Mali, ô Mali d'Erik Orsenna

lundi 24 février 2014

Vous parler du Mali

Mali, ô Mali d'Erik Orsenna

La voici de retour, Marguerite Dyumasi épouse Bâ, après un peu plus de dix années de silence. Et d’après le souvenir qu’on gardait d’elle depuis Madame Bâ (Stock) en 2003, c’est forcément en fanfare et cérémonie officielle qu’on l’accueillera. Avec Mali, Ô Mali (Stock) Erik Orsenna publie la suite des aventures de son personnage africain fétiche, dans un Mali déchiré par les conflits en 2013.

« Je veux voir ce qui se passe quand la plus folle des folies humaines s’en prend à la plus vieille des sagesses » : est-ce Erik Orsenna ou Madame Bâ qui parle ainsi de sa volonté de remonter le fleuve Niger pour aller affronter les Islamistes jusqu’à Tombouctou ? A ce moment du livre comme à d’autres, on se prend à douter. Rien de commun pourtant entre le délicieux Erik Orsenna, moustache coquine et regard frisant d’une curiosité toujours en mouvement, et cette ancienne et imposante institutrice de 66 ans, roublarde et presque tranquille retraitée en banlieue parisienne.

Mais la Jeanne d’Arc de l’Afrique est bientôt sommée de partir pour une nouvelle mission : sauver le Mali. La douairière n’est pas humble, mais elle a aussi de bonnes raisons de ne pas douter d’elle. Armée d’oreilles qu’une Super Jaimie aurait jalousé, flanquée de son petit-fils Michel, celui-là même qu’elle sauvait de la drogue il y a dix ans, qu’elle rebaptise Ismaël pour le désigner griot, super conteur de ses aventures et dépositaire de la narration du roman. Le périple sera haut en couleurs, à l’africaine, on ne vous en racontera pas la fin.

Avec beaucoup de justesse, Erik Orsenna réussit à raconter une Afrique sensible et authentique. L’ancien nègre de François Mitterrand ne joue pas à l’Africain, même s’il sillonne les frontières de ce continent depuis plus de quarante ans, mais il sait, avec beaucoup d’harmonie, restituer une Afrique charnelle, humaine, dans ce réalisme magique qu’on connaît mieux en Amérique du Sud, et qui pimente si bien la littérature africaine. Sans renoncer à un délicieux sens de l’humour, sans travestir non plus son style, qui emprunte à l’âme africaine et caracole aussi vif et léger que le Niger parti affronter les sables du Nord, Erik Orsenna écrit un roman aussi riche qu’un essai.

Derrière la voix de Madame Bâ, partie au Mali avec des livres de classe et des caisses de patchs contraceptifs, il brosse le portrait d’un pays riche d’atouts mais handicapé par une démographie galopante et un désordre pathogène. Terrifiant, le dialogue de Madame Bâ avec deux femmes qui se soumettent à la loi islamique avec fatalité, parce que « les règles reposent » et qu’avant, « n’importe qui à n’importe quelle heure venait pour voler, pour violer, pour tuer ». Sans oublier les Touaregs, maîtres des trafics de drogue et d’armes qui ravagent le nord du continent africain, de la Lybie au Sénégal. Et pourtant, malgré un état des lieux sans complaisance, Mali, Ô Mali sonne moins comme une complainte que comme un encouragement. On sort de ce roman revigoré, convaincu de l’avenir de ce pays car plus conscient que jamais de ses faiblesses, et fort, surtout, d’une profonde confiance en l’homme.

Karine Papillaud

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