Un écrivain, un vrai de Pia Petersen

lundi 21 janvier 2013

Romancier et téléréalité : un jeu d'écriture peu inspiré

Un écrivain, un vrai de Pia Petersen

 

Née au Danemark, Pia Petersen n'a de cesse de quitter son pays. À l'âge de 16 ans elle part vivre en Grèce, revient quelques temps dans son pays avant de repartir en France, qu'elle ne quittera plus. Elle y apprend le français, en même temps qu'elle poursuit des études de philosophie et vit de petits boulots.
C'est en 2000 qu'elle décide de se consacrer à l'écriture et publie son premier roman Le Jeu de la FacilitéUn écrivain, un vrai est son septième titre, écrit en français, comme tous les autres.

 

 

 

 

 

 

Gary Montaigu, écrivain à succès se voit couronné du prestigieux prix du roman, International Book Prize de New York. Sous le choc, il peine à y croire, "Si, c'était lui, on avait dit son nom, il avait le prix".
Il est un écrivain reconnu, un vrai… et pourtant, poussé par sa femme Ruth, il acceptera finalement de participer à une émission de téléréalité qui s'appellera "Un écrivain, un vrai" et dont il sera le héros. Un héros qu'une équipe de tournage ne quittera pas, s'installant chez lui et filmant son travail d'écriture d'un roman dont les chapitres seront soumis au vote des téléspectateurs.

Si Gary se prête au jeu, c'est qu'il voit dans l'exercice le moyen de faire entrer la littérature dans les foyers par le biais du petit écran en écrivant le premier roman participatif. Erreur. Bien vite, l'écrivain est dépassé.

La production use de stratagèmes pour booster l'audience : dans son script une jolie journaliste littéraire séduira Gary et suscitera la jalousie de l'ambitieuse épouse, dont aucun rictus de dépit n'échappera aux caméras. Et puis il y a le confessionnal où l'écrivain se livre en direct à des confidences filmée hors de propos, dévoilant son sentiment de culpabilité. Toutes ces caméras finissent par l'obséder, il les voit partout, y compris cachées entre les branches des plantes vertes.

Ce roman, que Gary voyait participatif, devient une torture qui peu à peu l'éloigne de l'écriture et le fait sombrer dans la médiocrité littéraire. Privé de liberté, il doit obéir au diktat du "plaire à tout prix" y compris quand un téléspectateur exige la disparition de certains personnages du roman. "Gary avait protesté, cela déséquilibrerait le roman. (…) Gary avait dû obtempérer. Il s'était détesté. Ce n'était pas son roman, c'était le roman des autres. Le roman ne lui parlait plus."

À l'heure de la surexposition du moi, tant par la télévision que par les réseaux sociaux, Pia Peterson réhabilite le besoin de repli et de solitude comme premier ingrédient de la création.


Agathe Bozon

Un écrivain, un vraiPia Petersen, Actes Sud, (2013)

Crédit photo: Philippe Matsas

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