Les portes du néant

Couverture du livre « Les portes du néant » de Samar Yazbek aux éditions Lgf

5

3 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Lgf
  • EAN : 9782253070115
  • Série : (non disponible)
  • Support : Poche
  • Nombre de page : 344
  • Collection : Ldp
  • Genre : Littérature Romans Poche
Résumé:

Figure de l'opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek a dû quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l'urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle est retournée trois fois dans son pays, clandestinement, où elle a connu de l'intérieur... Lire la suite

Figure de l'opposition au régime de Bachar al-Assad, Samar Yazbek a dû quitter son pays tant aimé en juin 2011. Depuis son exil, elle ressent l'urgence de témoigner. Au mépris du danger, elle est retournée trois fois dans son pays, clandestinement, où elle a connu de l'intérieur l'horreur de la guerre civile, aux côtés des activistes. Des premières manifestations pacifiques pour la démocratie jusqu'à l'émergence de l'État islamique, elle décrit le quotidien des combattants, des enfants, des hommes et des femmes ordinaire qui luttent pour survivre à l'une des plus grandes tragédies du XXIe siècle.
  Un des grands récits de guerre de notre époque, incarné, personnel, vécu. Pierre Haski, L'Obs Samar Yazbek souffre mille morts pour son pays et sa peine est contagieuse. Un livre capital. Charles Jaigu, Le Figaro.

Le magnifique sanglot d'une Syrienne qui prend la plume comme d'autres les armes. Bouleversant. Clara Dupont-Monod, Le Parisien magazine.

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  • 0.25

    Les portes du néant, ce sont les incursions que Salma Yazbek, journaliste syrienne et opposante au régime en place, a faites clandestinement dans son pays d’origine entre août 2012 et août 2013.
    Elle livre sur le papier le récit effroyable du calvaire d’une population, d’un pays ravagé et qui côtoie la mort au quotidien.
    Donnant la parole à ces êtres meurtris et brisés, elle apporte au lecteur un indispensable témoignage sur l’insoutenable barbarie syrienne.
    De l’espoir des premières manifestations pacifiques à la tragédie, nous suivons la route qui mène à l’effroi.
    Chaque page est emplie de force . Celle du désespoir d’un peuple martyr, condamné à l’exil dans les conditions inhumaines que l’on connaît.
    La guerre est dénoncée dans toute son atrocité par ceux qui la vivent, qui sont laminés entre une dictature et les ravages infligés par l’E.I , dans une spirale qui va crescendo.
    Quelques rayons de lumière toutefois viennent éclairer ce récit qui m’a saisie aux tripes et l’émotion m’empêche d’en dire plus.
    Avec une justesse et une pudeur époustouflantes, Salma Yazbek hurle , dénonce , pleure. Elle dit… Elle nous dit…
    « Il n’y a qu’un seul vainqueur en Syrie : la mort. On ne parle que d’elle, partout… Tout est relatif, sujet au doute. La seule chose dont on puisse être certain, c’est que la mort triomphera »
    Indispensable lecture, «  Les portes du néant »  a reçu le prix du Meilleur livre étranger en 2016.

