La grande arche

Couverture du livre « La grande arche » de Laurence Cossé aux éditions Gallimard

4.214285714

14 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Gallimard
  • EAN : 9782070142040
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 368
  • Collection : Blanche
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s'écroule, et s'écroule toutes les fois qu'on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut... Lire la suite

Il existe à travers le monde une légende presque universelle, selon laquelle on ne peut pas construire un monument si un être humain n'est pas sacrifié. Sinon, le bâtiment s'écroule, et s'écroule toutes les fois qu'on essaye de le remonter. Pour conjurer cette malédiction, il faut emmurer quelqu'un de vivant dans les fondations. On recense plus de sept cents versions de cette histoire. Celle de la Grande Arche de la Défense est la plus récente.

Ce récit brosse l'épopée de la construction d'un des monuments les plus connus de Paris, dont on ignore qu'il fut l'enjeu de luttes politiques au couteau sous le règne de François Mitterrand. C'est surtout le portrait et l'histoire de son créateur, Johan von Otto Spreckelsen, un architecte danois très secret, professeur aux Beaux-Arts de Copenhague.

Lauréat d'un prestigieux concours international en 1983, fêté pour son projet à son arrivée à Paris, cet homme du Nord découvre avec stupéfaction la désinvolture et les revirements à la française. L'affaire finit tragiquement pour lui, alors que se construit ce portique de marbre qui paraît la sérénité même.

Dans ce roman puissant, Laurence Cossé conjugue l'art de la narration romanesque et la précision d'une longue enquête pour évoquer un destin d'architecte parmi les plus beaux et les plus paradoxaux, les plus absolus et les plus violents du xxe siècle.

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Les derniers avis

  • 0.25

    Laurence Cossé fait partie de mes auteurs préférés, c’est dire si j’avais hâte de découvrir ce livre, sans en avoir lu la 4ème de couverture.

    L’auteur raconte l’historique de la Grande Arche de la Défense. Quelle épopée politico-architecturale ! Tout commence le 25 mai 1983. Johan Otto von Spreckelsen, a gagné le concours d’architecture pour le projet colossal « Tête de la Défense ». Le problème c’est qu’il n’a été confronté, ni au gigantisme, ni aux mœurs françaises et qu’il ira de déconvenues en déconvenues. Passer de l’artisanat (construction d’églises) à l’industriel et la haute technologie échelle XXXL ne s’improvise pas. Il l’apprendra à ses dépens. « A la Défense, il est écrasé. Il va être écrasé. Son œuvre menace de l’écraser. » Cet homme qui parait un peu rigide fera mettre, au sens littéral du terme, Mitterrand à genoux ! Imaginez la scène et la moue médusée de son entourage.
    Un bouquin captivant. Laurence Cossé a travaillé son sujet. Je sens, derrière ses phrases, des monceaux d’archives décryptées, des montagnes, infranchissables pour moi, de données techniques déchiffrées. « La littérature fait courir des risques dont l’auteur n’avait pas idée avant de s’y lancer, sans quoi il aurait préféré l’ethnographie ou le saut à la perche. Les efforts de documentation auxquels j’ai dû m’astreindre pour écrire sans trop d’inepties les paragraphes précédents ont réduit en poussière un des piliers de mon équilibre psychique »
    Laurence Cossé a su mettre les doigts là où ça fait mal ; Les manœuvres économico-politiciennes, l’ambition démesurée de certains comme le « faucon pèlerin ». L’incompréhension grandissante entre Johan Otto von Spreckelsen, tout bâti de la rigueur scandinave et la maîtrise d’œuvre française à plusieurs têtes qui avance, recule, … Toutes ces chicaneries, les modifications des plans, des matériaux ont eu raison de l’architecte qui a démissionné. Il est vrai que, dès départ, les dés étaient pipés : on ne marie par l’eau et le feu.
    L’aventure n’est pourtant pas terminée. Les veilleurs que sont Lion, Dauge et Subileau, présents dès les débuts, veillent sur la pérennité de l’édifice. Subileau le dit « Ce bâtiment est maudit. On a engendré un monstre. C’est un monument d’une sérénité absolue mais il reste marqué par son enfantement terrible. Il a été laissé en déshérence ». Quant à Andreu, il « est le premier à le regretter, l’édifice en tant qu’édifice reste un monument vide : c’est un ouvrage remarquable mais sans fonction forte ni sens. « Un objet pur, quoi ». »

