Giboulées de soleil

Couverture du livre « Giboulées de soleil » de Lenka Hornakova-Civade aux éditions Alma Editeur

4.466666666

15 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Alma Editeur
  • EAN : 9782362791857
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 296
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Elles s'appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l'époque qu'elle traverse.... Lire la suite

Elles s'appellent Magdalena, Libuse et Eva et partagent le même destin : de mère en fille elles grandissent sans père. Mais de cette malédiction, elles vont faire une distinction. Chacune a sa façon, selon sa personnalité, ses rêves, ses lubies, son parler et l'époque qu'elle traverse. Malgré elles, leur vie est une saga : Magdalena connaîtra l'annexion nazie, Libuse les années camarades et Eva la fin de l'hégémonie soviétique. Sans cesse des imprévus surgissent, des décisions s'imposent, des inconnus s'invitent. À chaque fois, Magdalena, Libuse et Eva défient tête haute l'opinion, s'adaptent et font corps. Au fond, nous disent-elles, rien n'est irrémédiablement tragique, même les plus sombres moments.
Ces héroïnes magnifiques, Lenka Hornakova Civade les magnifie encore par son écriture solide et douce, brodée, ourlée, chantante. Moqueuse aussi lorsque la kyrielle de personnages secondaires - paysans, apparatchiks, commères. le requiert.

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  • 0.25

    Tchécoslovaquie, dans les années 30, Magdalena est employée dans une ferme, propriété de riches patrons. Une attirance pour le fils du patron, étudiant à Vienne, une nuit d’abandon, une nuit d’incendie, et sa vie bascule. Tout comme sa mère avant elle, Magdalena va donner naissance à une bâtarde. Nous voilà donc immergés dans cette famille de femmes : Marie, une grand-mère gynécologue, dure mais juste, froide mais sensible, elle a fui Vienne lors de la partition du pays ; une mère, Magdalena, quitte la ferme et revient au village lorsqu’elle met au monde son enfant ; une fille Libuse ; puis Eva, une petite fille, chacune ayant les rêves de son temps.
    Elles subiront les mêmes offenses que leur pays : la partition du pays, l’occupation par les nazis, le joug soviétique et la perte des libertés fondamentales. Pourtant face à l’adversité et fortes de leur différence, être nées bâtardes, elles sauront s’affirmer et s’épanouir, fières de leurs amours passés, d’instants de bonheur volés aux traditions, aux coutumes, au qu’en dira-t-on.
    C’est le beau portrait sans concession de trois générations de femmes sans mari, de filles sans père, qui chacune à sa façon va poursuivre et inventer sa vie, son avenir, sa force, en opposition à ces hommes qu’elles auront malgré tout su aimer, mais aussi à ces hommes qui ne leur seront d’aucun secours, qui seront au contraire des entraves, des contraintes, des complications à l’épanouissement de leur vie de femme dans la recherche d’un certain bonheur et dans l’affirmation de leur liberté.
    L’écriture est belle, sensible, chantante et douloureuse parfois, comme les sentiments qu’elle exprime avec une grande justesse et infiniment de sobriété. Elle parle traditions, trahison, force et honneur, amour et haine, vengeance et oubli, elle dit, elle raconte, et le lecteur ne peut qu’aimer ce roman tellement attachant, tellement émouvant, tellement beau comme des Giboulées de soleil qu’il nous emmène presque à imaginer, pluie et soleil, obscurité et lumière, tragédie et bonheur.

  • 0.2

    Un premier roman passionnant, un prix Renaudot des lycéens amplement mérité pour cet auteur, dont le français n'est pas la langue maternelle, remarquablement bien écrit. On suit avec émotion le destin de ces femmes à travers la Tchécoslovaquie, mère, fille, petite fille, en forme de tribu et de secrets familiaux, bâtardes de génération en génération, comme une malédiction inévitable. Elles sont fortes, ces femmes, et courageuses, tout repose sur leurs épaules, et on grappille avec elles quelques miettes de bonheur et de rêves. Trois chapitres correspondant à chacune des ces femmes : Magdalena la mère, Libuse la fille, et Eva la petite fille, toutes soudées par une quatrième omniprésente : Marie, la mère de Magdalena, qui relie affectivement ces trois personnages, maman universelle. Et que dire du titre : Giboulées de soleil, une belle trouvaille qui renforce le côté positif et combatif de ces maîtresses femmes.