  • 0.25

    A plusieurs reprises, j’ai failli abandonner : trop de scènes insoutenables. Enfants écrasés sous des décombres, femmes violées, enlevées, assassinées, cadavres d’hommes jonchant les rues des villes et chaque jour la même chose. Chaque jour, un ciel qui s’assombrit et lâche sur les civils barils d’explosifs, obus, roquettes, bombes à fragmentation… Au sol, c’est le carnage, le fin du monde, les cris, le sang, les larmes, la peur, la mort. Et chaque jour, le ciel s’assombrit de nouveau. Chaque jour.
    A plusieurs reprises, j’ai failli abandonner. Mais j’ai poursuivi parce que je me suis dit que si Samar Yazbek avait risqué sa vie pour décrire ce qu’elle a vu, je me devais de lire son témoignage, je me devais de savoir ce qui se passait là-bas, d’ouvrir les yeux pour comprendre l’enfer d’où venaient les réfugiés qui épuisent leurs dernières forces le long des routes.
    Si nous tous nous savions cela, peut-être n’oserions-nous même pas penser une seule seconde ériger un mur entre eux et nous, peut-être au contraire ferions-nous tout notre possible pour les accueillir, le mieux possible. Si nous tous savions ce qu’ils ont vécu, alors notre regard serait différent.
    Là-bas. Là-bas, il y avait un beau pays qui s’appelait la Syrie. Samar Yazbek y est née en 1970 dans la ville de Jableh mais elle a dû le quitter en juin 2011. Elle a dû s’exiler.
    Loin de son pays et de son peuple, elle s’est sentie déracinée, inutile, comme morte. Alors, elle a préféré y retourner, risquer sa vie pour témoigner, dire au monde ce qu’elle a vu, entendu, senti. Lorsqu’elle a pris son crayon, elle s’est dit que les mots ne seraient pas à la hauteur, qu’ils ne pourraient en aucun cas traduire l’horreur absolue : « Évoquer ce qui se passait semblait absurde et frivole. Mes doigts se paralysaient, mon esprit se figeait. Ce blocage, cette paralysie, m’empêchait de reprendre mes notes, de plonger dans mes entretiens. Impossible de me débarrasser de ce sentiment de futilité. L’énormité de l’injustice, les massacres quotidiens m’avaient laissée sans voix. Je crus qu’il me faudrait une éternité pour retrouver ma capacité à écrire. »
    Samar retourne clandestinement trois fois en Syrie en passant sous les barbelés de la frontière turque : en août 2012, février 2013, juillet-août 2013.
    J’ai une admiration absolue pour cette femme qui repart sans cesse, risque à tout moment de mourir, en a parfaitement conscience mais repart quand même car elle a l’intime conviction que son rôle, sa mission est d’être là-bas, parmi les combattants, parmi les Syriens afin de les aider à faire face en mettant en place des projets humanitaires et en prenant des notes, comme un greffier de la guerre, pour dire au monde ce qu’elle a vu, ce qu’on lui a raconté. Elle a promis de dire, elle le fera. Le monde entier connaîtra la tragédie syrienne.
    Au départ, au mois de mars 2011, éclate une révolte populaire pacifique, un souffle démocratique s’empare du pays : « Nous étions convaincus de pouvoir faire tomber le régime grâce aux grèves et aux manifestations. Nous n’avions pas prévu la suite des événements… et nous avons pris les armes. » expliquera Raed. Puis, c’est l’engrenage, la lutte de ce qui deviendra l’Armée Syrienne Libre contre les troupes de Bachar al-Assad et les groupes djihadistes extrémistes qui en profitent pour occuper le territoire. Un conflit compliqué qui se transforme vite en guerre religieuse, une espèce de monstre incontrôlable à deux têtes. Et au fond, le sentiment terrible d’une révolution volée, détournée, détruite, confisquée. Un rêve avorté.
    Pour des civils peu armés, la tâche est insurmontable.
    Alors, le quotidien devient vite un enfer : pénurie alimentaire, coupure d’eau, d’électricité, absence de médicaments, de médecins, pillages, bombardements à répétition, enlèvements, tortures, blessés et morts en grand nombre. Vivre caché. Un enfer sans fond, un trou noir proche de la mort. L’insoutenable. « Comment vais-je pouvoir écrire toute cette dévastation ? » se demande Samar. « Lire que des barils d’explosifs et des obus sont tombés pendant dix jours sans interruption dans la ville où vous avez vécu n’a rien à voir avec la vraie vie sous les bombardements. Depuis un an, Saraqeb est pilonnée tous les jours. Voir les cadavres amoncelés sous les décombres, ce n’est pas les toucher. L’odeur de la terre après l’explosion d’une bombe à fragmentation ne se transmet pas par le biais des photos et des vidéos diffusées par les militants qui sont en vie et capturent les événements par l’image. Où est la puanteur ? La panique dans les yeux des mères ? Ce bref moment de silence et de choc après chaque déflagration ? »
    Et malgré les bombes qui tombent, Samar se déplace, interroge les gens sans cesse, sans relâche, bravant la mort qui la guette à chaque coin de rue.
    Elle donne la parole à ceux qui n’ont pas de voix, elle se fait la voix des autres, de ceux qui sont restés là-bas, vivants ou morts, de ceux dont on ne parle pas, refusant par là même de les laisser tomber dans l’oubli.
    Dans la terre rouge et brûlante de Syrie, entre un olivier un peu tordu et un vieux cyprès, le texte de Samar Yazbek est la petite fleur jaune qui pousse parmi les ruines et la rocaille.
    Cette fleur s’appelle l’espoir...
    Des gens comme Samar Yazbek l’arrosent un peu chaque jour…

    Lire au lit : http://lireaulit.blogspot.fr/

  • 0.25

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/03/09/33492468.html

    « Je suis la conteuse qui examine vos vies fugaces, qui vous tiens dans son regard, comme nous le faisions lors de ces longues nuits, lorsque nous riions à gorge déployée en nous demandant lequel d'entre nous serait touché par le prochain obus. Je le fais pour vous. Je ne peux que vous faire apparaître dans mon esprit et bâtir vos histoires tels des piliers dressés entre la terre et le ciel.

    J'écris pour vous qui avez été trahis. »

    Samar Yazbek, journaliste et écrivaine syrienne, est une figure de l'opposition au régime de Bachar al-Assad. En juin 2011, suite au mouvement révolutionnaire et à des arrestations, elle finit par s'exiler en France avec sa fille. Cependant, l'appel du pays et surtout la volonté de relater les événements en cours – des événements qui dévient rapidement du pacifisme au radicalisme – l'incitent à retourner sur place malgré les risques de mort ou d'enlèvement.

    Après un premier témoignage Feux croisés, elle revient avec Les portes du néant, trois portes pour trois dates – août 2012, février 2013, juillet-août 2013 – exposant une guerre d'anéantissement. Elle a ainsi bravé la frontière turco-syrienne, les bombardements, les divers dangers pour mener son enquête et révéler la vérité.

    Samar Yazbek montre bien comment cette révolution en Syrie a été kidnappée, détournée par le pouvoir mais aussi par la faute des adversaires de ce pouvoir, tombés pour beaucoup dans le radicalisme, laissant le champ libre à la pensée islamiste. Mais surtout, Les portes du néant est un recueil de témoignages : les témoignages de ceux qui n'ont pas la parole notamment dans les médias, ceux qui connaissent la réalité du terrain, bien éloignée de celle qu'on imagine en Europe :

    « Je désespérais que le monde ne puisse voir la réalité de la situation. On préférait nous considérer comme des sauvages, sans le moindre entendement. Ils ramenaient tout à l'extrémisme islamiste. La conséquence, c'est que tous les gouvernements et les peuples laissaient se poursuivre ce conflit d'une dangereuse sauvagerie. »

    Un ouvrage plus que nécessaire à lire, qualifié par François Busnel de livre de « dissidence et de résistance » et appartenant pour Christophe Boltanski – qui signe une belle préface – à « la littérature du désastre ».

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