    Laurence Cossé est arrivée à faire de cette aventure une véritable saga, un roman à suspens. La Grande Arche n’est absolument pas roborative malgré le sujet. De petites piques ironiques, caustiques, des digressions littéraires, étymologiques (par exemple sur l’arc) ou ethnologiques (le faucon pèlerin) émaillent le livre.
    « Si l’Arche est ce qu’elle est, cette Port »e de Paris si puissante et si singulière, c’est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d’une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d’air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare ». Ainsi se termine le livre. Cette époque n’existe plus, les nouveaux projets sont avant tout faisables et sécuritaires, le rêve n’est plus primordial. Changement d’époque !
    Mais tout n’est pas terminé pour l’Arche de la Défense. Espérons que des slogans publicitaires ne viendront pas abîmer ce beau monument et que la restauration pourra se faire sans l’abîmer.

    Un grand Laurence Cossé, un coup de cœur pour moi.

  • 0.1

    Récit plus que roman, La grande arche évoque le destin de Johan Otto von Spreckelsen, architecte ayant gagné le concours de projets pour construire, dans la perspective de l'Arc de Triomphe à Paris, un monument original et innovant. Un projet initié par François Mitterand qui veut marquer la capitale de son empreinte.
    C'est donc autour de luttes politiques et de contraintes techniques que s'organisent ce livre, rapportant les enjeux, les difficultés d'élaboration (on pouvait encore gagner un concours d'architecture sans avoir étudié les contraintes techniques et déterminé la réelle faisabilité !), et la vie tragique de l'architecte.

    Plus qu'un roman, cet opus de Laurence Cossé est une enquête qui fait flirter milieux politiciens, tracas technocratiques et problèmes techniques. Pour qui n'est pas intéressé par ces sujets, la lecture s'avère vite ardue, voire pénible, d'autant que le style est assez journalistique, factuel, très éloigné du romanesque même si le personnage de Johan Otto von Spreckelsen inspire de l'empathie (les passages évoquant les différences entre les cultures danoise et française sont éloquents, et le personnage, finalement un peu poète, est sympathique).
    J'ai finalement peu apprécié cette lecture, sans doute parce que perdue au milieu des descriptions techniques j'ai fini par m'ennuyer un peu...

  • 0.15

    Sous le titre La grande arche, on lit « roman ». Si l’on s’en réfère à la définition du Larousse, on trouve ceci
    «  Œuvre d'imagination constituée par un récit en prose d'une certaine longueur, dont l'intérêt est dans la narration d'aventures, l'étude de mœurs ou de caractères, l'analyse de sentiments ou de passions, la représentation du réel ou de diverses données objectives et subjectives ; genre littéraire regroupant les œuvres qui présentent ces caractéristiques ».

    Certes, on retrouve dans La grande arche des études de moeurs ou de caractères, l’analyse de sentiment peut-être, et de données objectives, oui. Mais les deux premiers mots de la définition évoquent quand même une oeuvre imaginaire. Et là on ne répond pas au cahier des charges; ce récit tient plus de l’enquête journalistique que du roman. Les faits sont là et sont décrits, avec passion et et rigueur, mais sont loin d’être imaginaires.

    Roman ou pas, l’histoire de ce monument de Paris, élevé par la volonté d’un président qui voulait « graver son histoire dans le verre ou dans la pierre «  comme le dit la chanson, mérite-t-elle qu’on s’y intéresse?
    Les férus d’architecture pourront y trouver leur compte. Les lecteurs passionnés d’intrigues politiciennes aussi. Les férus d’architectures passionnés d’intrigues politiciennes connaitront l’extase. Personnellement hélas ce n’est pas mon cas. La lecture a donc été assez fastidieuse, par incompréhension des descriptions de volumes, orientation, proportions….(un encart photographique aurait été très utile pour illustrer la construction, les personnages, mais aussi les dessins de chantier qui sont évoqués), par agacement de redécouvrir et de confirmer ce que l’on sait déjà, à savoir que les deniers publics n’ont pas toujours une utilisation optimale. Le seul aspect qui m’a accroché est la personnalité de l’architecte Spreckelsen, ce danois tourmenté, qui n’aura pas vu le résultat final de sa création (ni la dégradation de la bâtisse dans les décennies qui vont suivre et c’est sans doute mieux ainsi).

    L’auteur a accompli un énorme travail de documentation, avec une rigueur certaine. Et son intention est énoncée clairement d’en faire une oeuvre poétique. C’est un défi irrationnel : comment donner à des interviews, des dialogues de personnalités influentes un ton musical? Comment s’émouvoir sur la différence entre bâton armé et béton précontraint?

