Le vertige des falaises

  • 0.25

    Ayant découvert l’écriture de Gilles Paris avec « Autobiographie d’une courgette », et totalement subjuguée, c’est avec une grande impatience que j’attendais de lire son tout dernier roman, « Le vertige des falaises ».
    Le vertige, c’est ce que l’on ressent en posant le pied sur l’Ile, personnage à part entière du récit, tout comme l’est Glass, la maison de verre et d’acier, imaginée par feu Aristide, le patriarche du clan Mortemer.
    Trois générations de femmes vivent dans cet endroit étrange, où l’on s’éclaire souvent à la bougie, où le Continent semble être à des années-lumière, où l’on pourrait s’attendre à voir surgir, dans la pénombre, le fantôme d’Agatha Christie (auteur qui m’est chère)…
    Sous forme chorale, Gilles Paris donne la parole à chacun des personnages, éclairant peu à peu ainsi la pénombre et levant le voile sur les secrets bien enfouis que chacun détient.
    Olivia, la grand-mère (« L’arbre centenaire sur qui tous les orages se sont abattus, sans arracher la moindre écorce ») , et Marnie, sa petite-fille (« J’ai 14 et j’ai 100 ans… Je suis le vertige des falaises ») sont la première et la dernière génération vivantes de Mortemer.
    Les hommes n’ont que peu de place dans ce huis-clos aux accents hitchockiens. Ou alors une place détestable. Je pense ici à Aristide et à Luc, mari et fils d’Olivia, êtres violents et dénués de scrupules.
    Les personnages sont décortiqués, leurs ambivalences taillées au scalpel. On entend la voix d’Olivia, celle de Prudence, qui m’a beaucoup fait penser à Nelly, la gouvernante dans le merveilleux « Rebecca » de Daphné du Maurier et le film éponyme du grand Alfred. On frémit avec Marnie , aussi attendrissante que sombre. On sent le vent cingler les falaises. On souffre avec Rose, et son crâne chauve, à cause du cancer qui la ronge. On tombe forcément sous le charme de Jane, l’amie aveugle de Marnie.
    C’est avec un délicieux effroi qu’on se laisse porter au fil des pages. Paradoxalement, les ténèbres côtoient la lumière, tout comme le désespoir enlace l’amour.
    Les thèmes abordés le sont avec une immense pudeur et une grande délicatesse. Qu’il s’agisse de la violence faite aux femmes, de la filiation, de la maladie et du deuil, de la résilience, des relations intergénérationnelles, il fallait tout le talent de Gilles Paris pour ne pas verser dans la caricature, et nous offrir cette pépite, dévorée en un rien de temps.
    Un immense coup de cœur, donc, pour lequel je remercie vivement les Editions Plon et bien évidemment l’auteur, dont je vais m’empresser de découvrir les autres merveilles.
    «Personne n’a osé me secouer de peur que tout se brise à l’intérieur. Une fillette fragile, tout en verre »

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