Désorientale

Couverture du livre « Désorientale » de Negar Djavadi aux éditions Liana Levi

4.375

16 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Liana Levi
  • EAN : 9782867468346
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 350
  • Collection : Litterature liana levi
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

La nuit, Kimiâ mixe du rock alternatif dans des concerts. Le jour, elle suit un protocole d'insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. Née à Téhéran en 1971, exilée en France dix ans plus tard, elle a toujours tenu à distance sa culture d'origine pour vivre libre.... Lire la suite

La nuit, Kimiâ mixe du rock alternatif dans des concerts. Le jour, elle suit un protocole d'insémination artificielle pour avoir un enfant avec son amie Anna. Née à Téhéran en 1971, exilée en France dix ans plus tard, elle a toujours tenu à distance sa culture d'origine pour vivre libre. Mais dans la salle d'attente de l'unité de PMA de l'hôpital Cochin, d'un rendezvous médical à l'autre, les djinns échappés du passé la rattrapent. Au fil de souvenirs entremêlés, dans une longue apostrophe au lecteur, elle déroule toute l'histoire de la famille Sadr. De ses pétulants ancêtres originaires du nord de la Perse jusqu'à ses parents, Darius et Sara, éternels opposants au régime en place ; celui du Shah jusqu'en 1979, puis celui de Khomeiny.
Ce dernier épisode va les obliger à quitter définitivement l'Iran. La France vécue en exilés n'a rien à voir avec le pays mythifié par la bourgeoisie iranienne... Alors, jouant du flash-back ou du travelling avant, Kimîa convoque trois générations et une déesse du rock and roll au chevet de sa « désorientalisation ». On y croise, entre autres, Siouxie, Woody Allen, Michel Foucault, des punks bruxellois et des persans aux yeux bleus, six oncles et un harem.

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Le courrier des auteurs

Négar Djavadi répond à nos questions ! (12/07/2016)

1) Qui êtes-vous ? ! À l'instant où je réponds à cette question, l'auteure d'un roman intitulé «Désorientale». 2) Quel est le thème central de ce livre ? La mémoire. Ce lieu où le passé se dépose pour être englouti ou ravivé, disparaître ou être réinventé. 3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? Une chanson de Violent Femmes, «I hear the rain», écoutée dans un bazar en Orient. 4) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? L'envie de traverser les apparences pour aller voir au-delà des êtres et des choses. 5) Quelle place tiennent les librairies dans votre vie ? Elles ponctuent mon chemin quand je marche dans la ville. Des havres de paix au milieu de la jungle urbaine.

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Les derniers avis

  • 0.2

    Le début de Désorientale m'a un peu gênée juste le temps que je m'habitue aux enchaînements d'histoires et aux personnages. Mais cette gêne n'a pas duré et une fois entamé je n'ai pas quitté le livre.
    La narratrice nous parle de son histoire, de l'histoire de son pays natal l'Iran, de sa famille, de sa différence qu'il faut accepter et faire accepter aux autres.
    Au delà de l'invitation au voyage de beaux sujets sont abordés avec beaucoup de sensibilité et de façon très juste.
    Désorientale est un très beau roman. Merci aux 68 premières fois de m'avoir permis de le découvrir !