    L’écriture est élégante (les nombreuses réserves que j’émets ne concernent pas le talent d’écrivain de l’auteur, certains paragraphes sont superbes, quand ils parlent de la difficulté de ce travail d’écriture), mais on trouve beaucoup de redites, sans utilité.
    Par ailleurs certaines anecdotes semblent hors de propos : l’histoire de la poule rousse, le chapitre sur Karen Blixen.
    Pourquoi ces deux paragraphes identiques en début de chapitre, l’un sans ponctuation, l’autre avec?

    Enfin, pourquoi la grande arche? A cause de l’architecte un peu fou? de la vanité des ses commanditaires? de son inutilité hormis de constituer une perspective sur l’axe historique de la capitale? Pourquoi pas l’opéra Bastille ou la cité des sciences, sûrement concernés par de croustillantes anecdotes politico-architecturales aussi?

    Que restera t-il de cette lecture? Lorsque je passerai à la Défense, je saurai que le nuage n’est pas une bâche provisoire, je remarquerai la structure métallique à l’intérieur qui sert de chassis pour les ascenseurs (que l’on ne peut pas utiliser si j’ai bien compris), et j’aurai une pensée pour le danois obstiné qui l’ a conçu. C’est un résultat non négligeable.

  • 0.2

    Laurence Cossé a mis dans La Grande Arche deux ingrédients essentiels que sont la passion et la documentation.
    Sa passion pour cette œuvre est à la hauteur de l’utopie imaginée par Johan Otto Von Spreckelsen, jeune architecte danois visionnaire mais plus artiste que bâtisseur.
    Son souci documentaire est d’une précision et d’une rigueur impressionnantes ; il donne à cet ouvrage une dimension de grande vérité mais au final un aspect plus de témoignage et d’enquête que de roman.
    Construire la Grande Arche avait tout d’une mission impossible : un projet d’une ampleur sans équivalent avec une destination jamais clairement définie de l’œuvre.
    L’auteur révèle parfaitement les deux visages diamétralement opposés du chantier ; elle montre son aspect génial qui donne du sens à tout le quartier et à la perspective  ; inversement, il s’agit d’une œuvre dénaturée sans vocation sans maintenance et un gouffre financier. L'écriture élégante de Laurence Cossé est en phase avec la dimension sacrée voire christique de l'Arche.  
    Au fil des décisions successives, miroir des interrogations, le Cube est devenue la Grande Arche de la Défense préférée à l’Arche de Triomphe de Spreckelsen et l’Arche de la Fraternité.
    Laurence Cossé met en exergue le drame humain du créateur écrasé par son œuvre et attaché à son idéal. Seul et vulnérable, au milieu des luttes d’intérêt, l'architecte danois ne se remettra jamais de la dénaturation de sa création.
    Oubliés le chemin de croix d’un homme et les querelles politico-techniques, il reste dans le paysage parisien une nouvelle pyramide ; souhaitons qu’elle dure aussi longtemps que celles d'Egypte...
    Laurence Cossé a réussi à donner l’envie de redécouvrir l 'Arche dans toutes ses dimensions artistiques, de jeux de couleurs, de secrets et d'audaces. Elle apporte à son tour une très belle pierre à cette passionnante aventure d’exception.

  • 0.2

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/05/24/33862274.html

    Je n'aurais, je pense, jamais lu ce livre s'il n'avait pas été finaliste du Prix Orange du Livre. Et pourtant, il est très bon !!!

    Laurence Cossé a enquêté sur la construction de l'Arche, longtemps appelée « le Cube », depuis l'annonce du gagnant du concours international d'architecture Tête-Défense le 25 mai 1983 à l'inauguration le jour du bicentenaire le 14 juillet 1989 et même au-delà. Ce projet, s'inscrivant dans la politique des grands travaux culturels de Mitterrand, fascine autant par l'originalité de son architecte, un Danois n'ayant construit auparavant que sa maison et quatre églises, que par les difficultés pour aboutir à son érection et son inauguration.

    On entre ainsi dans une sorte de polar réel politique où les protagonistes sont François Mitterrand, Robert Lion le patron de la Caisse des Dépôts, l'urbaniste Jean-Louis Subileau, l'architecte Paul Andreu, le promoteur carnassier Christian Pellerin et surtout Otto von Spreckelsen.

