à l'octave superieur

Couverture du livre « à l'octave superieur » de Jean-Baptiste Scieux aux éditions Leo Scheer
  • Date de parution :
  • Editeur : Leo Scheer
  • EAN : 9782756103631
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
  • Nombre de page : 339
  • Collection : (non disponible)
  • Genre : Littérature française Romans Nouvelles Correspondance
Résumé:

Le 19 septembre 2009 mourait sous mes yeux Octave, notre petit garçon de seize mois, écrasé par une roche de granit.
Ce livre n'est pas une création mais une destruction, un texte non pas universel mais qui s'étend sur tout, comme la douleur déteint sur chaque instant, chaque... Lire la suite

Le 19 septembre 2009 mourait sous mes yeux Octave, notre petit garçon de seize mois, écrasé par une roche de granit.
Ce livre n'est pas une création mais une destruction, un texte non pas universel mais qui s'étend sur tout, comme la douleur déteint sur chaque instant, chaque évocation, chaque sujet pour les contaminer tous et les détruire. Un texte défoncé en charpie, brisé en huit fragments, avec des développements biographiques ou allégoriques, d'autres purement romanesques, prolongements possibles, chemins que nous n'avons pas empruntés ; éventualités sans fantasmagorie.
Rien ici n'est outrancier. Que les sutures rendent, comme autant de verrues, ce texte aussi monstrueux que ce qui l'inspire.

Donner mon avis

Le courrier des auteurs

Jean-Baptiste Scieux répond à nos questions ! (02/03/2012)

1) Qui êtes-vous ? ! Professeur de lettres, chroniqueur littéraire, époux, père. Identité évoluant au fil des ans. Puis plus personne, plus rien depuis ce jour où je photographiai mon petit garçon et que s'abattit sur lui la pierre de deux tonnes, d'après les gendarmes. Deux mètres de haut. Mon fils, Octave, avait à peine deux ans, lui. J'en ai trente-six, je crois. Je ne sais jamais, j'oublie tout le temps. Comme j'oublie l'étage de l'appartement que j'occupe à présent, revenu dans le quartier de mon enfance : le Marais, à Paris. Officiellement, pour me reconstruire. Rassurer l'entourage, contraindre la déroute. Remonter à la vie ? Je l'ignore. En deuil de moi-même, coeur et raison mis de côté, seul, je n'enseigne plus, ne lis plus. Depuis l'accident, j'écris. J'attends. Pétrifié. 2) Quel est le thème central de ce livre ? Ma prose exprime le tact indicible du deuil, aléatoire et déterminé. Ceci constitue la trame du livre. La fatalité incongrue harmonise ‘À l'Octave supérieur' sur un mode burlesque tragique - ou l'inverse. Ce n'est pas une représentation authentique, une thérapie ni une mise à distance ; le texte ne relate pas de réalité factuelle. Privée de recul et de lucidité, cette matière n'en constitue pas la chair. L'exposition des événements est trop partielle et partiale pour nouer l'intrigue, charpenter l'unité. Cela s'est passé autrement, ailleurs. Immortaliser la mémoire d'un fils, exalter l'amour d'une femme avec le remuement qui les saisit : voilà la visée du livre. Le tohu-bohu des récits l'intensifie, l'ombre des figures du premier plan esquisse les contours des silhouettes du second, les narrateurs contrepassent les personnages des différents fragments - celui qui brosse un tableau traverse le suivant. À l'Octave supérieur n'est pas une capsule articulaire. Il s'ouvre sur un thème initial mais ne déploie aucun thème central. Plutôt des variations du motif énoncé au seuil du texte, le prétexte. 3) Si vous deviez mettre en avant une phrase de ce livre, laquelle choisiriez-vous ? Celle que je n'ai pas écrite. Au-delà de son aspect constellé, un autre tapage accorde la singularité de ce livre. Sa voix se compose de celles d'écrivains qui hantent ma mémoire, celles dont les rythmes et les sonorités en règlent les inflexions. La question posée par Rimbaud à sa mère, peut-être, reprise dans ma prose : «Comment éviter de me consumer en ardeur vaine, dans des climats atroces, à vivre de fatigue, de tracas aussi véhéments qu'absurdes ?» Celle où ma sidération se berce du timbre d'autres auteurs : «Mon cher Octave, j'aimerais te tenir dans mes bras. T'entendre gazouiller et jouer avec toi. Du haut de cet immense amoncellement de mois virtuels qui te sont dus, tu es une sorte d'irréelle perfection, passé qui luit en nous, mais chacun pour soi, pourquoi ? Octave, cette minute d'éveil qui m'a donné la vision de la pureté.» Et surtout celles adressées à sa mère. Si le geste amoureux ordonne de les taire, je le lui offre. 4) Si ce livre était une musique, quelle serait-elle ? Sa partition est influencée par l'écriture orchestrale de Chostakovitch, en particulier celle de la Cinquième Symphonie créée en 1937. Le traitement des motifs, les thèmes, leur résurgence, leur modulation et la variation des tonalités s'en inspirent. Les différents mouvements qui rythment le livre correspondent à l'équilibre entretenu par ceux de l'opus 47 que le compositeur qualifiait de «monument funéraire». En revanche, la tessiture, les couleurs comme les accents font écho à la grâce et la fantaisie de la Première Partita de Bach jouée par Dinu Lipatti. La poésie de ces danses anima le prénom de notre fils. À présent funèbre, ce chant devient une élégie naguère nubile. 5) Qu'aimeriez-vous partager avec vos lecteurs en priorité ? C'est pour la mère de mon fils que j'écris ce texte. Il n'est pas conçu pour dispenser ou exhiber la douleur que nous partagions. Ni éclabousser, légitimer, exiger la compassion, non. Comme Boris Vian : «Je conteste qu'une chose aussi inutile que la souffrance puisse donner des droits quels qu'ils soient, à qui que ce soit, sur qui que ce soit.» Que le lecteur éprouve l'indicible émotion qui transfigure l'espace et le temps, les personnages. Que l'alternance des perspectives et l'ordonnancement des huit fragments exaucent à travers et malgré le vertige mes sentiments, exténués par la mélancolie, la folie, le ravage des sens dévastés ; la paranoïa, les reviviscences, l'hypersensibilité et une perpétuelle fébrilité. La disposition, la cohésion du livre demeurent plus expressives pour les restituer que sa séquence narrative, privée d'évolution chronologique ; je suis le même depuis la seconde où la roche s'abattit, depuis plus de deux ans et demi. Attachement, arrachement et détachement forment l'unique mouvement de ma passion. Je ne souhaite pas la partager mais si elle est absurde, qu'elle ne soit pas vaine. À l'Octave supérieur n'est pas un roman, ce n'est pas un recueil de nouvelles, un récit ni une autobiographie ou de l'autofiction. Sa visée n'est portée par aucune rhétorique, nul genre ne la définit, à l'image de cette complexion qui confisque mon âme, le délitement générique. Plus d'enfant, plus d'élan ni d'essence. Reste le verbe. Pour fixer ce qui est impossible, comme la mort. Farouche.

Contenu proposé par lechoixdeslibraires.com

Les derniers avis

Ce livre n'a pas encore d'avis. Donnez le vôtre et partagez-le avec la communauté de lecteurs.com

Où trouver ce livre en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Les dernières discussions

Il n'y a pas encore de discussion sur ce livre
Soyez le premier à en lancer une !

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !

Récemment sur lecteurs.com