  • 0.2

    Sans être un roman autobiographique, l’auteure puise dans son passé, ses racines, pour construire/cultiver une fiction aux multiples feuillages. L’histoire d’une héroïne Kimiâ en quête d’un destin pendant qu’elle attend dans une salle de l’hôpital Cochin pour une insémination artificielle.
    "Désorientale" est un roman de femmes, celui de Kimia et ses sœurs Leïli et Mina, de Sara, la mère, mais où figurent aussi un père engagé et des oncles numérotés, un roman de son passé, écrit à l’instant présent pour mieux aborder l’avenir, un roman où l’histoire comme les êtres ne meurent jamais car ils permettent de continuer le combat, de résister, de transmettre, de vivre...éternellement.
    Amatrice de musique, Négar Djavadi a conçu son récit comme un disque vinyle, avec deux faces, la A et la B, les deux avec les mêmes notes de fantaisie et de tragédie, des faces alternatives pour rappeler un Iran à la dérive. Cet Iran, cette Perse antique aux 1001 acoustiques où résonnent une forteresse culturelle, diversité linguistique et richesses naturelles. Oui, des richesses sur sol et au sous-sol... comme le pétrole... Justement le pétrole, source de conflits internationaux dont l’auteure sait habilement les narrer par des notes en bas de page. Et de mentionner à plusieurs reprises, le destin de Mohammad Mossadegh, Premier Ministre au début des années 50 qui tenta de nationaliser l’Anglo-Iranian Oil Company mais qui, par un coup d’Etat en 1953, finira le reste de ses jours en résidence surveillée et forcée. L’Iran de Mohammad Reza Palahvi, entre faste... et dictature... Puis l’arrivée de Rouhollah Moussavi Khomeini qui aboutira à l’exil de Négar Djavadi. Et de la protagoniste de "Désorientale" aussi...

    Quand vous refermerez ce livre, vous sentirez comme un souffle de liberté au-dessus de vous, un souffle d’humanité, de générosité pour une fresque familiale racontée avec énergie et une franchise absolue !

  • 0.15

    Ce livre m'a permis de découvrir l'histoire et la vie politique de l'Iran au travers de l'histoire de vie de sa protagoniste... on la suit au travers de ses récits qu'elle relate alors qu'elle entame une procédure de FIV pour pouvoir donner la vie..
    Intéressante incursion dans ce pays et son histoire où l'on sait peu de choses (du moins moi).... Un peu long par moments...

  • 0.25

    Le lecteur entre dans ce livre, comme par effraction dans la tête de la narratrice.
    Hopital Cochin elle attend son tour pour une PMA.
    Rappelez-vous quand vous êtes dans une salle d'attente pour quelque chose de plus important qu'un rhume, votre esprit vagabonde et encore davantage lorsque vous allez devenir parent pour la première fois.
    Le début du livre n'est pas confus, juste diffus, vous vagabondez avec la narratrice dans le foisonnement d'une famille Iranienne où la petite histoire rejoint l'Histoire.

    Kimia est la benjamine, avec sa famille elle a fui l'Iran et est arrivée en France à l'âge de 11 ans.
    Elle nous narre le pays de son enfance, ses racines, les empreintes gardées à travers trois générations, l'exil, l'adaptation et ce pays la France si différent, celui où elle vit puisqu'elle n'est jamais retournée en Iran.

    Au moment le plus intime de sa vie, l'espoir de devenir maman, Kimia d'une manière totalement désordonnée déroule son chemin de vie. Désordonnée, oui mais pas brouillon, juste à la façon dont la mémoire de chacun fait des sauts dans le passé, un souvenir en faisant surgir mille autres.
    La famille orientale est abondante, les oncles sont numérotés et cela m'a fait sourire, mais cela nous permet de mieux appréhender les us et coutumes.
    "Il en va de ces images comme des évènements d'une vie. Associés à d'autres, certains évènements apparemment anodins se charge d'un nouveau sens. Ainsi des liens se créent."