    Spreckelsen est un personnage digne d'une tragédie : il va progressivement vivre une descente aux enfers à force de voir ses projets remaniés, repoussés, annulés pour des raisons à la fois techniques mais aussi budgétaires (le passage à droite du gouvernement en 1986 accéléra le processus). Le Danois rigoureux se confronte ainsi à la mentalité française qu'il n'arrive pas à saisir, source d'incompréhensions mutuelles. Il y a aussi le combat entre les rêves de l'architecte et la pragmatisme de la construction. Le tout se termine sur une démission et un cancer qui l'emporte avant que l'Arche ne soit achevée.

    Et puis, il y a la bataille politique autour de l'Arche : ceux qui essaient de la récupérer à leur profit comme Christian Pellerin, et ceux qui veulent coûte que coûte une Arche au service du public avec des services administratifs et culturels. Le combat a été âpre au point que Subileau a confié à Laurence Cossé : « ça a été i-gnoble. Une bagarre politique comme il n'y en a plus eu par la suite. Je découvrais cette violence avec stupéfaction. C'était Florence sous les Médicis ».

    Après de tels témoignages, on s'étonne que l'Arche ait réussi à survivre et à imposer ce qui est aujourd'hui une évidence, et ce malgré les nombreux défauts du bâtiment tant par son extérieur vieillissant que par son aménagement intérieur exécrable.

    Je me suis passionnée pour cette histoire qui certes est de l'ordre de l'essai, du document mais qui utilise certains ressorts du roman.

  • 0.25

    Sur un thème millénaire, cette histoire de la construction de l'Arche de la Défense est passionnante.
    Ce n'est pas que l'histoire de ce monument, situé dans l'axe de l'Arc de Triomphe, le tout symbolisant l'histoire de la capitale française. C'est aussi celle de son architecte, un mot qui a aussi des résonances multiples.

    Un peu comme le thème du complot qui traîne aujourd'hui dans l'actualité, voilà qui donne un piment tout particulier à ce livre. Quand vous saurez que je me suis imprégné de cette Arche en y allant pour une grande soirée donnée sur son toit, vous comprendrez qu'on ne peut pas passer à coté de ce livre sans le choisir...

  • 0.25

    Quand le Danois Johan Otto von Spreckelsen remporte l'appel à projets pour la construction de ce qui deviendra la Grande Arche de La Défense, il est encore un illustre inconnu, dont les précédentes réalisations (des églises dans son pays d'origine) témoignent déjà de son obsession du cube dans tous ses états. Le chantier qui s'annonce, démarré en juillet 1985, est hors norme, multiplie les "premières", accumule les superlatifs. Sous le joug d'une foule de contraintes, techniques et financières, comme toute réalisation de cette envergure, il suppose un ballet parfaitement orchestré entre le maître d'ouvrage, le maître d'oeuvre et les entreprises, doublé ici d'une "opération séduction" envers le président Mitterrand, dans un milieu qui a tout d'une jungle, avec ses prédateurs et ses proies. Mais la cohabitation entre vision d'architecte et politique s'avère vite compliquée... Lorsque la construction est lancée (à la moitié du livre), on assiste à une "succession de tâtonnements" et moult péripéties qui pousseront Sperckelsen à la démission ; ce dernier mourra avant de voir son projet achevé, quittant "l'imperfection, les conflits de pouvoir, la bassesse humaine, l'amertume de l'ego". La Grande Arche sera inaugurée en juillet 1989.
    Sur un sujet a priori assez improbable et pas forcément de nature à passionner le lecteur lambda, Laurence Cossé livre "une vision personnelle de cette aventure" - entendons par là un récit (plutôt que roman) formidable, passionnant. On se surprend à être absorbé par le tour romanesque que prend cette saga a rebondissements multiples. La démonstration est éloquente (si tant était besoin de le prouver à nouveau !) que les grands projets architecturaux sont étroitement dépendants de ce qui se trame dans les arcanes du pouvoir ; aussi peut-on lire entre ces lignes une critique acerbe et drôle de ce système. Laurence Cossé manie, avec un détachement feint et une tranquille assurance, un humour pince-sans-rire, et insère au milieu d'une foule de données la vie et les déboires de "Sperck" - voilà un titre tout trouvé pour une bibliographie qui pourrait parfaitement constituer le quatrième tome de la "trilogie" de Jean Echenoz consacrée à Ravel ("Ravel"), Zatopek ("Courir") et Tesla ("Des éclairs"), tant le ton et le style font par moments penser à ceux de ce romancier ! Tout imprégnée de son sujet au point de nous raconter, par d'habiles et réjouissantes digressions, les "coulisses des coulisses" (lorsqu'elle évoque son travail de recherche et d'écriture), l'auteure se moque des conventions, alterne les narrateurs, navigue et emporte le lecteur... Magnifique mise en abyme, où la forme employée, de type patchwork, rappelle la genèse de l'Arche, par petites touches, une somme d'aventures heureuses ou malheureuses qui s'agencent jusqu'à former un ensemble cohérent...
    Cette approche protéiforme - à la fois enquête, travail d'archiviste, de documentariste, témoignages... - est à l'image de la réalisation de Sperckelsen : un cube de plein (richesse des données ici exposées) qui referme un cube de vide et laisse passer la lumière (le propos n'"enferme" pas le lecteur ni le sujet, et offre des échappées où s'engouffrent poésie et anecdotes). Gros coup de cœur !

