Olivier Bourdeaut après "En attendant Bojangles" , Jonathan Franzen pas convaincant ?

vendredi 24 juin 2016

On a lu pour vous la presse livres de juin !

Olivier Bourdeaut après "En attendant Bojangles" , Jonathan Franzen pas convaincant ?

Ça sent l’été dans la presse livres… « Transfuge » n’a pas attendu les premiers départs en vacances pour faire paraître un numéro double, daté juin-juillet. Intitulé « Les Cent qui comptent », le centième numéro du magazine était malheureusement toujours absent des kiosques à l’heure de notre bouclage, ce 20 juin. Nous en parlerons donc le mois prochain. A la veille des congés, tandis que le soleil continue de se faire désirer, il reste, rassurez-vous, plein de jolies choses à picorer dans les journaux littéraires…

 

Des réfugiés dans les bestsellers

Un petit sujet sérieux pour commencer ? Dans la rubrique « La planète des livres à succès », le magazine « Books » publie tous les mois la liste des bestsellers d’un pays étranger — une belle idée, dont il y a fort à tirer. Consacré aux Pays-Bas, le classement de ce mois-ci fait apparaître en effet un intérêt marqué pour un sujet totalement absent des meilleures ventes en France : les réfugiés. Sur les dix plus gros succès néerlandais, trois ont trait à cette question : « La bataille de l’Ukraine » de la journaliste Laura Stink, « Du talent pour la vie » de l’écrivain et réfugié irakien Rodaan Al Galidi et Peluche de la présidente du parti écologiste Femke Halsema. Dans la liste des bestsellers du magazine « Lire » de juin, il ne figure aucun ouvrage traitant des réfugiés. On trouve seulement deux livres sur l’Islam : Penser l’Islam de Michel Onfray et Les putes voilées n’iront jamais au paradis !  de Chahdortt Djavann, publiés tous les deux chez Grasset. Les Français ne se sentent-ils pas concernés par le sort et l’accueil des réfugiés ? La question est posée…

 

Le nouvel eugénisme

Et puisque nous parlons actualité, « Books », encore, propose un gros dossier sur « Le nouvel eugénisme ». Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’eugénisme n’est pas, loin s’en faut, une affaire classée. Le progrès technique l’a remis au goût du jour, explique Olivier Postel-Vinay : « Les techniques de screening des embryons et des fœtus in utero s’ajoutent à celles de la procréation in vitro pour permettre d’envisager une humanité débarrassée des pires maladies génétiques. (…) Pour couronner le tout, une nouvelle technique à la portée de n’importe quel laboratoire, permettant d’ « éditer » l’ADN, ouvre la perspective de corriger des gènes considérés comme défectueux, voire de doper des gènes jugés prometteurs pour l’individu à naître. (…) Où allons-nous ?, interroge le journaliste. Vers une standardisation biologique de l’espèce humaine ? » Ca fait frémir, brrrr ! Heureusement, les livres sont là pour nous éclairer…

 

Une expérience d’eugénisme en France

Pour faire le tour de la question, « Books » publie une série d’articles inspirés de quatre ouvrages américains et… d’un livre français paru cette année au Seuil : Destins de l’eugénisme de Paul-André Rosental. Il y est question d’une « curieuse expérience d’eugénisme soft menée dans une cité-jardin de la banlieue de Strasbourg » — chez nous, donc ! « (Cette expérience) subordonnait l’accès à ces logements sociaux à la bonne santé physique et mentale des couples candidats, à leurs qualités morales (après enquête) et à leur espérance de fécondité, explique « Books ». Afin de « développer des familles nombreuses (…) représentant tant au moral qu’au physique un gain véritable pour le pays (…), un questionnaire permet d’établir par points additionnels la valeur dite « eugénésique » des postulants », écrivait en 1926 le fondateur de la cité, Alfred Dachert. L’expérience a perduré jusque dans les années 1980 ». Si c’est pas dingue, ça !

 

 

Chats et chiens d’écrivains

Mais passons à plus léger, voulez-vous ? Ce mois-ci, « Lire » fait sa couverture sur… « Les écrivains et les animaux ». Au rayon toqués de chats : Jean Cocteau, Colette, Sagan, Pérec. Plus « chiens » : Romain Gary, Antoine Blondin, Ellroy, Modiano et Houellebecq, bien sûr ! A la tête d’une véritable « ménagerie » comme Céline à une époque, Paul Léautaud « a eu trois cents chats et cent cinquante chiens », mais également « une chèvre et une guenon, nous raconte Jérôme Dupuis. (…) Chaque jour, à Paris, après le labeur à son cher Mercure de France, il écumait les boucheries de l’Odéon pour nourrir » ses petits amis. Vu le nombre de bouchers restant dans le quartier, l’écrivain aurait bien du mal à les sustenter aujourd’hui… Plus singulière est l’histoire de Batka, le berger allemand de Romain Gary. En apparence affectueux et paisible, le chien, « élevé dans le Sud des Etats-Unis, (avait) été programmé pour attaquer les individus de couleur », si bien que l’écrivain fut obligé de le « rééduquer ». L’histoire, précise « Lire », donna lieu à un film : « Dressé pour tuer » de Samuel Fuller.

