Vernon Subutex de Virginie Despentes

mercredi 28 janvier 2015

Virginie Despentes, du Balzac sous acides

Vernon Subutex de Virginie Despentes

Comment trouver sa place dans un monde qui change plus vite que nous ? Vernon Subutex ne sait plus trop. « Passé 40 ans, tout le monde ressemble à une ville bombardée », écrit Virginie Despentes, et le héros de son dernier roman a vu tout son entourage s’effondrer. 

Virginie Despentes a reçu le Prix Anaïs Nin le 26 janvier 2015. Première édition d'un prix qui valorise la littérature française à l'étranger, son roman sera traduit en anglais. Le 11 février, elle a également reçu le Prix Landernau.

 

 

 

 

Figure de la scène punk parisienne, disquaire pendant 20 ans jusqu’à ce que le rideau de fer tombe, fauché par la crise de l'industrie du disque, radié du RSA, Vernon Subutex commence, en quinqua précaire, une errance dérisoire dans un Paris de plus en plus hostile. Autour de lui, la mort a fauché la plupart de ses amis, dont le plus grand, Alex Bleach, chanteur populaire qui lui a confié avant sa mort un enregistrement inédit, source de beaucoup de convoitises.

Sur son chemin, l’ex enfant du rock croise d’autres personnages à la dérive, ceux qu’on a l’habitude de voir surgir dans les romans de Despentes : producteurs véreux, stars du X, transsexuels impassibles, dépressifs notoires. Dans cette histoire, qui rappelle de loin le sort tragique connu par Daniel Vermeille, journaliste de « Rock & Folk » tombé dans la marginalité et retrouvé mort en 2011, l’auteure de « Baise-moi » et d’ « Apocalypse Bébé » (Prix Renaudot 2010), décrit avec empathie et rudesse ces personnages qui se débattent sans trop y croire, entre les souffrances et les fractures.

Tout en formules cinglantes (juste un exemple, parmi d'autres : « À notre époque, si on aimait faire chier le monde, on faisait du X, mais aujourd’hui porter le voile suffit »), elle résume l’état d’une société où les grands récits n’existent plus, les structures habituelles ne soutiennent plus rien, où le sens collectif n’a plus aucun écho – remplacé par l’égocentrie idôlatre des réseaux sociaux, décrits comme avec des bouées de sauvetage dérisoires. Ce roman, point de départ d’une trilogie dont le deuxième volume paraîtra en mars, pourrait bien esquisser un nouveau réalisme social de ce début de 21e siècle – du Balzac sous acides. 

Timothée Barrière

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