  • 0.25

    Plus de 25 ans après sa construction, Laurence Cossé nous fait revivre dans son dernier opus La Grande Arche, paru chez Gallimard, l'épopée de la construction de ce bâtiment autour du destin contrarié et malheureux de son architecte, le danois Johann Otto von Spreckelsen…

    Revenons au commencement : le 23 mai 1983, le projet nommé Tête-Défense connaît enfin son lauréat : le danois Spreckelsen. Celui-ci est un inconnu pour le grand public ; à cet égard, voici l'échange qui a eu lieu lors de la conférence de presse entre Spreckelsen et les journalistes après que les résultats furent proclamés :

    "Il se tait, une main se lève : Et vous, demande un journaliste, qu'est-ce que vous avez construit ? Spreckelsen répond d'une phrase. Ce que j'ai fait ? La maison que j'habite et quatre églises.

    Un tonnerre d'applaudissement salue cet énoncé. Spreck est déconcerté.

    (...) Les François ont pris la courte phrase de l'architecte pour une litote. Ils ont compris qu'il avait d'abord construit sa maison et puis une quantité d'immeubles, d'écoles, de ponts, de tours, de cités administratives, avant de terminer par quatre églises, récemment."

    De malentendus, il en sera question pendant toute la construction. Conflit de culture entre des Français qui se croient rationalistes et l'architecte danois qui les considère avant tout comme des gens peu sûrs. Incertitude sur la destination de l'Arche devant initialement abriter le CICOM, un centre dédié à la communication, qui ne verra finalement jamais le jour. Enfin lutte d'influence pour la construction dans le contexte de la première cohabitation. Au final, si l'Arche sort de terre, ce sera au prix d'abandons forcés de la part de Spreckelsen, qui finit d'ailleurs par se retirer d'un projet qui n'est plus le sien.

    Laurence Cossé a agi en véritable enquêtrice : elle a fouillé les archives, rencontré les protagonistes encore vivants, voyagé au Danemark en tentant (vainement) de recontrer l'épouse de Spreckelsen. Elle voltige entre l'avant, l'après, les rencontres, les détails ; un certain suspense y est distillé (elle écrit plusieurs fois "on y reviendra"...). On y découvre les arcanes du pouvoir mais aussi le manque de vision qui habite certains projets (ici le CICOM). Certes, on est parfois un peu perdu dans les détails architecturaux mais c'est sur le destin de Spreckelsen, un architecte qui aime "contrôler chaque boulon", et d'une famille qui en restera traumatisée, qu'elle nous livre les plus belles pages :

    "Le Christ a vécu la croix, puis la gloire. Spreckelsen, à l'inverse, a connu la gloire avant de parcourir son espèce de chemin de croix. Son désir d'absolu a été porté à un tel degré de violence qu'il en est devenu négatif. Plutôt rien que l'inscription de l'esprit dans l'imperfection de la réalité. Plutôt abandonner que cautionner l'altération de l'oeuvre. Plutôt mourir."

    Spreckelsen ne verra jamais son Cube terminé. Il devait venir à Paris en février 1987, mais malade, il doit annuler sa visite et décède peu après, le 18 mars 1987.

    La Grande Arche fait aujourd'hui partie des monuments emblématiques de notre capitale. Un projet et un architecte auxquels Laurence Cossé rend hommage à la fin du roman :

    « Si l'Arche est ce qu'elle est, cette porte de Paris, si puissante et si singulière, c'est que Spreckelsen était inexpérimenté, déraisonnable, non conforme et d'une folle présomption. Les concours ouverts créaient des appels d'air, des appels de neuf, de risque. Ils donnaient sa chance à Icare. »

    Plongez-vous tout de suite dans la lecture de La Grande Arche, un livre ambitieux, intelligent et très bien écrit, à juste titre en lice pour le Prix Orange du Livre.

