Malaussène, le Harry Potter français est de retour, sous la plume aimante de Daniel Pennac

mercredi 11 janvier 2017

Rentrée littéraire janvier 2017 éditions Gallimard

Malaussène, le Harry Potter français est de retour, sous la plume aimante de Daniel Pennac

Il rempile ! Près de vingt années après avoir laissé son héros fétiche, Daniel Pennac ravive les couleurs de la turbulente tribu en publiant Le Cas Malaussène, sous-titré « I Ils m’ont menti ». Forcément on est ému de retrouver le nom de ce personnage lié pour bon nombre de ses lecteurs à la fin de leur adolescence. Alors on se prend à redouter d’ouvrir le roman. Et si c’était moins bien ? Et si la magie des Malaussène n’était pas justement produite par le souvenir qu’on s’en est fabriqué, fait de réminiscences du roman, du contexte de sa lecture et de la saveur d’une époque révolue, remodelée par la mémoire ?

 

Dans ce huitième opus, Malaussène est toujours bouc émissaire professionnel mais pour une maison d’édition, Les Editions du Talion, dirigée par la Reine Zabo qui a décidé de se lancer dans la publication de romans lucratifs écrits par des « vévés », c’est à dire des écrivains de la vérité vraie. Du genre de ceux qui écrivent un premier récit qu’on intitulera commodément roman et dans lequel on vitriole son passé, sa famille et les gens autour. C’est ainsi qu’un auteur surnommé Alceste par une Reine obsédée par les mythes et les grands personnages littéraires, est claquemuré sous la garde de Malaussène dans une cabane du Vercors pour écrire la suite de son best seller scandaleux, Ils m’ont menti. Pendant ce temps, la tribu Malaussène est dispatchée dans différentes ONG à travers le monde, et un grand patron qui fut aussi bien ministre vient de se faire enlever par une bande de kidnappeurs d’un genre… original.

 

Dans ce roman, c’est la jeune garde malaussénienne qui prend le relais de « vieux père ». Verdun, C’est un ange, Maracuja et Monsieur Malaussène sont les vrais héros d’une histoire dont il faudra attendre le tome deux pour connaître le dénouement. Malaussène, lui, transmet le relais, un peu nostalgique, un peu passéiste, un peu largué aussi, et sera mis devant les faits une fois ceux-ci accomplis.

 

On se souvient que la saga des Malaussène a commencé avec Au bonheur des ogres en 1985 sous la bannière de la Série noire avant de gagner les sages rayons de la collection blanche chez Gallimard. Pennac repique au cœur de la faconde originelle pour produire une sorte de thriller rocambolesque qui pile comme un coup de frein, jusqu’au « à suivre » de la page 297. On aura eu le temps de s’habituer au déferlement des noms pittoresques des personnages qui sont aussi nombreux qu’abeilles en ruche. Elle est loin, la littérature expérimentale et clinique qui tourne autour d’un je solitaire, ici c’est du Pennac, dans une douce fantaisie étourdissante. Fantaisie échevelée qui prend une couleur particulière dans une époque où l’accélération confine à l’hystérie. On a aimé cela, souvenez-vous : la seule saga des Malaussène a été vendue à plus de cinq millions d’exemplaires… On aura un tout petit peu de mal à s’y remettre, tant l’écriture de Pennac est insoluble dans l’époque, mais la douce nostalgie, mêlée à la magie d’une langue toujours joyeuse, finira par inonder le cœur d’un plaisir réel, puisqu’on se trouvera bien marri d’arriver à la fin du livre sans avoir la fin de l’histoire.

 

A propos de l'auteur :

Daniel Pennac n’est jamais innocent. S’il plonge ses personnages au cœur d’une modernité déconcertante à l’aune des années 80 de son premier Malaussène, faite de réseaux sociaux et autres portables, c’est la société de consommation dans ce qu’elle pervertit  l’humain qu’il met en scène et en creux de son texte. Non pas en décrivant par exemple la surmédiatisation dans ce qu’elle est, mais plus étroitement l’homme empêtré dans son bourbier de modernité frénétique, à l’instar de la grenouille qui cuit sans s’en apercevoir dans une eau d’abord froide chauffant progressivement jusqu’à bouillir. La littérature qui renonce à la langue et à la fiction pour « choper » le lecteur dans le retentissement obscène de la mise à nu sous couvert de vérité, vendue comme valeur sacrée. Le vrai révélé et le bien consensuel dans la même pochette surprise en une de tous les fils de tweets. Dans cette ambiance qui est celle de la société bruyante dans laquelle nous vivons, où les financiers volent et détournent dans la sérénité d’un secret à peine voilé, l’initiative de kidnappeurs à la Robin des bois ne peut que tourner au tragique et mettre Verdun, sœur de Benjamin née « toute hurlante » dans La Fée Carabine, mais aussi connue pour être la terrifiante Juge Talvern, dans un embarras cornélien qu’on ne peut pas, vraiment pas, ici vous raconter. On attend la sortie de la suite, promise par un petit dessin griffonné en dernière page.

 

 

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