    Jusqu'en 1979, la vie de la famille Sadr se déroule sous nos yeux ensuite c'est la fracture et c'est l'Iran et ses splendeurs, ses terreurs et ses contradictions.
    La famille Sadr et en particulier les parents de Kimia sont des opposants au régime, ce qui va entraîner leur exil.
    "A vrai dire, rien ne ressemble plus à l'exil que la naissance. S'arracher par instinct de survie ou par nécessité, avec violence et espoir, à sa demeure première, à sa coque protectrice, pour être propulsé dans un monde inconnu où il faut s'accommoder sans cesse des regards curieux."
    Avant l'exil il y a les changements dans la vie de famille, mère au travail, père au foyer, qui induit pour Kimia une éducation différente et un lien distendu du côté maternel. Les parents sont surveillés, les descentes fréquentes et violentes de la police secrète, la peur au ventre pour la petite fille de rentrer chez elle et de retrouver sa famille exterminée.
    Le choc de devoir porter foulard et tunique jusqu'aux pieds, sinon c'était l'arrestation et les coups de cravache.
    Il faut fuir pour rester en vie.
    La fuite c'est partir avec sa mère et ses soeurs et être confiées à un passeur sans jamais savoir si l'on arrivera à destination.
    Traverser le Kurdistan à cheval de la neige jusqu'à la taille,par moins vingt-cing degrés, ne pas pouvoir communiquer faute de connaître la langue du passeur.Avoir peur du voyage, de l'arrivée et aussi de se dépouiller de tout ce qui a fait notre vie jusqu'à lors...
    Un père intellectuel, absent au quotidien en Iran et en France pas préparé à recevoir sa famille, une mère qui pense à ceux qu'elle a laissé au pays. La dépression des parents comme une entrave, deux soeurs qui pour l'une trouva sa survie dans les études et l'autre complètement noyer dans cette nouvelle vie.
    Et Kimia, ne veut pas quitter l'enfance, sa soeur ainée met un mot sur ce qui trouble cette identité en devenir : lesbienne.
    Kimia se cherche elle passe par la mode punk , ses outrances et Paris devient sa ville, la France son pays. Mais un pays dont la mémoire essaie d'effacer les cent-dix-sept jours où Khomeyni a été accueilli à Neauphle le château...

    L'auteur nous offre un magnifique voyage dans son "andarouni" mais fait d'une aventure personnelle quelque chose d'universel, qui nous éclaire sur l'Histoire de notre monde.
    Cette quête de mémoire, celle qui consciemment ou inconsciemment nous façonne pour la vie, l'identité est le fil conducteur de ce roman.
    Et comme la vie c'est tour à tour drôle, triste, ironique, tragique... Ce livre me fait penser à cette phrase : « Un livre à succès n’est pas fait de ce qu’il recèle mais de ce qui s’en est échappé.» Mark Twain
    Un premier roman, magnifiquement maitrisé, car si la narration est "désorientée", la subtilité de ce cheminement jusqu'à la vie, pour laquelle il a fallu se désintégrer et apprivoiser cette identité en devenir fait que ce livre jouit d'une audacieuse humanité.

    Nagar Djavani reçoit Le Prix du Style 2016
    ©Chantal Lafon de Litteratum Amor 22 novembre 2016

  • 0.25

    Tout commence dans la salle d’attente d’un hôpital, lieu de toutes les émotions. Kimiâ, la narratrice de cette belle histoire désorientalement désorientée, attend son tour pour une PMA. Les souvenirs surgissent et entraînent le lecteur dans un tourbillon, une valse sur fond musical iranien , car l’Iran est bien au centre de ce formidable roman , cette douce saga familiale et historique que nous livre Négar Djavadi, en Shéhérazade des Temps Modernes.
    Nous sommes transporté(e)s plusieurs générations en arrière, et d’un coup de baguette magique, surgit Montazemolmolk, truculent bisaïeul, à la tête de son harem de 52 femmes, d’une armée, et accessoirement, de bon nombre de rejetons. Parmi ces enfants, une fille aux yeux bleus, Nour (ce qui signifie « la lumière »), la grand-mère de Kimiâ. Nour donnera naissance à Darius, le père de la narratrice, opposant farouche au régime du Shah puis de Khomeiny et contraint de quitter l’Iran avec sa famille, de fuir la tyrannie, pour venir vivre dans ce Paris-Eldorado aux couleurs annoncées de Liberté, Egalité, Fraternité.
    Kimiâ grandira donc en France, mais n’oubliera pas pour autant ses racines perses, car l’exil laisse toujours des traces douloureuses pour qui le subit. Par exemple, nous découvrons pourquoi Darius refuse d’emprunter les escalators dans le métro parisien. Ecartelée entre cet Iran si différent de celui de son enfance, et cette France dans laquelle elle a dû se désintégrer pour s’intégrer, elle nous raconte son chemin de vie, celui qui l’a amenée, en ce jour précis, dans cette salle d’attente de Cochin, assumant pleinement son désir d’être mère, une mère homosexuelle.
    « Car pour s’intégrer à une culture, il faut, je vous le certifie, se désintégrer d’abord, du moins partiellement, de la sienne. Se désunir, se désagréger, se dissocier. » »
    J’ai beaucoup aimé me laisser porter par la magie de ces pages , tournées avec un immense plaisir, les unes après les autres. J’ai découvert un pays dont, dans le fond, je connaissais bien peu de choses, sans doute déformées par le prisme de ma vision occidentale. Le personnage de Kimiâ m’a profondément émue, tant par sa singularité que par cette immense soif de Liberté qu’elle a chevillée au corps.
    Un très beau premier roman donc, rythmé à souhait, un coup de cœur certain, un voyage « sans bouger de chez soi », sous la plume de cette conteuse envoûtante qu’est Négar Djavadi, auteure en devenir …
    « On a la vie de ses risques. Si on ne prend pas de risque, on subit, et si on subit on meurt, ne serait-ce que d'ennui. »

