De l'importance des premières phrases des romans...

Sofi C le 18/02/2014 à 01h45

Je me rends compte à force de lire que la première phrase d’un roman est assez essentielle, elle nous donne la petite musique du livre. Dès ce début on peut quasiment deviner si le livre sera bien ou non. Parfois c’est une petite phrase mystérieuse et ronde comme un galet qui nous donne envie d’en savoir plus ou bien, en quelques mots elle introduit le(s) personnage(s), plante le décor. Et c’est comme le rideau rouge s’ouvrant sur une scène de théâtre. D’autres fois la première phrase est comme un voile que l’on déchire, une vérité éclairée crûment et cruellement comme la première phrase de « la honte » d’Annie Ernaux. Je me suis amusée à chercher quelques premières phrases piochées dans des romans que j’ai beaucoup aimés pour voir ce que ça donne. Je trouve que la magie opère, on a envie de lire la deuxième phrase et la troisième…. Et vous ? Quelles sont vos premières phrases ? « Adrien traversa étourdi, le court boulevard de la Mère de Dieu, qui à Braïla conduit de l’église du même nom au Jardin public. » Kyra Kyralina, Panaït Istrati « C’est par un jour morne de ceux dont l’hiver, comme à dessein, semble vouloir gratifier prioritairement les capitales des petits Etats arriéré, que parvint le courrier diplomatique. » Le dossier H, Ismaël Kadaré « Lorsque, à seize ans, le jeune Karl Rossmann, que ses pauvres parents envoyaient en exil parce qu’une bonne l’avait séduit et rendu père, entra dans le port de New York sur le bateau déjà plus lent, la statue de la Liberté, qu’il observait depuis longtemps, lui apparut dans un sursaut de lumière.» L’Amérique, Kafka « Quand il se réveillait dans les bois dans l’obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l’enfant qui dormait à ses côtés » La route, Cormac Mac Carty « Mon père a voulu tuer ma mère un Dimanche de juin, au début de l’après-midi » La honte, Annie Ernaux « Le berceau balance au-dessus d’un abîme, et le sens commun nous apprend que notre existence n’est que la brève lumière d’une fente entre deux éternités de ténèbres » Autres rivages, Vladimir Nabokov

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  • Sofi C le 30/03/2015 à 20h49

    Ouh la tout ça. Ça donne envie de lire des livres! :-)

  • Jean-michel Palacios le 29/03/2015 à 16h02

    La première phrase est un bonjour.
    La première phrase est un baiser.
    La première phrase est un appel.
    La première phrase est une rencontre, le début d'un chemin, d'un partage, comme une amitié, un sentiment, une émotion...
    La dernière pourrait alors être : "ne me quitte pas".
    Amitiés
    JM

  • Sofi C le 29/03/2015 à 15h15

    La première phrase, de la première nouvelle du livre de Bernard Quiriny "L'angoisse de la première phrase":
    "La première phrase: voilà l'ennemi"
    Rien à rajouter ni à retrancher tout le reste de la nouvelle est une digression très drôle sur l'angoisse de l'auteur qui cherche la première phrase parfaite et qui finalement au bout de plusieurs années de relatifs succès littéraire butte méchamment sur la dernière phrase qui devrait merveilleusement clore tout (grand) livre!

  • Sofi C le 29/03/2015 à 15h12

    Ce commentaire a été supprimé

  • céline barabane le 01/06/2014 à 00h25

    Bonjour,

    J'ai discuté récemment sur Anna Karénine de Léon Tolstoï et de sa première phrase marquante :

    "Toutes les familles heureuses se ressemblent ; mais chaque famille malheureuse l'est à sa façon"

  • Victor Digiorgi le 26/05/2014 à 15h20

    .

    Hommage à

    « Aujourd'hui, Maman est morte. »

    et à

    « Longtemps, je me suis couché de bonne heure. »

    .

