À ce stade de la nuit

Couverture du livre « À ce stade de la nuit » de Maylis De Kerangal aux éditions Guerin

3.307692307

13 notes

  • Date de parution :
  • Editeur : Guerin
  • EAN : 9782352210986
  • Série : (non disponible)
  • Support : Papier
Résumé:

L'auteure a composé un texte en s'inspirant de ses paysages familiers, à l'occasion des Rencontres littéraires en Pays de Savoie dont elle est l'invitée d'honneur.

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Les derniers avis

  • 0.25

    « A ce stade de la nuit », c’est ainsi que débute chaque chapitre de ce tout petit livre (dont c’est aussi le titre) de Maylis De Kerangal. Petit livre, certes, ressorti pour la rencontre avec cette auteure si sympathique (et que je n’avais pas encore chroniqué). Je m’en suis ainsi donné l’occasion.
    La narratrice, partant d’une cruelle actualité : « un bateau venu de Lybie, chargé de plus de cinq cents migrants, a fait naufrage ce matin à moins de deux kilomètres des côtes de l’île de Lampedusa ; près de trois cents victimes seraient à déplorer » (page 10), va laisser errer son esprit et voit le visage de Burt Lancaster, héros du film de Visconti « Le Guépard ».

    Mais quel rapport avec Lampedusa ? Tout simplement parce que ce film est issu d’un roman (le seul et unique) de Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Ce mot la hante et donne lieu à de multiples questionnements et réflexions.

    Lors d’une interview, Maylis, d’une famille de marins, avait expliqué que, pour elle, ce nom a un effet de sillage, de dérivation, de migration de réseaux imaginaires de la fiction.
    La cap est assez net : quand on entend Lampedusa, on pense tout de suite à la tragédie qui se passe chez nous, car cette île n’est pas bien loin. C’est un mot qui aboutit à l’idée que tout chavire, se noie.

    D’ailleurs pour elle, le film « Le Guépard » est le récit de la fin d’un monde, ressentie dans la scène du bal avec Claudia Cardinale, comme un naufrage. Cette scène déséquilibre le fil narratif car elle est trop chargée, trop lourde : costumes, décors…
    Ce livre représente la migration de l’actualité vers le récit.
    D’ailleurs, Maylis aimerait que le lecteur se mette dans cet effet de sillage et puisse exister en essayant d’écouter ce qui se trame dans les mots. En effet, la littérature est une histoire d’écoute.
    D’ailleurs, Flaubert disait que « l’homme est une oreille plume » alors que Maylis pense que la femme est « une femme oreille ».

    Pour elle, la mer est territorialisée : il y a des routes, des rails et ce n’est pas simplement un étang liquide ou flottant. De la lecture résulte une notion de paysage, de mémoire.
    C’est l’occasion pour l’auteure de se remémorer un voyage dans le transsibérien, pour lequel elle écrit en page 142 : «  Emportée sur les rails à travers la taïga verticale, je découvrais au fil des jours, l’existence des songlines, celles des aborigènes australiens. »
    A ce stade cette nuit blanche, dans sa cuisine, la narratrice nous fait partager ses multiples pensées alors qu’elle est accaparée par les informations du « Flash spécial catastrophe de Lampedusa » (page 55). Elle retrouve deux nouvelles se situant l’une en Irlande et l’autre au Stromboli. Elle revoit l’image du Costa Concordia qui s’est échoué devant l’île du Giglio en 2012…

    Mais la nuit avançant, elle n’est plus qu’à l’écoute du terrible drame de Lampedusa, elle est obsédée par ce nom car pour elle : « il concentre en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant désormais un état du monde, un tout autre récit ». (page 74).

