Mathias Leboeuf à propos de son livre

mercredi 09 février 2011

Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien

Mathias Leboeuf à propos de son livre

 

Entretien avec Mathias Leboeuf, docteur en philosophie, auteur de Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien (livre de poche).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Depuis quelques années, la philo a fait son retour. Il semble que les sagesses antiques soient particulièrement en vogue en ce moment ?
C’est vrai que la philosophie connaît un regain d’intérêt et notamment les sagesses antiques. Cet intérêt nouveau pour la philosophie a été tout d’abord permis par la publication de livres écrits pour le grand public et non pas seulement pour des spécialistes.
 
Pourquoi ? Elles nous rassurent ? Elles sont plus simples à comprendre ?
Elles impliquent une « manière de vivre » comme le rappelait Pierre Hadot. C’est pour cela qu’elles parlent immédiatement, même si elles nécessitent un effort. Elles ne sont pas pour autant nécessairement plus simples ni plus rassurantes. D’ailleurs, le but de la philosophie n’est pas de rassurer. Si l’on en croit Socrate, il serait même plutôt d’inquiéter, de poser en permanence des questions car « une vie sans examen ne vaut pas la peine d’être vécue ».  Ne pas passer à coté de sa vie, vivre en homme libre, donner du sens a son existence, et tenter d’avoir la meilleure vie possible, voilà quelques enjeux majeurs du questionnement philosophique.
 
La philo est-elle vraiment à la portée de tous et comment ?
La philosophie est à la portée de tous ceux qui veulent bien y consacrer un peu de temps. Il faut un peu de patience et d’investissement. Cela peut décourager les plus pressés. Mais nous sommes tous des animaux philosophiques ou pré-philosophiques dans la mesure où nous sommes confrontés chaque jour à des questionnements sur le bonheur, l’amour, la politique, l’art, l’éducation, la mort… Personne n’échappe à ces grands problèmes de la vie. Seul celui qui ne se pose aucune question, et reste confiné dans ses évidences ou confit dans ses certitudes, n’a pas accès à la philosophie dont l’étonnement et le doute sont, avec la critique, les moteurs.
J’enseigne à l’Université Permanente de la ville de Paris à des non spécialistes et je suis toujours surpris par l’exigence et l’enthousiasme des auditeurs, dont la plupart ne cherchent d’ailleurs pas la facilité. A ma grande joie, Spinoza, par exemple, rencontre un écho formidable. Ce n’est pourtant pas un philosophe aisé. Mais pour peu qu’on prenne le temps d’expliquer simplement et progressivement des choses parfois compliquées, sans mépris, ni jargon, et si possible avec un peu d’humour, alors les gens sont prêts a vous suivre très loin dans les contrées philosophiques. C’est une sorte de voyage, il faut avoir envie de bouger… 
 
Quels retours avez-vous eu, à cet égard, concernant Tout ce que je sais, c¹est que je ne sais rien ?
Dois-je avouer qu’ils ont été très bons ? Tout ce que je sais c¹est que je ne sais rien a vite trouvé son public car justement, l’exigence philosophique se retrouve dans le livre mais au service du lecteur qui sait qu’on ne se moque pas de lui en lui servant une philosophie au rabais. J’ai également cherché à dédramatiser l’accès à ces pensées qui sont souvent intimidantes. Les lecteurs me parlent souvent de l’humour du livre, des passages qui les ont fait rire. La philosophie attire mais elle fait aussi toujours un peu peur. Peur de ne pas comprendre, de s’ennuyer, de se casser la tête pour rien. J’espère avoir fait sentir que philosopher pouvait être très drôle et très joyeux.
Et puis c’est un livre dans lequel on peut choisir d’entrer comme on veut, par tel ou tel philosophe, en laissant la liberté de découverte au lecteur sans donner de « leçons » car comme le disait si bien Maurice Merleau Ponty, à la suite de Bergson, « La philosophie nous éveille à ce que l'existence du monde et la nôtre ont de problématique en soi, à tel point que nous soyons à jamais guéris de  chercher, une solution dans le cahier du maître ». Je crois profondément que la philosophie est une école de liberté… efficace qui plus est ! Elle est donc vitale !
 
Propos recueillis par Karine Papillaud
 

 

Où trouver « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien ; petite histoire de la philosophie en 32 citations » en librairie ?

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