  • Sofi C le 25/05/2014 à 01h22

    J'aime assez les premières phrases de "la fête de l'insignifiance" de Kundera qui donne tout de suite le rythme du livre, sa direction et cette manière de dire légèrement des choses profondes.
    " C’était le mois de juin, le soleil du matin sortait des nuages et Alain passait lentement par une rue parisienne. Il observait les jeunes filles qui, toutes, montraient leur nombril dénudé entre le pantalon ceinturé très bas et le tee-shirt coupé très court. Il était captivé; captivé et même troublé: comme si leur pouvoir de séduction ne se concentrait plus dans leurs cuisses ni dans leurs fesses, ni dans leurs seins, mais dans ce petit trou rond situé au milieu du corps."

  • Sofi C le 08/04/2014 à 23h52

    Un peu comme le dernier plan d'un film. Je viens de voir le dernier film de Resnais et son dernier plan est clairement un pied de nez venu d'outre tombe.

  • Gilbert Gallerne le 08/04/2014 à 07h28

    Bonjour,
    un ami écrivain m'a conseillé un "truc" qu'il tenait de Topor, disait-il, cela consistait à lire la première et la dernière phrase d'un roman et cela donne souvent des résultats surprenants.

  • Gilbert Gallerne le 08/04/2014 à 07h27

    Ce commentaire a été supprimé

  • Ghislaine Moreau le 01/04/2014 à 14h53

    Il y a eu un prix de la meilleure première phrase de roman : le prix BibliObs de la meilleure première phrase mais je ne sais pas s' il existe toujours

  • Jean-michel Palacios le 01/04/2014 à 14h13

    Tout est dans la première phrase !!!!
    Amitiés à Olivier et merci "Sophiecé" pour cette discussion très intéressante.

    Bonne journée
    JM

  • Olivier Pirou le 01/04/2014 à 13h38

    Bonjour Sophie,

    J'ai envie de partager la première phrase de Confiteor, de Cabré, un texte étonnant...

    "Ce n'est qu'hier soir, alors que je marchais dans les rues trempées de Vallcarca, que j'ai compris que naître dans cette famille avait été une erreur impardonnable."

  • Sofi C le 29/03/2014 à 11h27

    Merci Teo et Wahiba, ça donne très envi de lire Dante.

  • Teo Comparato le 24/03/2014 à 13h50

    Il y a encore quelques jours, je m'en suis voulu de ne pas avoir lu les premières lignes d'un livre, acheté d'après la quatrième de couverture. Par chance, il ne dépassait pas les 150 pages. Une autre édition précisait bien "écriture saccadée, syncopée". Au delà de l'histoire, le début permet également de se rendre compte si on accroche ou pas au style de l'écrivain.

  • Wahiba T. Saber le 27/02/2014 à 16h40

    Bonjour à tous !

    Pour ma part, voici les premières phrases de romans que j'ai aimées et qui m'ont poussée à poursuivre ma lecture avec envie.

    "Mon avis est qu'on ne peut créer des personnages que lorsque l'on a beaucoup étudié les hommes, comme on ne peut parler une langue qu'à la condition de l'avoir sérieusement apprise. N'ayant pas encore l'âge où l'on invente, je me contente de raconter."
    Alexandre Dumas (fils) - La Dame aux Camélias.

    "Quand j'étais au milieu du cours de notre vie, je me vis entouré d'une sombre forêt après avoir perdu le chemin le plus droit."
    Dante - L'Enfer

    "La Gloire de Celui qui met le monde en branle, remplit tout l'univers, mais son éclat est tel qu'il resplendit plus fort ou moins, selon les lieu."
    Dante - Le Paradis

    "Il n'avait pas encore pu saisir une cime,
    Ni lever une fois son front démesuré.
    Il s'enfonçait dans l'ombre et la brume, effaré,
    Seul, et derrière lui, dans les nuits éternelles,
    Tombaient plus lentement les plumes de ses ailes."
    Victor Hugo - La Fin de Satan

    Bon, il doit sûrement y en avoir d'autres mais ce sont celles qui me reviennent !