  • 0.15

    Ce livre présente le portrait de 3 femmes nées en Tchécoslovaquie à des époques différentes. Une lignée de femmes de caractère, qui n'ont pas de repères masculins dans leur entourage puisque le Père est inexistant pour chacune d'elles. Elles vivent selon leurs époques, avec courage, envie et solidarité. L'union fait la force comme dit le proverbe !

    Avec ce livre je suis partie dans un autre pays, un pays totalement inconnu. Ces 3 femmes m'ont fait découvrir un nouvel univers et aussi 3 caractères plutôt affirmés.

    J'aime ces livres où la femme et son humilité est mise en avant. Etre née de père inconnu est pas ce qu'il y a de plus évident pour démarrer dans la vie mais elles ont su en faire une force et presque une fierté. Elles devront faire des choix mais gardent toujours en tête de trouver le positif malgré la situation.

    L'écriture est particulièrement jolie, les phrases s'enchaînent avec fluidité, les propos sont limpides. On ne dirait pas que l'auteur est en France seulement depuis les années 90 tellement son phrasé est agréable, précis et très juste.

    Une bonne lecture !

  • 0.25

    On suit le parcours de 3 femmes issues d'une même lignée: toutes 3 sont des filles nées avant le mariage et élevant leur fille sans leurs vrais pères. Ce livre est en 3 parties: la 1ère est consacrée à Magdalena qui connait l'annexion nazie: jeune fille travaillant dans un domaine, elle se fait engrosser par le fils des patrons avant qu'il ne soit évacué pour des raisons politiques. Puis c'est au tour de Libuse, fille de Magdalena qui grandit elle sous le joug communisme. Et enfin, sa fille, Eva, vit sous la fin de l'hégémonie soviétique.
    De cette malédiction, elles vont toutes les 3 en tirer une force et une hargne sur la vie, sur le fait de se battre contre tous (mari violent, voisins médisants, gens de bonne société....).

    L'écriture de Lenka HORŇÁKOVÁ-CIVADE est magnifique, ciselée, brodée, vive qui nous permet de nous replonger dans l'Histoire. Ce livre me fait penser à des poupées russes, où page après page, on découvre un pan de l'Histoire, un pan de leur histoire.... A découvrir. Un coup de coeur pour moi!!!

  • 0.25

    Trois parties, trois livres, trois récits composent ce roman : ceux de Magdalena, Libuse et Eva, portées en filigrane par la présence sous-jacente et omniprésente de Marie, mère de Magdalena, grand-mère de Libuse et arrière grand-mère d'Eva.

    Trois femmes, trois destins de mère en fille, de fille en mère, qui se distinguent toutes les trois par cette singularité de naître de père inconnu dans un pays, la Tchécoslovaquie, où cette situation était très mal considérée, et à différentes époques successives du XXe siècle, traversant ainsi le Deuxième Conflit mondial, le poids du communisme et l'ouverture sur l'Europe en pleine construction. Trois femmes d'exception, trois vies difficiles, confrontées à bien des défis, bien des choix, trois femmes qui, tour à tour, s'exposent, luttent, s'affirment et accomplissent leur destin avec fougue, passion, hargne. Et fierté!