  • 0.2

    L’auteure de ce premier roman nous parle avec beaucoup de délicatesse, humour et réalisme de l’histoire de sa famille : de ses arrières grands parents, grands parents, oncles tantes et parents et ses sœurs. Nous sommes avec elle au début du récit dans la salle d’attente d’un hôpital pour une insémination. Ce projet de grossesse va être le prétexte pour la narratrice de faire remonter les souvenirs de sa vie d’exilée et aussi nous parler de sa famille. Negar Djavadi est d’origine iranienne et on pourrait plus employer le terme de persane ou orientale. Elle va nous parler de sa vie en Iran, de son voyage vers l’exil, avec la traversée des montagnes pour rejoindre la Turquie puis la France, de sa vie en France avec ses parents et sœurs et de sa vie actuelle. Ce livre est très touchant et on suit avec un réel plaisir et intérêt les digressions de l’auteure : on se retrouve dans les murs du harem de son arrière grand père, dans la cuisine de sa grand mère à Kaboul, dans des squats londoniens ou dans les couloirs d’un hôpital parisien. Ce livre nous parle très bien de l’exil et des façons d’essayer de trouver sa place, sa place dans un pays, dans une société, dans une famille. J’ai aimé le côté réaliste, touchant de l’auteure, sa façon de nous parler avec beaucoup de pudeur d’elle mais aussi de ses sœurs, de ses parents. L’exil est un espoir, une souffrance et un combat de tous les jours. Il y a aussi beaucoup d’humour et de référence à la culture. Des personnages touchants jalonnent ce texte, comme la grand-mère qui réussit à éviter la mort de son mari par l’un de ses fils, en évoquant un personnage d’un roman de Dostoïevski. Ce livre m’a fait penser à Persépolis, la BD de Satrapi qui parlait aussi de l’exil et de la vie en Iran et aussi le film « rien de nous trois » de Kheiron. Un de mes coups de cœur des 68premières fois de la rentrée et une lecture qui donne du baume au cœur, malgré un sujet difficile, en ce moment où l’actualité ne parle que de chiffres pour les migrants et que l’on oublie qu’il y a un être humain derrière ces satanées statistiques et quotas ! « A plusieurs reprises, je l’ai entendu dire que la religion, comme la tyrannie, asséchait la capacité d’analyse dans le but d’imposer un unique sentiment : la peur. « La peur est leur seule arme et la révolution consiste à la retourner contre eux » insistait il avec conviction. » « Je cours sans cesse après le présent. Mais le présent n’existe pas. Ce n’est qu’un entracte, un récit éphémère, qui peut à chaque instant être balayé, détruit, pulvérisé par les djinns échappés du passé. » (p186) « S’il faut que les creux et les pleins s’emboîtent pour que les êtres se complètent et cheminent ensemble, mes creux de doute s’emboîtent parfaitement avec les pleins de confiance d’Anna .» (p285) « Voilà ce que j’avais appris d’eux : chacun est libre d’être ce qu’il est, de désirer ce qu’il désire, de vivre comme il l’entend, à condition de ne pas nuire à la tranquillité d’autrui et à l’équilibre général. Un principe de vie à l’exact opposé de la culture persane où dresser des barrières, se mêler de la vie des autres et enfreindre les lois est aussi naturel que la respiration. Mais aussi en décalage avec la rigidité judéo-chrétienne de la culture française où le verbe entrave sans cesse l’action » (p295) « Voilà le drame de l’exil. Les choses comme les êtres existent mais il faut faire semblant de vivre comme s’ils étaient morts » (p301) « On a la vie de ses risques, mes chatons. Si on ne prend pas de risques, on subit, et si on subit, on meurt, ne serait ce que d’ennuis. » (p341)

