Vive la poésie !

vendredi 30 novembre 2012

Un genre littéraire qui garde le verbe haut

Vive la poésie !

 

La poésie en France serait-elle un genre en désuétude, relégué dans nos manuels scolaires ? Résolument non, si l’on en croit ses acteurs. Petite plongée dans un univers vif, créatif, et multiple !

 

 

 

 

 

 

Tête levée entre deux stations. Une bouffée d’air : deux vers illuminent le trajet. Dans les rames du métro parisien, carrefour de tous les publics, la RATP l’honore. Son nom ? Poésie. Et pourtant. Sur les étals des libraires, aux rangs des best-sellers, au menu des prix médiatisés, elle fait office de parent pauvre… Existe-t-il encore une place « sociale » pour la poésie en France, autre que celle reléguée au fond de nos manuels scolaires ? Est-elle l’œuvre de seuls excentriques et de doux rêveurs ? Pas sûr. Si la commission Poésie du Centre National du Livre (CNL), garant de sa survie économique, soutient financièrement ses éditeurs et auteurs, Sébastien Dubois, sociologue de la poésie, relativise son hypothétique disparition : « Les chiffres de vente dépassent légèrement ceux des XIXe et XXe siècles. Toutefois, la marchandisation du livre, telle qu’annoncée par Bourdieu, sacralise le tout-puissant roman, ou les essais médiatiques, ce qui la rend moins visible… »

Plus virulent, le poète et directeur de Poésie/Gallimard André Velter s’insurge contre les « médiocrates » qui la jugent moribonde. Parmi les personnes interrogées – de Catherine Flohic, directrice éditoriale chez Argol, à Jean-Pierre Siméon, directeur du Printemps des poètes, de Florence Buti, assistante d’édition chez Cheyne au poète Jean-Michel Maulpoix, en passant par le président de la commission Poésie au CNL Philippe Beck – tous affirment l’intense vitalité d’une poésie contemporaine en France, diverse, créative, riche, variée, à la pointe de la recherche littéraire. Ils citent ainsi à l’envi la multitudes des maisons d’édition – les grandes, comme Flammarion, mais aussi les petites, telles Castor astral, Le Temps qu’il fait, Le Temps des cerises… –, les revues – Poésie, L’Etrangère… – ou les sites internet – Poezibao, Sitaudis… – qui la sacrent reine. « Tout cumulé, cela fait du chiffre ! » note Jean-Michel Maulpoix. De même, à la suite des figures de proue que sont les poètes Yves Bonnefoy, Jacques Réda, Jacques Roubaud, Jacques Dupin (disparu le 27 octobre dernier) ou Philippe Jaccottet, une multitude de jeunes émules réinventent le style, le frottent à la vidéo, le laissent s’imprégner des rythmiques urbaine, du rap au slam.

Parmi eux, Isabelle Ménival, une lycéenne de 16 ans, a sorti son premier recueil chez Argol, « Khôl » : « J’aime cette économie de mots, d’idées, qui engendre des visions percutantes… » Alors, bien sûr, la poésie échappe aux lois de la marchandise commune, comme le rappelle André Velter : « L’année de sa sortie, Gallimard a vendu 241 exemplaires d’"Alcool" d’Apollinaire ; aujourd’hui, nous atteignons le million et demi. La poésie, non cotée en bourse, ne se juge pas en termes économiques…». L’essentiel, en effet, est ailleurs. Dans le cœur du public, d’abord, qui se rend en masse chaque année au Printemps des poètes, aux Lectures sous l’arbre, en Haute-Loire, au Marché de la poésie, bref, dans toutes ces manifestations où elle prend l’air et de la voix. On devrait aussi aimer la poésie, genre le plus pratiqué par les amateurs, pour sa concision, si fortement accordée à notre ère SMS. Enfin, sa diffusion serait, elle aussi, difficilement quantifiable : on se prête un livre de poésie, elle niche dans les mémoires collectives, se passe d’âme à âme. Omniprésente, alors ? Comme l’affirme Philippe Beck : « Elle est le cœur même de la littérature. Dans toute prose, s’accomplit son idée : celle d’un discours parfait, d’une unité rêvée entre fond et forme, d’une alliance entre son et sens. Mais, comme le cœur, elle vit cachée, à l’abri des regards… Ce qui ne l’empêche pas de battre à tout rompre. » La poésie, « lieu » d’une défense cruciale de la langue, suit donc les mouvements de la société… La conclusion revient à André Velter : « la poésie ne relève pas d’un archaïsme, mais bien d’une modernité conquérante ! »

 

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