    Comme je l’ai écrit plus haut, c’est un petit livre mais chargé d’émotions, d’une belle écriture (comme toujours avec Maylis), où on ressent que tous les mots sont précis, bien pesés.
    Cela indique bien qu’il n’est pas nécessaire d’écrire des centaines de pages alors que certains auteurs arrivent à toucher le lecteur avec de petits ouvrages.
    C’est une belle réussite et j’ai vraiment apprécié de relire Maylis De Kerangal qui ne m’a jamais, au grand jamais, déçue.
    Bien au contraire. Une bien jolie et talentueuse écrivaine et cela me fait penser que j’ai d’autres livres d’elle, sous le coude, que je me ferai un plaisir de relire.
    Elle fait partie de ces auteurs que je lis, relis plusieurs fois, rien que pour le plaisir de savourer ses pensées.

  • 0.2

    Quelle bonne idée de rééditer ce texte qui fut écrit en mai 2014 pour les 14 èmes rencontres littéraires en pays de Savoie.

    Octobre 2013, aux alentours de minuit, une femme lambine dans la cuisine, savourant la solitude d'une maison endormie quand aux infos elle entend la nouvelle.
    Lampedusa, sonorité douce et festive, celle du film le Guépard de Visconti, musique et images qui trottent dans la tête.
    Soudain c'est le basculement vers l'indicible de notre époque, ces gens qui fuient leurs pays pour survivre, qui confient leur vie à des marchands d'espoir et la mort au bout du voyage.
    En l'occurrence environ 500 personnes sur une embarcation partie de Libye dont 366 morts à quelques kilomètres des côtes italiennes.

    L'esprit divague sur les mots, la tonalité des reportages comme si les mots ne voulaient pas se raccrocher à la réalité.
    Comme si les accommoder à des souvenirs personnels, allait éloigner la réalité.
    Penser aux paysages traversés, aux images engrangées, aux parfums gardés, mais fuir puis une voix dans la radio déchirante comme un éclair, hurle : vergogna...venez voir.

    Le cerveau encore en mouvement comme les vagues, oscille , de roulis en roulis, voit se répandre ces hommes, ces femmes et ces enfants qui ne savaient probablement pas nager, échoués ...
    Les quelques survivants ont été accueillis par la population de Lampedusa qui ont tendu la main à plus pauvre qu'eux, ceux qui doivent fuir un pays au péril de leur vie.

    "Et le 3 octobre 2013, le nom Lampedusa concentre en lui seul la honte et la révolte, le chagrin, désignant un état du monde..."

    Le parti de l'auteur n'est pas de commenter ce désastre mais plutôt de montrer le choc que provoquent les faits retransmis pas les ondes, le parcours nécessaire pour mettre une réalité sur ces voix.
    En mots simples Maylis de Kerangal nous parle d'humanité et pourtant la question reste que font les pays occidentaux et l'Europe pour que ces drames cessent... La réponse ?

  • 0.25

    Finalement, je tente de nouveau de lire l’auteure, dont j’avais abandonné Naissance d’un pont il y a quelques années. Ce texte court en est l’occasion.

    Je dois dire que je suis agréablement surprise, je peux dire que j’ai aimé cette méditation d’une nuit.

    Lu d’une traite, l’écrivain a su me faire entrer dans ses méditations à la limite du songe, à l’heure où les pensées et les images s’enchainent sans ordre.

    Oeuvre de commande pour la Fondation Facim (Fondation pour l’Action Culturelle Internationale en Montagne), Maylis de Kerangal nous parle surtout des paysages qui ont bercé notre vie, des lieux reliés à notre parcours personnels.

    Une belle et douce lecture.

    L’image que je retiendrai :

    Celle de l’arrivé en bateau sur l’île de Stromboli de la narratrice, avec son enfant dans les bras, pour rejoindre un homme.

    http://alexmotamots.wordpress.com/2016/01/08/a-ce-stade-de-la-nuit-maylis-de-kerangal

  • 0.15

    Je partage l'avis de Pierre, j'étais impatiente de lire ce texte mais je suis un peu déçue par une position décalée face à la réalité des migrants et à une poésie qui ne parvient jamais (ou presque) à émouvoir. Nous sommes bien loin de la digne attitude du prince Salina.