    Ce roman se lit comme une saga, une page d'Histoire dans laquelle se greffent ces histoires personnelles, ces trois récits de vie narrés à la première personne du singulier. Et c'est ce qui en fait à la fois sa force et sa singularité. D'entrée on se laisse prendre et emporter par la voix de Magdalena. On découvre la vie dans ce pays sous l'Occupation nazie. Et c'est une première page d'Histoire qui s'ouvre à nous. Bien sûr on sait que ce Deuxième Conflit du XXe siècle fut aussi mondial. Mais, pour ma part, j'ai davantage et beaucoup lu sur cette période de guerre en France. Découvrir les exactions nazies, les souffrances du peuple dans un pays autre est donc assez nouveau pour moi. Et c'est par la littérature que j'en prends connaissance, que je m'en imprègne. Par les mots que l'auteur pose sur cette période terrible. Une sensibilité étonnante et poignante. Le passage sous le joug communiste en devient ensuite une conséquence non pas évidente mais somme toute assez logique. Et c'est avec Libuse qu'on le vit, qu'on le découvre, qu'on l'expérimente. Et la reconstruction, l'évolution des mœurs même s'il y a encore beaucoup à faire, beaucoup à en dire, Eva nous y confronte et nous met face à des situations assez incroyables. Avec elle, on les savoure, ces instants. On les maudit aussi. Et on en espère beaucoup.

    J'ai vraiment aimé cette lecture, vite lue, happée par ces récits, nouveaux pour moi, et tellement enrichissants par tout ce qu'ils m'ont fait découvrir, vivre et ressentir. Lenka Hornakova-Civade possède une très belle écriture, foisonnante et bouleversante.

  • 0.25

    Quel joli titre ! « Giboulées de soleil » ! Il résume parfaitement l’ambiance des vies dont on va être le témoin avec émotion.
    Le décor : La Tchécoslovaquie au XXème siècle (même si au cours de cette époque cette région du monde n’a pas toujours portée ce nom).
    Trois femmes vont successivement apporter leur témoignage en racontant leur vie et celle de leur famille : Magdalena mère de Libuse mère d’Eva. Elles le font avec un ton direct, franc parfois empreint de naïveté. En tout cas, ce sont « des femmes porteuses d’histoires » (p 295). Toutes sont des battantes même chacune a sa propre personnalité : Magdalena, une jeune fille très sentimentale, nostalgique qui aimerait vivre ses rêves. Libuse est une enfant très mâture et enfin Eva porte le poids de tous les non-dits des générations précédentes. Il lui faudra du temps pour s’en libérer.
    Le livre s’ouvre avec Magdalena, née à Vienne en 1929. Elle fait des allers-retours entre sa petite enfance et l’époque où elle raconte c’est-à-dire celle où elle a déjà quitté la ville pour vivre à la campagne, celle où elle tombe amoureuse de Josef (le fils des patrons chez qui elle travaille à la ferme). La première partie du livre s’achève, on va connaître la suite de son destin dans les deux parties suivantes grâce aux récits de sa fille puis de sa petite fille.
    Lenka Hornakova-Civade maîtrise le français à merveille, de belles phrases emplies de poésie tout au long du roman : « Regarde les étoiles, elles sont suffisamment loin pour nous faire rêver et suffisamment proches pour qu’on puisse les voir » (p 177). Le livre est aussi parsemé de réflexions sur différents thèmes : les relations mère-fille bien-sûr, mais aussi le bonheur, la normalité, …
    « Combien de fois j’avais entendu les gens dire : « Ah, à l’époque, qu’est-ce qu’on était heureux, mais on ne le savait pas », avec de grands regrets et la nostalgie de ce bonheur pas vécu comme il le fallait. S’agissait-il d’un leurre, de racontars de vieilles personnes ? Je m’étais promis que j’allais guetter le bonheur et le savourer quand il passerait près de moi. […] De temps en temps, je m’interroge sur mes états d’âme. Est-ce que là, en ce moment précis, ce que je ressens c’est du bonheur ? Difficile à dire. […] je me suis rendu compte que le bonheur n’était pas facile à saisir. » (p 173-174)
    « Au fond de moi, je ne sais pas si j’aurai tellement aimé rentrer dans le cadre de la normalité. La normalité, c’est ce qu’on nous assène dès notre plus tendre enfance. Pas d’écart, pas de fantaisie, pas de différence, ni plus haut, ni plus bas, […] En gros, c’est penser, vouloir, dire et vire tous la même chose. Du moins en apparence. » (p 254 – 255)
    A la fin de l’ouvrage, l’auteur explique dans son autoportrait qu’elle « ne pouvait exprimer qu’en français ce qui reste indicible dans [sa] langue maternelle » (p 296). Le récit est très bien mené, il ne s’agit pas d’une histoire linéaire. Les vies s’entremêlent, les relations entre les personnages se complexifient, certains points d’ombre ne s’éclaircissent qu’à la fin.
    Un vrai beau moment de lecture. Un roman intense qui permet aussi de mieux connaître l’histoire du pays natal de l’auteur.
    https://cahiersvarisetplumenacre.wordpress.com/2016/08/21/giboulees-de-soleil-lenka-hornakova-civade/

