Portrait d'Orhan Pamuk, mélancolies stambouliotes

jeudi 10 juillet 2014

Portrait d'Orhan Pamuk, mélancolies stambouliotes

Si les Lisboètes chantent tristement leur saudade, les Stambouliotes s’adonnent parfois au « hüzün ». Ce qui nourrit cette « mélancolie du Bosphore » : un mélange complexe alliant la nostalgie de l’empire ottoman, la schizophrénie d’une ville à cheval sur deux continents et l’agitation politico-sociale des quarante dernières années.

 

 

 

 


Ce hüzün nourrit une grande part des romans d’Orhan Pamuk, l’écrivain turc le plus connu au monde, accumulant les distinctions dans son pays et à l’ étranger (notamment le Prix France Culture en 1995 et le Prix Médicis en 2005), jusqu’en 2006 et l’obtention du Prix Nobel de Littérature. Une consécration qui a achevé d’affirmer sa position d’intellectuel en vue dans son pays, capable de critiquer ouvertement l’autoritarisme du gouvernement de Recep Tayyip Erdogan ou les extrémismes de toutes sortes (nationalisme ou islamisme radical) sans risquer d’être inquiété, jouissant d’un soutien moral fort de ses collègues européens.

C’est justement la littérature occidentale qui l’a poussé vers l’écriture : tout jeune, son père, businessman aléatoire, mais traducteur de Paul Valéry, l’emmenait tous les week-ends acheter les versions turques des grands classiques de la littérature, de Balzac à Dostoïevski en passant par Thomas Mann. Des références qui vont l’inspirer à la sortie de ses études d’architecture et d’arts plastiques, quand il décide d'écrire son premier roman. Ce sera « Cevdet Bey et ses fils », publié en Turquie, et « 1982 », jamais traduit en français jusqu’à aujourd’hui. Dans ce roman de jeunesse, rédigé à 23 ans, il entreprend de revisiter l’histoire turque au XXe siècle, à travers trois générations d’hommes, des débuts d’Atatürk jusqu’aux troubles politiques des années 1970.

Si le style se révèle un peu hésitant, voire scolaire, « Cevdet Bey et ses fils » constitue une clé de lecture importante pour les connaisseurs de la prose de l’auteur, car il contient en lui les germes des chefs-d’œuvre futurs, « Mon Nom est Rouge », « Neige » ou encore « Le Musée de l’Innocence », son dernier ouvrage paru en 2008.

Timothée Barrière

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