Toute toute première fois : la première rentrée littéraire d’une maison d’édition

mercredi 23 août 2017

Entretien avec Lisa Liautaud, directrice littéraire et responsable de la fiction française et étrangère

Toute toute première fois : la première rentrée littéraire d’une maison d’édition

Lisa Liautaud, vous étiez éditrice du domaine française chez Plon et vous voilà partie dans une nouvelle aventure. Participer au lancement d’une nouvelle maison, n’est-ce pas un risque considérable dans un milieu, l’édition, qui déplore une santé fragile ?

D’abord, je suis une éditrice certes jeune, à 34 ans, mais je travaille depuis 7 ans dans l’édition et 4 ans dans la communication. Quand Muriel Beyer m’a proposé cette aventure, elle a tout de suite souhaité faire la part belle à la littérature dans cette nouvelle maison. J’ai travaillé pendant deux ans et demi à ses côtés chez Plon et j’aime cette collaboration.  J’apprends beaucoup au contact de son expérience et elle me laisse une grande liberté. Evidemment j’avais envie de poursuivre avec elle cette aventure humaine et professionnelle. Et sincèrement, je trouve la situation idéale : la création des éditions de l’Observatoire est un mélange d’excitation parce qu’il y a l’aventure d’un projet ambitieux et inédit pour moi, avec une grande liberté, celle qu’implique la sécurité d’être adossé à un grand groupe avec une diffusion forte, et une grande ambition de développement.

 

Parlons littérature. Comment structurez-vous la proposition de la fiction aux éditions de l’Observatoire ?

Je travaille autour d’un axe qui est une obsession partagée avec Muriel : la fiction participe à l’interrogation du monde et de la réalité. On veut vraiment pouvoir porter des voix et des formes différentes, plus ou moins grand public, pour donner à voir et comprendre le monde. La liberté que donne une nouvelle maison qui n’est pas figée par un passé, par une histoire, est de pouvoir ouvrir le jeu à des auteurs et des voix avec plus de libertés. Il y aura de la littérature française et étrangère, à hauteur de deux tiers pour l’une et un tiers pour l’autre, mais dans la même charte graphique et éditoriale.

 

C’est-à-dire ?

Le lecteur n’a pas le même rapport à l’objet livre, ni à l’esthétique selon qu’on propose de la littérature ou des documents ou des essais. Du coup on a travaillé sur une charte qui à la fois incarne un esprit et une maison, et qui permette à chaque univers de s’exprimer de façon singulière, en donnant une grande place à l’image. C’est primordial de tenir un bel objet au moment de la lecture et qui soit agréable au toucher.

 

Vous ne créez pas un domaine français et un domaine étranger, comme la plupart des maisons d’éditions ?

J’aimerais l’éviter. Avec François Guillaume, qui travaille plus spécifiquement sur la littérature étrangère, nous partageons la même exigence. Le livre étranger que nous publions en cette rentrée, N'écrire pour personne de A.L. Snijders, est une sélection réorganisée des deux premiers livres publiés aux Pays-Bas en 2007 et 2008. Tout ce que nous faisons, toute intervention sur la traduction, donc sur le texte se fait avec l’auteur. François fait sur les traductions le même travail éditorial que je fais sur les textes de littérature française.

 

Vous ne craignez pas de perturber les lecteurs, les libraires ?
Je ne comprends pas pourquoi on sépare littératures française et étrangère, en dehors des périmètres fonctionnels internes aux maisons d’édition. Quand on lit un texte, de toute façon, c’est toujours une vision, une langue singulière. Je trouve intéressant de savoir qui l’a écrit et d’où il écrit, mais la sanctuarisation de la littérature étrangère s’adresse aux libraires et aux journalistes, pas aux lecteurs. Un lecteur achètera un auteur, un titre, une couverture, une quatrième de couverture, pas un domaine littéraire.

 

De la même façon, vous ne précisez jamais s’il s’agit de roman, de récit ou quelque autre qualificatif sur vos livres, pourquoi ?

Qu’est ce qui est un roman aujourd’hui ? Le livre de A.L.Snijders, N'écrire pour personne, ce n’est pas un roman, ce ne sont pas des nouvelles, c’est un nouveau genre. Le roman de Sigolène Vinson qui sort à la rentrée, Les jouisseurs, ce sont trois romans, celui de Karine Silla, L'absente de Noël, c’est une saga, celui de Sébastien Spitzer, Ces rêves qu'on piétine, ce n’est pas un roman historique même si le sujet s’inscrit dans l’Histoire. Tous ces textes sont de la littérature. Je laisse les libraires et les journalistes qualifier ce qu’ils liront. Je pense que les lecteurs sont moins sensibles à ces questions. Ensuite, on verra, on changera peut être, à l’usage. C’est génial de se dire qu’on fait petit à petit : rien n’est réellement contraignant. L’identité, les choix, les partis pris, les univers, la volonté de suivre les auteurs au long cours sont suffisamment affirmés. 

 

 

Propos recueillis par Karine Papillaud

 

 

Dès lundi, retrouvez chaque jour un extrait du livre de A.L.Snijders, N'écrire pour personne et tentez de gagner un exemplaire.

Commentaires

  • Joëlle G le 24/08/2017 à 09h27

    Très belle maison d'édition, j'ai eu la chance de pouvoir lire les quatre titres, très différents les uns des autres et tous passionnants dans leur genre... En effet peu importe la classification, c'est le plaisir de lire de la bonne littérature qui compte !

  • Chantal LAFON le 23/08/2017 à 18h18

    Totalement d'accord un lecteur veut de la belle littérature, des livres que l'on déguste par le sujet et le style. Bravo aux éditions de l'Observatoire pour cette qualité.

  • Geneviève Munier le 23/08/2017 à 17h18

    Belle interview extrêmement intéressante par son originalité. J'apprécie notamment la dernière question et ses réponses. C'est amusant car c'est un peu ce dont je parle dans une de mes chroniques concernant un ouvrage de la rentrée : "Roman, biographie, documentaire, après tout peu importe." C'est vrai, l'essentiel c'est la littérature... Merci Lisa Liautaud pour votre enthousiasme et merci Karine.

  • Sébastien Spitzer le 23/08/2017 à 12h36

    Si bien vu "la sanctuarisation de la littérature étrangère s’adresse aux libraires et aux journalistes, pas aux lecteurs. Un lecteur achètera un auteur, un titre, une couverture, une quatrième de couverture, pas un domaine littéraire". Au coeur de l'Observatoire, Lisa Liautaud a les yeux grands ouverts.

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