  • 0.2

    68premièresfois
    Un premier roman lu dans le cadre du challenge « 68premièresfois » et un coup de cœur. J’ai beaucoup aimé ce portrait de femmes fortes et courageuses, ces touchantes bâtardes et l’histoire avec un grand H de la Moravie, pays de l’Europe de l’Est, qui a été le théâtre des événements historiques les plus marquants du 20e siècle. Trois parties pour trois portraits de femmes et de bâtardes. Cela donne l’impression que les destins se ressemblent. C’est aussi l’histoire de la Tchécoslovaquie et des changements politico-sociaux de ce territoire : de l’empire au communisme tchèque à l’invasion soviétique. J’ai eu l’impression de me retrouver dans les pièces de théâtre d’Anton Tchekhov (les trois sœurs) , l’histoire d’une servante dans une famille aisée dans la campagne tchèque, à la frontière de l’Autriche et dont les frontières ont changé après les guerres, d’un coup de crayon, après la signature du traité de Versailles. J’ai aussi pensé aux romans de Sofi Oksanen, comme « purge », qui raconte aussi des villages qui subissent des invasions et occupations. Pour Sofi Oksanen, il s’agit de l’Estonie. Il y a aussi de belles pages sur les lectures que font les filles et en particulier, les romans des Dumas et ainsi Liba ne rêve que d’aller à Paris, ou les lectures de l’arrière petite-fille qui découvre le poète français François Villon. De beaux portraits de femmes, et leurs relations entre générations : des jeux de gamine avec les grands mères, ou plutôt son arrière-grand-mère, comme plonger la tête dans une casserole d’eau salée pour faire la mer, car quel drôle d’idée de vivre dans un pays sans mer ! Il y a aussi de beaux personnages secondaires touchants, comme cet apprenti boucher poète qui livre la viande enveloppée dans ses propres poèmes, la caissière de la coopérative d’alimentation, qui est tellement cancanière que cela fait mal à la tête en attendant de payer ses courses. La place de la nature et sa description est très poétique. La couleur rouge domine aussi ce texte : le rouge qui sert à faire des broderies, le rouge sang du cochon tué dans la cour de la ferme, le rouge sang des filles-mères, le rouge aussi du parti communiste, tchèque ou soviétique.., le rouge du crayon de couleur. Bref, une belle lecture et une réussite pour un premier roman. A lire absolument.
    « On fera une nouvelle société, on sera tous égaux. Tu ne seras pas une domestique mais une citoyenne travailleuse, ouvrière. Tu pourras faire tes choix, changer de travail plus facilement, travailler pour nous tous, comme les autres travailleront pour toi.. »(p34)
    « Les raisons, les « comment » et les « pourquoi » sur votre vie, les autres le savent mieux que vous. Il n’y a qu’à écouter les ragots, les rumeurs, les bruits et les chuchotements du village pour que vous sachiez où vous en êtes de votre vie. » (p110)
    « Je hais ma mère autant que je l’aime » (p116)
    « Il faut le préciser, on est des bâtardes de mère en fille, comme certains sont boulangers ou rois. Aujourd’hui, il n’existe plus de boulangers. Ils ont été remplacés par des boulangeries industrielles qui crachent du pain sans âme, d’après maman Marie, qui fait son pain pour la semaine à la maison. Les rois n’existent plus non plus et ont été remplacés, eux, par le Parti Communiste. Il faut maintenant être communiste de père en fils. L’avantage avec le communisme, c’est que chacun peut l’adopter, alors que normalement qu’il n’a a qu’un seul roi par pays. De toute façon, les rois tchèques, çà fait bien des siècles sur nous n’en avons plus. Depuis la fin du XVe, on était habitué aux têtes couronnées venues d’ailleurs, presque tous des Habsbourg. Et perdre un roi qui n’est pas de chez nous, je trouve que çà fait moins mal. Pour els boulangers, c’est plus embêtant. (p127)
    « On peut être heureux pour rien. Je me demande si ce n’est pas le bonheur le plus complet, être heureux pour rien. Et de le savoir. Le fait d’en prendre conscience rend ce bonheur si précieux, éclatant. » p178
    « -Il paraît que tu ne veux pas être traitée de bâtarde, alors que t’en es une ? Prends la vie comme elle vient mais ne baisse jamais la tête, surtout devant ce petit monde-là ! Tu ne peux pas fuir ce que tu es, mais il y a différentes façons de s’y prendre. Ne laisse jamais les gens avoir pitié de toi ; la pitié c’est ce qui se change en haine le plus rapidement. Après l’amour. »