  • 0.2

    Décidément, la rentrée littéraire 2016 foisonne de petits bonheurs. Désorientale est un de ceux-là. C'est un premier roman, le tout premier de Négar Djavadi, scénariste, parisienne depuis qu'elle a fui l'Iran en 1981 alors qu'elle n'avait que onze ans. Désorientale est une saga familiale dont le destin des personnages est dévié par l’Histoire contemporaine d'un pays, l’Iran.

    Tout commence dans une salle d'attente de l'hôpital Cochin. Kimiâ Sadr suit un protocole d'insémination artificielle depuis de longs mois. C'est le grand jour, elle doit se faire inséminer. L'attente dure. Kimiâ n'est pas accompagnée. Sa maternité tant espérée la renvoie inévitablement à sa famille, ses deux sœurs, ses parents, ses innombrables oncles, sa grand-mère. Bien que Kimiâ ait toujours tenu à distance sa culture d'origine, là, dans cette salle d'attente son passé la rattrape. Au gré des rendez-vous médicaux, ses souvenirs entremêlés ressurgissent. Ils nous propulsent en Iran. L'histoire de la famille Sadr est déroulée par bribes, par anecdotes. C'est toute la lignée qui est évoquée, des ancêtres originaires du nord de la Perse jusqu'à ses parents, Darius et Sara, opposants au régime du Shah puis de Khomeiny. Leurs opinions les contraindra à quitter définitivement l'Iran pour atterrir en France, après avoir traversé à cheval le Kurdistan. Deux pays, deux cultures différentes et un évènement. Le tout mènera à la désorientalisation.

    Outre le fait qu'indéniablement Négar Djavadi a une plume, c'est la construction de son roman que j'ai particulièrement apprécié. Les allers retours entre la salle d'attente de l’hôpital Cochin et l'Iran sont savamment dosés, la maternité ou du moins son éventualité et la naissance subséquente sont placées au cœur du roman. Ces thèmes sont érigés telle une colonne vertébrale. Pour autant, bien que Désorientale donne voix à plusieurs femmes, il n'est pas un livre de femmes, pour les femmes. Les hommes y sont très présents, notamment Darius, le père qui attend impatiemment ce fils aux yeux bleus qui ne viendra jamais. Le thème de l'exil qui engendre une nécessaire seconde naissance et une quête d'une nouvelle identité sont subtilement amenés toujours à travers des anecdotes teintées d'humour et d'amour.

    Désorientale se déploie tel un bon vieux 33 tours en deux faces (la A et la B) sur lesquelles défile l'histoire des Sadr sur trois générations : les tribulations des ancêtres, une décennie de révolution politique, les chemins de traverse de l'adolescence en France, l'ivresse du rock et la découverte d'une autre identité.
    Désorientale est un hymne à la Vie, à la Liberté. Ce roman a permis la naissance d'une auteure, Négar Djavadi. Sa troisième naissance.


    P.s. : Message personnel à l'auteure : Non, Négar Djavadi, la série "Peyton Place" n'est pas inconnue des français, du moins, moi je la regardais... Mais j'en conviens, peu s'en souviennent...


    Mon avis ici : http://the-fab-blog.blogspot.fr/2016/10/mon-avis-sur-desorientale-de-negar.html

  • 0.25

    Dans Désorientale, le très beau roman de Négar Djavadi, il y a la vie, celle qui passe et celle qu’on donne, il y a des femmes et des hommes, des convictions, politiques ou religieuses, il y a deux pays et parfois une seule Histoire, il y a une quête d’identité, qu’elle soit personnelle ou à travers l’histoire de son pays, celui qu’on aime et qu’on quitte, celui qu’on découvre et qu’on adopte.