  • 0.05

    Après les lectures passionnantes de " Réparer les vivants " et de " Tangente vers l'est ", ce petit opuscule de 72 pages que nous propose Maylis de Kerangal cet automne prend une allure de friandise surprise avant un ouvrage plus consistant. Bien sûr le sordide naufrage de ce bateau de migrants à Lampedusa n'augurait pas une lecture joyeuse mais promettait le regard éclairé d'une de nos plus talentueuses romancières de la décennie. Je me suis donc réservé une petite plage de tranquillité confortable pour déguster comme il se doit " A ce stade de la nuit " (toujours des jolis titres !)... Et, je ne sais pas, une mauvaise posture ? Un mauvais moment malgré, coussins, ambiance douce et belle lumière ? La friandise est passée de travers. J'ai retrouvé dans ces quelques pages un concentré de ce qui pointait parfois le nez dans ses précédents romans, ce léger voile de préciosité et cette pose intello, qui empêchaient déjà, pour ma part, un enthousiasme total pour ses écrits.
    Certes il y a quelques pensées pour ces victimes, mais j'avoue que la confrontation de l'intello face à ce désastre politico/humanitaire m'a au mieux agacé au pire paru totalement déplacé. C'est assez joliment écrit, car, on ne peut lui enlever, le style est là,( même si elle abuse des énumérations et du name droping ). Cependant je ne suis pas bien certain de l'opportunité de faire paraître cette petite chose qui, pour moi lecteur lambda, ternit plutôt son image d'écrivain, en la dévoilant comme une privilégiée assez poseuse.
    Alors, je vais bien vite essayé d'oublier cette petite chose avant la parution d'un prochain roman....

  • 0.15

    http://www.leslecturesdumouton.com/archives/2016/01/03/33140808.html

    Difficile de résumer ce pourtant si court récit.

    Dans la nuit du 3 octobre 2013, la narratrice écoute les informations à la radio : on y évoque le naufrage d'un bateau de migrants au large de l'île de Lampedusa. Des centaines de morts. À ce stade de la nuit, la narratrice évoque tout ce que représente Lampedusa avant ce drame dont il est maintenant rattaché à jamais à l'horreur et l'exil. Elle divague aussi sur ses souvenirs de voyages, sur des livres, des films notamment Le Guepard tiré du roman de Giuseppe Tomasi di...Lampedusa.

    Très bien écrit, ce récit de Maylis de Kerangal apporte une réflexion sur le phénomène de migration, sur notre société actuelle, sans oublier pour autant de la poésie. Malgré tout, j'avoue avoir eu un peu de mal à m'accrocher au texte tout au long de la lecture.

    Notons que ce livre est le fruit d'une commande passée à l'auteur à l'occasion des 14e rencontres littéraires en pays de Savoir le 4 juin 2014 à Chamonix.

  • 0.1

    Après avoir découvert Maylis de Kerangal l'année dernière avec son magnifique "Réparer les vivants", je me suis précipitée sur le nouveau livre qu'elle vient de publier, persuadée que son écriture allait à nouveau m'emporter.

    Quelle déception!

    Ce texte correspond à une commande qui lui a été passée lors des 14èmes Rencontres littéraires des pays de Savoie en 2014.

    Elle traite du drame des migrants notamment à Lampédusa sous un angle surprenant qui ne m'a pas du tout séduite.

    La narratrice est dans sa cuisine et entend un bulletin d'information à la radio parlant du naufrage d'un navire, au large d'une petite île, Lampédusa. On annonce plus de 300 morts parmi les passagers, des migrants venant de Lybie.

    Tout au long de la nuit, elle suit les informations et laisse son esprit divaguer sur ce que le nom de Lampédusa lui évoque notamment le film "Le guépard" de Visconti et l'acteur Burt Lancaster... Ensuite ce seront de multiples digressions sur des paysages, des moments de sa vie... Pour finalement bien peu parler des migrants et de leur drame...

