Athanasius Kircher ; le théâtre du monde

Couverture du livre « Athanasius Kircher ; le théâtre du monde » de Joscelyn Godwin et Charles Moysan aux éditions Actes Sud
  • Date de parution :
  • Editeur : Actes Sud
  • EAN : 9782742784783
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 302
  • Collection : Imprimerie nationale actes sud
  • Genre : Monographie / Histoire de l'art / Essais / Dictionnaires
Résumé:

Le jésuite Kircher était bien le digne - et le dernier - héritier des esprits universels de la Renaissance. Mathématicien, linguiste, archéologue, naturaliste, historien des religions, ingénieur, géologue., il entretint avec tout l'univers une correspondance qui fait de ce phénix du... Lire la suite

Le jésuite Kircher était bien le digne - et le dernier - héritier des esprits universels de la Renaissance. Mathématicien, linguiste, archéologue, naturaliste, historien des religions, ingénieur, géologue., il entretint avec tout l'univers une correspondance qui fait de ce phénix du Vatican le centre du monde savant. Curieux de tout, il trouve tout : il est le premier à déceler les taches solaires, à révéler les anneaux de Saturne ; vulcanologue, il descend dans le Vésuve ; il conçoit les mouvements de la croûte terrestre, dresse la carte des courants marins ; au microscope, il aperçoit, dans le sang des victimes de la peste de 1656, des animalcules, suggérant que la maladie est due à un germe. Et que de machines sont le fruit de son invention et de ses traités de magnétisme, d'acoustique et d'optique! Mécanismes pour coder les messages, composer de la musique, jouer de plusieurs instruments à la fois ; orgue et horloge hydrauliques, lanterne magique, amplificateurs sonores, lampe à pétrole et mille curiosités dont il meuble son célébrissime musée au collège des jésuites de Rome, à côté de ses collections égyptiennes et des objets que les missionnaires lui rapportent du vaste monde. Son grand ouvrage sur la Chine (1667) fonde les études orientales ; il publie les premières images du Potala, à Lhassa, le premier dictionnaire chinois, la première édition de l'alphabet et de la grammaire sanskrits, comme, trente ans auparavant, une magistrale introduction au copte.
Ses erreurs sont à sa mesure, grandioses. La plus célèbre est son incompréhension radicale des hiéroglyphes égyptiens qu'il interprète comme de purs symboles, non comme des signes linguistiques. Contre Copernic et Galilée (il arrive à Rome en 1633, l'année même de sa condamnation), il s'en tient au géocentrisme de Tycho Brahè, en odeur de sainteté. Tous les êtres vivants, selon lui - batraciens et mammifères compris -, peuvent naître par génération spontanée. C'est que le monde de Kircher est celui, «clos», d'Aristote, de Raymond Lulle et de la lettre de la Genèse ; non l'«univers infini» de l'expérience selon Bacon, ni du langage mathématique des choses professé par Galilée, du doute méthodique de Descartes, engendrant les «longues chaînes de raison», encore moins du refus, par Newton, des hypothèses hasardeuses. Son oeuvre n'est pas un jalon de la science en marche, c'est une célébration des merveilles de la création, une opération de «magie naturelle» issue du magnétisme universel qu'infuse la sagesse divine à travers les trois niveaux du monde créé : archétypal, sidéral, élémental, dont l'homme est le reflet, le microcosme.
Aussi Kircher est-il, avant tout, pour l'édification des masses et des grands, metteur en scène voire thaumaturge, cherchant à frapper l'imagination de l'auditoire pour l'amener au respect et à l'amour de Dieu. Ses expériences tiennent de la machinerie d'opéra baroque, son prosélytisme a le langage de l'esthétique du Bernin, dont il fut l'ami et qui mourut le même jour que lui, à Rome. «La scène du drame, écrira Claudel, est le monde». D'où le soin extrême qu'il appliqua à l'illustration de ses nombreux ouvrages, qu'il concevait lui-même - frontispices et images symboliques, notamment - dont la réalisation fut confiée à de grands artistes du temps. Leur ingénieuse beauté, si étrange, caractérise son siècle mais préfigure déjà les chimères des «Illuminés», au XVIIIe siècle finissant, et les «correspondances» du romantisme selon Balzac.

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