Nagasaki d'Eric Faye

vendredi 06 mai 2011

Chez moi, c'était chez lui… chez lui c'était chez moi

Nagasaki d'Eric Faye

Comme le précise l'auteur, l'histoire lui fut inspirée par un fait divers révélé par la presse nipponne en mai 2008.

Ce court roman, grand Prix du Roman de l'Académie française 2010, d'une écriture sobre et ciselée, nous fait pénétrer la vie fade d'un homme ordinaire, qui vit pourtant une expérience inédite de cohabitation extraordinaire.

 

 

 

 

 

 

Shimura, la cinquantaine, vit seul et est climatologue à la station météo locale. Sa vie de vieux célibataire est réglée comme du papier à musique, qu'il n'écoute plus guère. Dans son appartement, obsessionnellement rangé, tout est mesuré. Au point qu'il remarque les plus imperceptibles modifications, dont il sait ne pas être l'auteur et comprend qu'une main clandestine se sert modestement et discrètement dans son frigo en son absence. 

Il en est sûr, mais veut en avoir le cœur net : quelqu'un s'introduit chez lui à son insu mais ne lui vole rien, si ce n'est ces quelques centilitres de jus de fruits multivitaminé, dont il a par précaution, mesuré, avec une règle, la hauteur restant dans la brique. Il installe alors une webcam pour observer sa cuisine à distance.

Le lendemain, à son bureau, il fait mine d'être absorbé par quelques photos satellites à étudier, mais les yeux rivés sur cette petite fenêtre ouverte en bas à droite de son écran, scrute les images interminablement immobiles de sa cuisine. La matinée s'écoule et rien ne trouble l'écran. Réunion. Puis retour à l'observation de cumulo-nimbus, mais surtout de cette fenêtre. La bouteille d'eau minérale a été déplacée : preuve que quelqu'un est là et ses soupçons fondés. Jusqu'au moment où il voit une silhouette qui évolue dans sa cuisine. Une femme, de son âge. Elle pourrait être la sienne. 

Eric Faye décrit avec minutie les sentiments qui envahissent Shimura, entre crainte, révolte, regret et remords d'avoir dénoncé l'intruse à la police, qui est arrêtée, jugée et incarcérée. L'auteur déplace la narration et donne la parole à la "clandestine" dont on apprend qu'elle a vécu toute une année à l'insu de son hôte. Dans une lettre, qu'elle écrit à celui qui l'hébergea malgré lui, elle révèle que le choix de l'appartement n'est pas le hasard. Cette révélation donne toute la profondeur au récit et est aussi une parabole sur la solitude, l'incommunicabilité et le poids de notre histoire passée. Génial !

Agathe Bozon

Nagasaki, Eric Faye, Stock (2010)

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