    L'écriture de Maylis de Kerangal est toujours aussi belle, aussi rythmée et musicale mais j'ai trouvé cette fois le texte trop confus, trop lyrique, pas du tout à mon goût.

    C'est certainement un bel exercice littéraire mais je n'en ai pas bien vu l'intérêt.

    http://leslivresdejoelle.blogspot.fr/2015/12/a-ce-stade-de-la-nuit-de-maylis-de.html

  • 0.15

    "À ce stade de la nuit" fût une commande passée à l'auteur à l’occasion des 14e rencontres littéraires en pays de Savoie qui se sont tenues le 7 juin 2014 à Chamonix. Ce petit ouvrage fut édité une première fois à tirage limité en mai 2014 à l'initiative de la Fondation Facim et réédité pour la rentrée littéraire d'automne 2015.

    Ce petit livre rassemble des souvenirs de l’auteure suite à l'écoute à la radio d'un fait divers : Le 3 octobre 2013, un navire venu de Libye, débordant de réfugiés, sombre au large de l’île de Lampedusa, à deux kilomètres des côtes, faisant plus de 300 victimes. Dans sa cuisine Maylis de Kerangal, apprend et suit l’information de ce drame. Le nom Lampedusa lui rappelle le film "Le guépard" de Visconti (adapté du livre de Lampedusa) et notamment l'acteur de Burt Lancaster mais aussi des lieux, des paysages, des moments de vie, etc.

    Pour moi, ce petit récit contient de beaux passages mais je n'ai pas toujours accroché. Je trouve que Maylis de Kérangal aurait du parler davantage du problème des migrants. Elle se perd un peu trop dans ses souvenirs. Je ne suis donc pas aussi enthousiasme que certains lecteurs-internautes de Lecteurs.com ou d'autres sites web du même genre.

  • 0.2

    "Je pense à ces noms inscrits dans les paysages et je pense aux paysages véhiculés dans les noms". Qui n'a jamais mesuré le pouvoir évocateur d'un nom croisé au détour d'un livre, d'un film ou d'un simple globe terrestre ? Rêve, fantasme ou souvenir. Il suffit de quelques lettres pour déclencher des vibrations heureuses, tristes, pleines d'espoir ou mélancoliques, nourries par les perceptions amassées par notre inconscient.

    En cette nuit du 3 octobre 2013, un nom résonne soudain dans l'esprit de la narratrice. Lampedusa. Un bulletin d'information à la radio égrène les faits, le naufrage d'un bateau de migrants, des centaines de morts au large de cette petite île. Lampedusa. Jusqu'à présent, ce nom était rattaché à des images précises, un film, un chef-d’œuvre, Le Guépard, le personnage de Burt Lancaster. Il évoquait la beauté, l'affrontement entre deux mondes, l'avènement de la modernité par la grâce du sourire d'Angelina.

    C'est désormais d'une autre transformation dont Lampedusa sera le symbole, celui d'un monde où il n'est plus question de modernité ou de tradition mais de fuite, de guerres et d'exils. Maylis de Kerangal déroule, avec la précision et la musique qui caractérisent son écriture, le fil de ses pensées. A partir de ce nom, elle s'interroge sur les traces laissées dans les mémoires, sur la construction de nos consciences. Nous pouvons penser à l'île comme étant celle du trésor, celle de Monte Cristo, celle d'Ulysse, ancrées dans nos imaginaires par la magie des écrivains, ou désormais avoir en tête des visions de naufrages qui n'ont plus rien de littéraire.

    Le voyage auquel nous convie l'auteur est un bel exercice littéraire qui propose un angle de vue très différent de ceux que peuvent livrer journalistes et intellectuels que l'on a l'habitude d'entendre sur le sujet. Il n'en invite pas moins à la réflexion, et d'une bien jolie manière.

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