 

Comment les animaux nous perçoivent, par Boris Cyrulnik

Mais le magazine ne se contente pas de lister les auteurs amateurs de chiens et de chats. « Lire » est aussi allé interviewer Boris Cyrulnik qui confie avoir trouvé auprès des animaux le réconfort qui lui manquait, enfant, et s’y être depuis, intéressé de près. « Comment les animaux nous perçoivent-ils ? », lui demande le journal. —« Les insectes (…) ne perçoivent que (…) nos phéromones, dit-il. Pour les serpents, nous sommes des infrarouges, des masses de chaleur qui s’approchent ou s’éloignent. Les oiseaux, eux, nous voient sous forme de cônes et de bâtonnets aux couleurs très étranges (…). (…) Pour les chiens, dont l’odorat est trois cents à quatre cents fois supérieur au nôtre, nous sommes avant tout de grosses boules olfactives aux couleurs pastel. Dans les familles, les chiens sont d’ailleurs les premiers à savoir que les garçons et les filles font leur puberté ». Ils peuvent alors, explique le neuropsychiatre, changer de comportement et considérer le jeune adolescent non plus comme une personne qu’il faut protéger mais « comme un rival ». On en apprend, dites donc !

 

Jonathan Franzen, à lire… ou pas

Faut-il lire, ou ne pas lire, Purity de Jonathan Franzen (L’Olivier) ? A en juger par les avis de la presse livres, l’histoire de Pip, une jeune Américaine en quête d’absolu, n’a pas déclenché un enthousiasme effréné. « De la quête de pureté menée par les féministes, les cybernautes ou les religieux, note « Le matricule des anges », Franzen fait (…) une blague tragique, un gag triste qu’il étudie et peint, mais à laquelle il ne semble pas lui-même donner de crédit, si bien que le roman, tout en jouissant d’une grande clarté souffre d’un manque d’authenticité et, sinon de pureté, du moins du minimum d’innocence nécessaire pour qu’un livre intimement résonne ». L’idée que l’écrivain ne croit pas vraiment lui-même à ce qu’il écrit revient dans « le magazine littéraire », sous la plume de Marc Weitzmann : « Personne ne peut décrire le chaudron du monde actuel en un seul livre, écrit-il. Dans l’ambition de s’y atteler, Franzen a choisi de se pencher sur des personnages dont on sent presque à chaque page qu’ils ne l’intéressent pas vraiment ». Comme on vous le disait, les avis sont plutôt mitigés…

 

Olivier Bourdeaut avant « En attendant Bojangles »

Cinq mois après la sortie d’En attendant Bojangles, le « livre-phénomène » de la rentrée de janvier, « Le magazine littéraire » propose une grande interview de son auteur, Olivier Bourdeaut. On y apprend, entre autres nombreuses choses, que le roman, immédiatement accepté par l’éditeur bordelais Finitude, avait auparavant été refusé par Lattès (dans une version incomplète) et Le Dilettante. Jamais publié, le premier livre d’Olivier Bourdeaut avait retenu l’attention de Fayard avant d’être finalement rejeté. « Vous allez le publier maintenant ? », lui demande le journal. —« Mes amis qui l’ont lu le trouvent meilleur qu’ « En attendant Bojangles ». Mais c’est très dur, très amer. Je ne peux pas le sortir après « En attendant Bojangles », mes lecteurs auraient l’impression de recevoir une fiole d’acide en plein visage ». Carrément ?!

 

Un succès en forme de revanche ?

« Vous avez un sentiment de revanche aujourd’hui ? », l’interroge encore « Le magazine littéraire ». —« Du tout, répond Olivier Bourdeaut. Je déteste le mot, qui est assez laid. Cela m’a surtout donné conscience de la fragilité de la réussite. Je sais que tout cela peut disparaître. Je suis installé dans le paysage, mais je peux aussi finir dans le décor. Il y a quelque chose de confortable dans l’échec : on n’attend plus rien de soi, et les autres non plus. La réussite, elle, crée des obligations. Il y aura, il y a déjà beaucoup de pression sur mon prochain roman ». On ose à peine imaginer… Mais puisqu’on en parle, l’écrivain a-t-il commencé de l’écrire, ce prochain roman ?

 

Olivier Bourdeaut après « En attendant Bojangles »

Il l’a non seulement commencé, mais bien avancé… « J’ai choisi d’écrire sur les marais salants, que j’ai fréquentés un temps », explique-t-il. Pour gagner sa vie, Olivier Bourdeaut a en effet, « pendant quatre mois, ramassé la fleur du sel de Guérande » parce qu’ « il voulait travailler de (ses) mains ». « Ce sera la confrontation de deux personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer. J’ai écrit 170 pages sur 250. Mais là je ne fais plus rien : la promotion d’ « En attendant Bojangles » me prend trop de temps ». Effectivement… Olivier Bourdeaut est, entre autres, l’invité du Marathon des mots de Toulouse auquel participent également ces 24-25-26 juin Philippe Claudel, Camille Laurens, Christine Angot et Annie Ernaux. Une belle affiche, n’est-ce pas ? — servie en outre par des comédiens comme Hippolyte Girardot, Dominique Blanc, Irène Jacob, Ariane Ascaride ou Pierre Rochefort, le fils de Jean et de Nicole Garcia. De quoi nous mettre en appétit pour l’été, et faire provision de livres et d’idées !

 

 

© Barbara Lambert

 

 

 

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