"Mon ciel et ma terre" de Aure Atika [Club des Explorateurs #74]

lundi 06 mars 2017

Editions Fayard

"Mon ciel et ma terre" de Aure Atika [Club des Explorateurs #74]

Le Club des Explorateurs permet à deux lecteurs de lire un même titre et de confronter ainsi leur point de vue.

 

Cette semaine Geneviève et Geneviève ont lu Mon ciel et ma terre de Aure Atika (Fayard)

 

L’avis de Geneviève :

Les préjugés ont la vie dure qui classent chaque individu dans une case bien définie, comme une mercière ses boutons dans un tiroir, en fonction de leur couleur. Alors, quand j’ai vu le nom d’Aure Atika sur l’étagère d’une librairie entre Natacha Appanah et Olivier Bourdeaut, je suis restée coite, dubitative, sceptique. S’agissait-il vraiment de cette actrice que j’aime tant pour son talent, sa classe et sa beauté ? Actrice, certes, mais romancière ? Pour une surprise, c’était une surprise… et une belle, je l’avoue, une fois le livre refermé.

"Ode était mon ciel et ma terre. Elle était mon ode. Tout un poème." Voilà, tout est dit dans ces quelques mots. Ce premier roman d’Aure Atika est en effet un véritable cri d’amour, une élégie poignante, une déclaration de tendresse, d’un attachement sans faille, d’une admiration sans borne, un hymne à sa mère, Odette, Ode comme elle aime à se faire appeler.

Cette dernière est pourtant bien loin de l’image de la mère classique. Elle n’est pas du genre à préparer du chocolat chaud et des tartines, à astiquer une maison parfaite, à entourer sa fille, la protéger, la rassurer. Elle part sans crier gare, laissant une petite fille éplorée, revient sans prévenir, étonnée. Elle parle, elle pleure, elle souffre et sa petite est là. Elle la console de ses chagrins d’amour, elle a mal pour elle dans ses moments de manque, elle la suit dans ses nuits de débauche. Elle est la petite, mais aussi l’adulte. Elle est la fille, mais aussi la mère. Pourtant elle aime cette mère fantasque, l’admire et ne voudrait pour rien au monde en changer.

 

J’ai beaucoup aimé l’écriture d’Aure Atika, à la fois simple et légère, qui sert parfaitement ce récit. Les mots sont précis qui dépeignent le regard de l’enfant porté sur l’adulte. A aucun moment elle ne juge, et me permet à moi, lectrice, d’entrer en empathie avec le personnage. Elle se contente de décrire cet univers avec beaucoup de justesse, une grande pudeur et sans acrimonie. En racontant l’histoire de sa maman, c’est la sienne aussi qu’elle nous dévoile, la façon dont elle s’est construite et qui la rend plus importante encore à mes yeux.

C’est vraiment le très beau portrait d’une mère imparfaite à travers les yeux amoureux de sa fille.

 

© Geneviève Munier

 

 

L’avis de Geneviève :

D'Aure Attika, je ne connaissais que la comédienne de cinéma… c'est donc avec un peu de méfiance et de curiosité que j'ai abordé son roman, dont par ailleurs le thème de l'amour maternel m'intéressait…  Il s'agit d'une déclaration d'amour à sa mère aujourd'hui disparue…

"j'ai aimé ma mère, follement. Je l'ai cajolée, protégée…"       

"Je l'admirais plus que quiconque… Elle était mon Ode".

 

Et pourtant, cette mère ne fut ni très présente, ni très protectrice, plus occupée à voyager, se droguer ou recevoir ses amants…  C'est le récit d'une enfance où les rôles sont inversés : dans leur "couple", l'enfant perd sa position d' enfant, jusqu'à même jouer le rôle de protectrice de sa propre mère. "Je ne serai pas celle qui fais les bêtises, mais celle qui les répare…"

Mais en dehors de ce couple, l'enfant reste une enfant, elle est en panique dès que sa mère s'absente ou est en retard, mais ne lui en veut pas quand elle revient, usant de toutes ses forces pour attirer son attention.  Elle est même très indulgente pour cette mère assez irresponsable, qui n'hésite pas à se droguer ou à s'exhiber avec ses amants devant elle, ou même à la faire garder par un ami tout juste sorti de l'hôpital psychiatrique.

 

J'ai été admirative et épatée par la maturité de cette enfant, mais n'ai pu ressentir aucune empathie pour cette mère absente de son rôle… malgré tout aimante nous dit sa fille. Elle déteste que l'on qualifie sa mère de "junkee"… "Je ne veux pas réduire ma mère à quelques traits, à quelques mots ni adjectifs. Elle était mieux que tout ça".

En conclusion, ce récit d'une enfance réellement hors normes m'a intéressée, car bien écrit et circonstancié, mais il me tardait d'en sortir, ressentant tout le long de ma lecture une forme de malaise, précisément par cette injuste inversion des rôles.


© Geneviève Rohart

 

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