L'histoire de l'Histoire d'Ida Hattemer-Higgins

mardi 16 août 2011

L'histoire en chair et en os

L'histoire de l'Histoire d'Ida Hattemer-Higgins

Ida Hattemer-Higgins, jeune auteure américaine, qui a étudié la littérature allemande et chinoise, parle sept langues : anglais, français, allemand, suédois, russe, japonais et chinois. Comme l'héroïne de son roman, elle a travaillé comme guide et nous livre dans ce premier roman déroutant et iconoclaste un voyage littéraire entre surréalisme et onirisme.

 

 


 

 

 

 

Au fond d'une forêt, une jeune femme, Margaret Taub, se réveille d'un bref sommeil, frappée d'amnésie partielle. Bien que plusieurs mois de son existence se soient effacés de sa mémoire, elle se souvient de son identité et de son adresse. Elle retourne donc chez elle. 

Deux ans plus tard, alors qu'elle semble avoir repris le cours de sa vie normalement, elle reçoit une lettre d'un médecin qui lui confirme un rendez-vous qu'elle n'a jamais pris. Et pour cause : la lettre est adressée à une certaine Margaret Täubner. Il y a eu confusion.

C'est alors que ce roman, qui commence presque classiquement, emprunte des sentiers surréalistes. Un peu comme un rêve, L'histoire de l'Histoire nous emmène dans une logique inédite, dans une narration presque inénarrable où pourtant tout est cohérent. 

Margaret se rend au rendez-vous chez ce médecin, une gynécologue dont on apprend pendant la consultation qu'elle est aveugle. Puis Berlin s'incarne, au sens propre : "Margaret leva les yeux vers le ciel et découvrit des façades de chair. Avec quel éclat acéré le soleil traversait les fenêtres ! Comme la peau des édifices rougissait sous ses rayons (…)". L'histoire se construit peu à peu, étonnamment. Parabole sur la mémoire, l'oubli, la rédemption et le déni, L'histoire de l'Histoire, nous emmène à la rencontre de la femme-faucon, une Magda Goebbels "animalifiée" qui poursuit Margaret dont nous découvrons peu à peu la vie, les douleurs et les déchirures… et dont nous comprenons ce qu'elle faisait au crépuscule dans cette forêt non loin de Berlin. 

Une histoire qui porte et transporte, à condition de faire confiance à l'auteure sans rechercher les repères habituels du roman. Amnésie collective et amnésie individuelle se télescopent, dans une  construction magistrale et une audace narrative stupéfiante de maturité et de maîtrise pour un premier roman.

 

Agathe Bozon

 

L'histoire de l'Histoire, Ida Hattemer-Higgins, (Flammarion), 2011

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