  • 0.25

    Lechatquilit.e-monsite.com

    Giboulées de soleil de Lenka HORNAKOVA - CIVADE


    C’est une histoire de mères, de grand - mères, de filles et de petites - filles, d’amour et de non - dits qu’elles voudraient protecteurs ; une histoire de racines et d’identité, de famille et de bâtardise fatalement transmises de génération en génération. De cette différence, ces femmes feront une distinction.

    Ainsi l’auteur résume son roman à la dernière page..

    Dans ce roman, j’ai suivi le destin de 4 femmes, 4 générations. Toutes nées de père inconnu dans des circonstances pas très reluisantes, il faut bien le dire. Chacune, différemment va devoir s’adapter à l’époque et eu changement de politique du pays.
    L’écriture de ce livre est fluide et changeante. La vie des personnages n’est pas racontée de la même façon ; la dernière, nous raconte sa vie de petite fille en langage petite fille, créant un texte drôle et émouvant.
    C’est un livre tendre et vrai que nous livre l’auteur, avec des moments forts et des personnages hauts en couleur. Une belle saga sur des tranches de vie de femmes.

    Un très bon premier roman.

    Extraits :

    J’ai rougi, je crois, enfin j’espère pas trop, sinon je deviens écarlate comme une aubépine en automne. De l’entendre dire “femme” en parlant de moi, on coeur s’était mis à battre plus vite. Ou plus fort.

    On crie donc si fort en venant au monde ? On ne sait rien de ce qui nous attend et pourtant, avec une profonde intuition, on crie. J’étais jalouse de cette franchise première.

    Jan me crache presque ces mots, il est si content de les dire. Je le sens dans son souffle qui me frôle l’oreille et la réchauffe avant que le four ne reprenne le dessus. Ah ! Pouvoir se retourner pour le gifler, j’aimerai bien. Mais je dois marcher de plus en plus vite, pour suivre ce convoi. Je dois vite me décider à crier, appeler Josef, lever ma fille à bout de bras, sa fille, notre fille. C’est si facile, un cri.

    Est - ce que cela date des premières gifles d’Aloïs que je n’ai confiés qu’à Vache ? Je pouvais tout lui dire ; et je le peux encore. Je pouvais aussi lui montrer les bleus, le égratignures et les vêtements déchirés quand j’essayais d’échapper aux grosses mains d’Eloïs. Sauf qu’une vache, même quand elle est une amie, ne répond pas, n’essuie pas les larmes, ne dit pas des mots doux. En cela une vache ressemble à ma mère. On dirait que ma mère ne sait pas quoi faire avec. Mon bébé bouge dans l’écharpe plaquée sur mon ventre.

    Elle a prononcé le mot “fils” avec fierté, comme si accoucher d’un fils était plus méritant que d’une fille, alors que maman Marie pourrait en témoigner, c’est strictement le même bazar. C’est - à - dire, la douleur, la fatigue et à la fin le soulagement quand tout s’est bien passé et que tout est fini. En ce qui concerne la joie, c’est là où ça se gâte.