    Dès les premiers chapitres, le lecteur part à la rencontre de Kimiâ, dans une salle d’attente à l’hôpital, où elle patiente pour une des dernières étapes d’une PMA, insémination artificielle qui est l’aboutissement d’un long parcours à la fois administratif et personnel. Enfanter semble être le passage obligé pour évoluer et aboutir, mais à quoi et pourquoi ? Nous allons la suivre dans ses pensées, ses flashback, ses interrogations, prétextes à évoquer les aventures et la vie d’une famille Iranienne, les Sadr, sur plusieurs générations, de la naissance de l’arrière-grand-mère dans un harem d’un autre temps, aux révoltes des parents de Kimiâ dans les années 70, d’hier à aujourd’hui, de l’Iran à la France.

    A l’instar de son auteur, Kimiâ, l’héroïne de Désorientale, est née de parents progressistes et donc hors normes. Lui, Darius, est journaliste, elle, Sara, est professeur d’histoire, tous deux sont des intellectuels et des sympathisants communistes dans un Iran où le Shah et sa police contrôlent ce pays qui se modernise à un rythme effréné, parfois au détriment de l’humain, puis où dès 1979, la révolution islamique, d’abord acceptée comme salutaire (et c’est bien souvent le cas, on se souviendra de l’accueil fait par Cuba à Castro …) se trouve au final être pire qu’avant, car il s’avère que la police des ayatollahs n’a rien à envier à celle du Shah. Fuyant les milices politiques, l’enfermement et la répression, autant que la contrainte religieuse, la famille de Kimiâ (comme celle de l’auteur) va fuir le pays. Passage obligé d’abord par le Kurdistan, puis par la Turquie, où quelques scènes du roman sont particulièrement significatives, en particulier sur l’amour idéalisé qui est porté par les intellectuels iraniens à la France, pays des lumières, de Rousseau et des droits de l’Homme, puis arrivée à Paris, pays de l’exil. Viendront ensuite les années d’adolescence de Kimiâ, difficiles, compliquées et contestataires, alcool, drogue, fuite, recherche identitaire pour une jeune femme issue d’un pays où la détermination du genre est une obligation et l’homosexualité un délit passible de la peine de mort, puis un retour plus apaisé vers la famille, au moment où se pose la question de devenir mère.

    La parentèle de Kimiâ est multiple, les oncles aussi d’ailleurs, de oncle 1 à oncle 6 ; si si ! Les récits seront à son image, enjoués et amusés, graves et tristes, intimistes et historiques, décrivant la vie de cette famille sur quasiment un siècle ; prétexte à décrire avant tout des conditions de vie, une politique, une culture, et l’évolution de l’Iran ; rappels parfois utiles (et que l’on appréciera, en notes de bas de page évitant la recherche Wikipédia, souvent piqués d’une pointe d’humour parfois grinçant) du rôle des pays tel que la France et l’aide apportée à Khomeiny, ou celui plus complexe des États Unis, à l’origine entre autre de la montée au pouvoir de la lignée des Pahlavi dans les années cinquante . Tout en nous amenant à réfléchir sur la vie et sur l’exil vers ces pays où doivent vivre ceux qui ont tout quitté, un pays, une culture, pour adopter la culture, les us et les coutumes d’un pays qui, lui par contre, ne les a pas forcément adoptés.

    C’est un roman vivant, gai, un véritable hymne à la vie et à l’amour, qui dégage une liberté, une force, une vivacité et un optimisme qui font tourner les pages avec avidité et gourmandise. Premier roman qui foisonne, dérange, rassure, interpelle, et ne laisse jamais indifférent. Et ce qui est sûr, dont on ressort un peu moins ignorant, un peu moins bête, un peu plus humain une fois qu’on l’a refermé.

