais préféré que les passages qui lui sont consacrés soient dédiés à la vie d'Inge. C'est d'ailleurs pour cela que l'épilogue m'a laissée sur ma faim. Lorsque j'ai découvert les motivations de Patricia, je les ai évidemment comprises mais de là à aller aussi loin, cela manquait cruellement de crédibilité en ce qui me concerne. Encore une fois, ce n'est que mon avis et je conçois tout à fait que la fin ait pu contenter d'autres lecteurs. Le constate de maturité entre les deux femmes est abyssal, pourtant au jeu de celle qui a écopé de la vie la plus sombre et torturée je pense que Inge gagne haut la main. À partir de ce constat, il m'était compliqué de ressentir de la compassion pour Patricia.

  • 0.25

    Heidenau, Basse-Saxe, 2006. La journaliste Patricia Sammer se présente chez une certaine madame Lamprecht : elle a entrepris un travail sur la période du Mur, épluché de long en large les archives de la Stasi et elle enquête notamment sur les gens qui ont réussi à passer à l’Ouest au péril de leur vie et qui, déçus par le modèle occidental, ont choisi finalement de retourner vivre à l’Est.
    Visiblement, madame Lamprecht, méfiante et un tantinet sauvage, n’a pas envie d’aborder le sujet, a fortiori avec une inconnue. Petite femme discrète d’une soixantaine d’années environ, elle semble préférer vivre un peu loin de l’agitation du monde. Aussi, s’apprête-t-elle à lui fermer la porte au nez lorsque la journaliste lui dit : « … dois-je vous appeler Inge Oelze ? » La porte s’ouvre alors et l’histoire commence…
    La question centrale de ce roman est évidemment : qui est en réalité Inge Oelze, est-elle ce qu’elle dit être, cache-t-elle quelque chose d’inavouable, des blessures de l’Histoire ?
    Mais une autre personne se révèle, elle aussi, bien étrange : la journaliste elle-même !
    Que cherche-t-elle précisément, cache-t-elle quelque chose, pourquoi se réfugie-t-elle régulièrement dans l’alcool, quelle blessure explique cet état dépressif profond ?
    Et c’est bien là ce que j’ai préféré dans ce roman, à savoir ce lien ambigu et toujours tendu à l’extrême qui se tisse entre les deux femmes, une espèce de jeu de cache-cache, d’aveux plus ou moins tronqués, de complicité, de tendresse même mêlés d’un je-ne-sais-quoi de haine voire de répulsion.
    Sont-elles sincères ? S’il y a manipulation, qui manipule l’autre ? Leurs tête-à-tête plongent le lecteur dans une tension extrême, presque insoutenable… Tout semble opposer ces deux femmes et pourtant…
    En mettant en place deux temporalités (et trois générations) : le passé (1943-1977) et le présent (2006), l’auteur révèle petit à petit les événements vécus par les personnages et leur famille. S’offre alors au lecteur une véritable plongée dans la Grande Histoire : la Seconde Guerre Mondiale, la Guerre Froide que l’on redécouvre à travers le point de vue de personnages qui se trouvent malgré eux pris au piège d’une vraie tragédie. On découvre alors l’intimité de ces gens écrasés par l’Histoire, leurs terribles souffrances et l’incapacité finalement qu’ils ont à se projeter dans l’avenir.
    Rouge armé est un roman policier comme je les aime : des personnages complexes, mystérieux, dont on ne perçoit pas tout de suite les motivations, un suspense vraiment haletant jusqu’à la dernière page, des effets de surprise, des fausses pistes, un nouvel éclairage sur une période historique terrible et notamment ce qu’ont vécu les Sudètes (et que l’on ne connaît pas forcément très bien), enfin et peut-être est-ce là le plus important, c’est un roman qui nous pousse à nous interroger sur les notions de bien et de mal et la difficulté parfois de les distinguer. A-t-on le droit de tuer pour des idées, au nom de la liberté ? Peut-on (doit-on) pardonner les crimes passés ?
    Bref, un roman qui nous montre que rien n’est simple (mais ça, on le savait déjà !)
    Une réussite !

    Lireaulit: http://lireaulit.blogspot.fr/

Voir tous les avis

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Discussions autour de ce livre

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre
Soyez le premier à en lancer une !

Widget

Code à intégrer dans votre page

Code à intégrer dans votre page

Les lecteurs en parlent...

Afficher plus de discussions

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !

Autres éditions

Rouge armé Maxime Gillio OMBRES NOIRES

4.111111111

Voir toutes les éditions

Récemment sur lecteurs.com