    Bises et bonne journée à tous.
    Wahiba.

  • Jean-michel Palacios le 27/02/2014 à 11h59

    Merci Nina, cela donne vraiment envie de savoir la suite. J'aime bien la vision de la "dame en noir".
    Bises et Amitiés
    JM

  • Nina Capuchon le 27/02/2014 à 10h09

    Bonjour Sophie,

    Tout à fait d'accord avec vous sur l'importance des premières phrases d'un livre. D'ailleurs, avant d'en choisir un, tout de suite après avoir lu le résumé, je lis les premières lignes...

    "On fait tous des erreurs. Tout le temps. En général, des trucs pas graves, comme oublier de rappeler quelqu'un, de mettre de l'argent dans l'horodateur ou d'acheter du lait au supermarché. Mais parfois, pas souvent heureusement, on commet une erreur. Le genre d'erreur qui peut vous coûter la vie."
    A deux pas de la mort, Peter James.

    "Nous allons errant, musardant, pressés ou distraits, ne regardant jamais la vieille dame en noir qui est accroupie à l'horizon, mais elle ne nous quitte pas des yeux. Soudain, la voilà si proche que nous ne pouvons plus l'ignorer. Nous tentons de ralentir le pas, et, terrifiés, nous découvrons que nous ne sommes pas maîtres du temps, il nous pousse par derrière, nous trébuchons, haletants, désespérés, nous cherchons quelque appui, il faut se raccrocher, résister, mais déjà la vague est sur nous et nous emporte hurlant vers le silence".
    Récit de la dernière année, Jacqueline Harpman.

    "J'avais dix-huit ans quand Gauvain m'est entré dans le cœur pour la vie, sans que nous le sachions, ni lui, ni moi. Oui, cela a commencé par le cœur ou ce que je prenais pour le cœur à cette époque et qui n'était encore que la peau".
    Les vaisseaux du cœur, Benoîte Groult.

    "C'est une solitude.
    Comme une lune trop pleine, trop blême, dans l'encadrement d'une fenêtre.
    Je la regarde en face.
    J'ai peur, si je me retourne, qu'elle me tire dans le dos, une menace."
    La Reine des abeilles, Dorothée Letessier

    Bonne journée, Nina

  • Sofi C le 24/02/2014 à 15h25

    Merci Jean et Jean-Michel pour votre contribution. Effectivement ça donne envi d'en lire plus... Ces premières phrases de la voyeuse" (que je n'ai pas lu) me font penser par l'ambiance, au film d'Hitchcock "Vertigo" .

  • Jean-michel Palacios le 24/02/2014 à 00h12

    Nina Bouraoui est à l'honneur ces derniers temps,

    Alors je vous propose Sophie tout en saluant Jean au passage (conteur émérite) la première phrase de "la voyageuse interdite" et vous laisse apprécier comment elle réussit en quelques mots à nous emporter dans son histoire.

    Amitiés
    JM

    "Ce matin, le soleil est plus haut. Hautain je dirais. Juché sur un trône invisible, il déverse son énergie dans ma rue qui se détache orgueilleusement du reste de la ville. Épicentre de l'aventure, c'est ici que tout se passe pour cette femme cachée derrière sa fenêtre, pour cet épicier rougeaud assis sur un tabouret, pour cet homme guettant un rideau clos, pour ces petits et petites qui courent dans un rectangle bien délimité par des bâtisses sombres et anguleuses."

  • Jean Juin le 21/02/2014 à 16h16

    - Alors, ça va être la guerre Mame Jacob ?
    - Mon dieu, fit Madame Jacob en hochant sa tête grise, ne parlez pas de la guerre. J'ai déjà vu celle de 70.


    "Pain de soldat" de Henry Poulaille.