  • 0.2

    Il n’est pas rare qu’un Président de la République, ici ou ailleurs, désire laisser sa trace dans l’histoire de son pays. C’est dans cet esprit que le projet de La Grande Arche est né de la volonté de François Mitterrand.
    En 1983, les procédures de consultation et de choix de l’architecte laissaient une liberté de décision assez large au maître d’ouvrage. C’est ainsi qu’au terme d’un prestigieux concours international, Johann Otto von Spreckelsen, à partir d’esquisses et autres dessins, a été l’heureux élu chargé d’orchestrer la réalisation du monument, tel que présenté sur papier.
    Il était danois, ne parlait pas le Français et n’avait pas eu encore à connaître la culture et les mentalités des personnes avec lesquelles il allait travailler. Doué d’un grand souci de la précision et du sens contractuel, rigoureux, ponctuel, ses réalisations antérieures ne reposaient que sur la construction de sa maison et de quatre églises au Danemark…
    Ajoutant à ses méconnaissances techniques qui le faisaient se heurter aux ingénieurs et collaborateurs ses incompréhensions de l’administration française, les blocages politiques et autres arcanes en période de cohabitation Mitterrand/Chirac, Spreckelsen n’en finissait pas de se heurter aux difficultés, se trouvant petit à petit quasiment dépossédé de son projet.
    Ce dernier, qui aurait pu être pour lui une consécration, se trouva être un cauchemard.

    Ce roman (?) ressemble plutôt à un documentaire sur les péripéties de la construction d’un monument, cube creux qui n’a jamais réellement trouvé sa destinée. Au vu du turn-over des locataires et des difficultés à trouver ses occupants, on se rend compte que la construction de cet arc de triomphe était davantage le besoin de marquer l’histoire que celui de besoins identifiés.

    Il est alors facile d’arriver à cette conclusion, en passant par les budgets dispendieux injectés dans l’opération, les conflits politiques et d’intérêt, qui ont émergé et suivi le chantier, puis encore aujourd’hui le fonctionnement de La Grande Arche. Mais tout en évoquant les remous et tempêtes, l’écriture et le style de Laurence Cossé, précis, très bien documenté, sérieux parfois teinté d’humour, ont le pouvoir de décrire finement la lutte qu’a menée Spreckelsen, son lâcher-prise et sa fin tragique. Le portrait de l’homme fragilisé mais combattant jusqu’à l’abdication pour garder l’essence de son élégant projet le rend attachant, et autorise le lecteur (et le contribuable) à passer sur ses lacunes techniques qui ont indéniablement compliqué la tâche de la maîtrise-d’œuvre.
    Enfin, ce texte fait référence à d’autres grands moments de l’histoire ou de la littérature, que ce soit le voyage de Michel Ange parti seul à Carrare choisir le marbre pour le tombeau du Pape Jules II, et par conséquent le clin d’œil au très beau roman de Leonor de Recondo, « Pietra Viva », la musique élément essentiel des conditions de travail d’Einstein, la visite au cimetière danois où repose Sprieckelsen… et Karen Blixen…
    Bref, ce roman est une mine d’informations, parfois assez techniques certes, mais distillées de façon à assurer la fluidité, et son élégance au texte.
    Alors, tout près de la fin, après un peu de colère ou d’incompréhension, je me suis volontiers ralliée à la réflexion de Subileau (urbaniste et directeur de la Société d’Aménagement Tête-Défense) « Malgré cela, en termes urbanistiques, ce monument reste un apport merveilleux à l’histoire de Paris. Et ceci a une valeur inestimable. »
    Enfin, je terminerai cet avis en signalant deux très belles pages (148 et 149) qui m’ont donné envie de faire « à pied ces huit kilomètres entre le Louvre et la Défense, un jour de grand beau temps et tôt le matin, avant que n’enfle la circulation… » pour découvrir l’Arche « en ayant une pensée pour celui qui n’aura pas vu la Forme très pure dont il avait eu la vision ».

  • 0.2

    C'est une vraie intrigue policière que nous raconte l'auteure ! Cette grande arche nous révèle tous ses secrets de sa construction qui fut un vrai parcours d'obstacles. Un sujet d'une grande originalité. .

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