    C’est vrai ça ; il paraît qu’on est nombreux à être nés, en 1969 et 1970, et aussi en 1971. Mamie Marie le sait bien, elle s'intéresse beaucoup aux enfants. Elle pense que c’est très bien que le pays se défende de cette façon, en faisant des enfants. C’est comme s’il avait fit un grand froid, ou quelque chose de ce genre : les gens sont rentrés chez eux et ont fait des enfants. Mais comment les enfants peuvent - ils défendre un pays ? Personne n’a peur des enfants !

    Depuis cette histoire du livre jeté dans le feu, je lis encore plus, parce que mamie Marie a dit que les mots ont beaucoup de pouvoir. La preuve, si un petit livre et une chansonnette ont réussi à faire se lever le veux boiteux de son fauteuil, il doit suffire de trouver les bons mots pour changer le monde.

  • 0.25

    Magnifique oxymore que ce roman à l’image de son tout aussi magnifique titre "Giboulées de soleil". Brodeuses de mère en fille, mais aussi et peut-être surtout bâtardes de mère en fille, bâtardes mais fières, dignes, libres et, plutôt que d’en rougir, elles portent cette particularité en bandoulière. Lenka Hornakova-Civade nous narre ainsi l’histoire de trois femmes, la mère Magdalena, la fille Libuse et la petite fille Eva, toutes nées de père inconnu et à travers elles, en filigrane, celle de son pays natal, la Moravie (actuelle République Tchèque).
    Il est vrai que, sous la houlette de Marie, la mère de Magdalena, la première à avoir "fauté", elles transforment leur malchance en une sorte de dignité, une forme de majesté, une distinction qu’elles revendiquent chacune à leur manière haut et fort.
    Chacun des trois chapitres du livre raconte l’histoire d’une femme, sa vie et celle de son pays passant de l’annexion nazie à la période de montée du communisme puis à la fin de l’hégémonie russe. Les hommes, eux, n’y ont pas la part belle, lâches qu’ils sont, veules, abjects, malveillants pour la plupart.
    C’est un très beau roman où le pire, les giboulées, (ce n’est pas facile dans une société traditionnelle de ne pas avoir de père connu) côtoie le meilleur, le soleil, (la liberté, la fierté et aussi l’amour). Les réflexions sont d’une grande simplicité, voire d’une naïveté peu commune. La langue est belle, la tendresse affleure, et la vie demeure. La tête haute, ces femmes avancent. Et nous les suivons, les admirons, les aimons.
    J’ai aimé cette véritable saga familiale qui, une fois commencée, ne peut être lâchée. J’ai eu l’impression de dérouler un de leurs fils à broder et de le suivre sans reprendre mon souffle, en empathie totale avec leurs âmes nobles, indépendantes, courageuses. Comme disent les québécois, je suis tombée en amour de ce beau roman.

  • 0.25

    Mais qu’ont-elles donc, Marie et ses descendantes, à avoir leur premier enfant hors mariage dans une société qui ne le tolère pas ? Et une fille en plus !
    Réaction contre les convenances ?
    Révolte contre les valeurs familiales ?
    Que nenni ! Elles aiment. Elles aiment absolument. Elles aiment spontanément. Elles aiment passionnément.
    Ce ne sont pas des militantes, juste des amoureuses généreuses.
    Ensuite, arrive le temps des compromis, alors elles se marient .Et la vie continue, avec ses renoncements, ses petites joies, ses contraintes matérielles. Magdalena , Luba, Eva nous racontent tour à tour leur histoire, leur combat pour rester libres et vivantes. Et les années passent… Sous le regard placide et serein des vaches, compagnes fidèles, dans la galère comme dans la joie. Compagnes qui doivent elles-aussi s’adapter aux changements de la société.
    Car cette histoire a pour toile de fond l’Histoire du 20ème siècle, de la création de la Tchécoslovaquie à son annexion par les Nazis, puis son contrôle par les Soviétiques, jusqu’à la veille de la chute du Mur de Berlin.
    Plusieurs générations de femmes pour qu’enfin l’une d’elle ose partir.
    Un premier roman intéressant, émouvant et tonifiant que l’on lit d’une seule traite. Et des femmes que l’on aime et que l’on oublie pas, la dernière page tournée.

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