Pépites de la rentrée littéraire 2017 "Sans Véronique" Arthur Dreyfus

lundi 23 janvier 2017

La chronique de Pierre Darracq

Pépites de la rentrée littéraire 2017 "Sans Véronique" Arthur Dreyfus

Arthur Dreyfus, lauréat du Prix Orange du Livre 2012 pour son roman Belle famille, revient cette année au vrai romanesque avec Sans Véronique aux éditions Gallimard.

 

Avec un style ample et précis, il se glisse dans la peau d'un plombier soixantenaire dont la femme a été une des victimes d'un attentat terroriste dans une station balnéaire tunisienne. Cet homme stupéfait, brisé, va soudain tout quitter et trouver un incroyable  élan qui va le pousser jusqu'en Syrie pour venger son épouse.

Alors, je vois déjà des sourcils se froncer, l'envie de fuir peut être vous gagner, car vous en avez soupé des attentats, de la Syrie, ... Vous voulez du divertissement, oublier un peu ce quotidien bien sombre. Pourtant si vous snobez ce roman, vous passerez sûrement à côté de ce qui fait la force de la vraie littérature surtout quand elle est écrite par quelqu'un de brillant. En s'emparant d'un sujet d'actualité brûlant, le romancier le ramène à sa dimension humaine la plus simple, la plus brute et donc la plus à même à toucher le lecteur. En focalisant son récit autour de deux anonymes, Bernard, le mari plombier de Véronique et épisodiquement Seifeddine le futur terroriste, nous sommes plongés au plus près des pensées de ces deux hommes. Nous vivons avec eux ces événements, la perte d'une femme aimée et la lente et subtile radicalisation d'un brillant étudiant. Et sous la plume alerte et précise, bienveillante et frontale d'un jeune romancier talentueux, le récit devient aussi le véritable portrait de citoyens lambdas, celle que la littérature snobe souvent. Il y a longtemps que je n'avais lu des pages aussi pertinentes, aussi sensibles, sur la vie de français moyens dans un petit pavillon où derrière la belle simplicité de la mise ou de la pensée, se cachent aussi des êtres qui aiment, s'aiment, se taisent, s'engueulent, se cherchent.

 

En partant d'une intrigue très actuelle, le roman déploie toute une myriade de détails qui donne au récit une densité incroyable, mise en valeur par la construction très particulière qui contient autour d'une petite quarantaine de phrases sur 250 pages. Et là, je revois les sourcils qui se froncent, les "pfff, quand est-ce qu'ils vont faire court les auteurs !". Pas de panique, à la lecture, on ne s'aperçoit nullement que certaines phrases courent sur 5 ou 6 pages, tellement le verbe est facile (avec aussi un jeu très malicieux avec la ponctuation), rendant le récit plus haletant, plus précis, plus émouvant, invitant en plus le lecteur à réfléchir sur des thèmes aussi sensibles que la religion, l'islam, la mort ou le sexe. (Et sans rien dévoiler, il ne mâche pas ses mots !).

 

On sort de ce roman grandi, certes essoré par cette terrible aventure, mais plus riche d'un regard qui scrute nos sociétés  avec talent et sincérité. Assurément, Arthur Dreyfus devient l'un des écrivains actuels qu'il faut lire sans tarder et "Sans Véronique" s'impose comme mon premier coup de coeur 2017.

 

© Pierre Darracq

 

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