  • 0.2

    « Tout ce que je sais c’est que ces pages ne seront pas linéaires. Raconter le présent exige que je remonte loin dans le passé, que je traverse les frontières, survole les montagnes et rejoigne ce lac immense qu’on appelle mer, guidée par le flux des images, des associations libres, des soubresauts organiques, les creux et les bosses sculptés dans mes souvenirs par le temps. Mais la vérité de la mémoire est singulière, n’est-ce pas ? La mémoire sélectionne, élimine, exagère, minimise, glorifie, dénigre. Elle façonne sa propre version des événements, livre sa propre réalité. Hétérogène, mais cohérente. Imparfaite, mais sincère. Quoi qu’il en soit, la mienne charrie tant d’histoires, de mensonges, de langues, d’illusions, de vies rythmées par des exils et des morts, des morts et des exils, que je ne sais trop comment en démêler les fils. » Négar Djavadi nous prévient d’emblée, son premier roman ne va pas ressembler à un long fleuve tranquille. Or, c’est justement ce parti pris de ne pas respecter la chronologie, de mêler la grande et la petite histoire et de faire resurgir les souvenirs de famille là où on ne les attend pas qui font tout le sel de ce livre grouillant d’anecdotes, vibrant de fortes déclarations et colorant les destinées des immigrants.
    Kimiâ, la narratrice, commence par nous raconter pourquoi son père se refusait à prendre les escalators du métro parisien, nous promet qu’elle reviendra sur ce qui s’est passé le 11 mars 1994 dans le XIIIe arrondissement et retrouve le lecteur dans la salle d’attente de l’hôpital Cochin. Car elle doit avoir recours à une insémination artificielle. Bien entendu, elle peut combler son attente en tentant d’imaginer la raison pour laquelle les couples qu’elle croise se retrouvent là. Mais aussi nous expliquer son propre parcours. Remonter plusieurs générations en arrière et raconter l’Iran du Shah, les années de Révolution puis celles qui ont provoqué l’exil de la famille et la transformation qui s’en est suivie.
    « Je suis devenue, comme sans doute tous ceux qui ont quitté leur pays, une autre. Un être qui s’est traduit dans d’autres codes culturels. D’abord pour survivre, puis pour dépasser la survie et se forger un avenir. »
    Nous voici au cœur d’un film à grand spectacle avec ses panoramiques et ses gros plans : «Zoom avant sur le visage déformé du père. Observez bien ce qui se joue dans son regard bleu.» Puis quelques lignes plus loin : «quittons maintenant le champ – son regard bleu – pour nous tourner vers le contrechamp : les yeux de l’enfant. D’immenses yeux bleus remplis de larmes…» Toutes les techniques sont mises à profit, le soudain retour en arrière, la plongée et la contre-plongée, le travelling, comme lors de l’arrivée des passagers à l’aéroport de Paris en provenance de Turquie, ou encore le plan américain pour les scènes de dialogues. Grâce à Négar Djavadi, il n’y a presque pas d’effort à faire pour visualiser les scènes. Le lecteur est littéralement plongé au cœur du récit, sur les pas des protagonistes et partage ainsi les émotions – fortes – des protagonistes.
    Voici par exemple la scène de la naissance de Kimiâ, celle de l’irruption de l’armée au domicile familial, la mise à sac du logement et l’arrestation de ceux qui sont présents, ou encore le détail des activités clandestines et le combat des intellectuels contre toutes les dictatures. La seule chose qui a du mal à sortir du stylo de la romancière est cet épisode aussi dramatique que fondateur : «Puisque je parle des Nicolas II de la grand-tante, je pourrais raconter ici L’ÉVÉNEMENT, arrêter de la passer sous silence, comme Saddeq la découverte du corps de Mère. Et pourtant… Il te faut encore patienter cher lecteur, car, même si je vais essayer, je sais déjà que je n’y arriverai pas. Je n’y arrive jamais. »
    Rassurez-vous, la patience du lecteur sera récompensée. Et bien d’autres surprises, y compris sur la grossesse espérée, viendront pimenter ce beau roman, dont le foisonnement n’a d’égal que le plaisir que l’on prend à s’y plonger.
    http://urlz.fr/4afo

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